Paris Match Belgique

Axelle Red : « Nous ne sommes jamais libres lorsque l’autre va mal »

La photo témoigne de l’engagement d’Axelle Red pour Handicap International. « Fière d’être ambassadrice ! » dit-elle. | © BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

I like Belgium

« Je ne connais pas encore les dates de mes prochains concerts », précise Axelle Red, qui, avec son compère Ycare, sort donc le single « À toi » en hommage à Joe Dassin.

 

Par Christian Marchand

Paris Match. Vous sortez un single en hommage à Joe Dassin et avez mis ces paroles du journaliste Bernard Dicare sur votre page Facebook : « Joe Dassin n’est pas mort il y a quarante ans. Il s’est seulement absenté, laissant un extraordinaire répertoire qui, à jamais, porte les couleurs de l’été, de l’amour et du partage. Tout naturellement, les artistes pop français de 2020 le connaissent par cœur et reprennent les chansons avec lesquelles ils ont grandi. Tous enfants de Joe Dassin, ils rouvrent aujourd’hui le songbook le plus radieux de la chanson française. » Joe Dassin est l’un des artistes qui vous ont influencée, poussée à faire ce métier ?

Axelle Red. Joe Dassin comme Aznavour et bien d’autres ont bercé mes premières années. À l’époque, j’habitais en Flandre avec mes parents. Ils parlaient français puisqu’ils étaient à moitié francophones par leurs parents. À la maison, nous écoutions de la musique flamande et francophone, mais aussi des artistes américains comme Elvis Presley ou encore le groupe Abba. J’avais 6 ans lorsque je les regardais à la télévision. Mais celui qui m’a le plus influencée pour mes textes est Gérard Manset.

Dans vos chansons, vous parlez toujours d’amour…
Le lien est essentiel dans la vie. Et le lien, c’est l’amour. Pour moi, il inclut bien évidemment la tolérance. Nous avons besoin l’un de l’autre. Nous ne sommes jamais libres lorsque l’autre va mal. Voilà, soyons ensemble !

Un message important, et pourtant malmené par certains depuis que l’on doit se défendre contre un maudit virus…
Je suis une personne positive. Et j’espère que cette crise et les mesures qu’on prend vont, avant tout, nous faire réfléchir sur toutes les discriminations qui existent encore dans notre société. Les personnes âgées ne souffrent pas seulement du virus. Elles souffraient déjà énormément avant parce qu’elles ne sont pas toujours bien traitées, bien aimées, bien respectées. Un autre exemple : il n’est pas normal qu’on sous-paie, qu’on sous-estime et qu’on sous-respecte des professionnels qui sont nos héros, car ce sont eux qui servent le plus la collectivité. Je veux parler des professeurs, des infirmiers, des policiers et de bien d’autres. Beaucoup agissent avec de grandes convictions, avec l’idée de construire une société meilleure. J’espère vraiment que les gens vont réfléchir durant cette période.

 Notre système scolaire doit être complètement modifié

Cette époque fait peur, non ?
Pour moi, l’avenir s’éclaircira si l’on change la façon dont on enseigne la vie aux enfants. Il est très important de se nourrir de la psychologie, de la connaissance de l’autre, du respect, des autres cultures, afin de leur apprendre réellement l’empathie. Il faut pouvoir développer celle-ci. Croyez-moi, ça s’apprend très tôt. Ce n’est pas le cas de nos jours. Le système scolaire doit être complètement modifié. Il n’est pas normal qu’au sortir de l’école, on estime que quelqu’un est bien structuré parce qu’il est capable de faire de grandes études. L’humanisation de la -société passe par d’autres enseignements. Oui, nous vivons une drôle de période. Pour certains, c’est vraiment terrible, car ils mettent leur vie en danger pour les autres. Il y a ceux qui sont très malades et qui, malheureusement, meurent du Covid. Pour d’autres, c’est la situation financière qui est difficile. Personne n’aurait imaginé vivre une telle descente aux enfers. Cela fait un peu penser à la mythologie, où les dieux punissent les humains qui n’ont pas écouté. Je ne sais pas d’où sort ce Covid-19, mais c’est comme si la nature nous disait : « Vous m’aviez oubliée, eh bien voilà ! »

Lire aussi > Axelle Red et la princesse Astrid unies contre les mines antipersonnel

Les artistes ont souvent un impact sur les autres. Selon vous, est-il important de donner son avis, de livrer des conseils et des jugements aux fans ? Aux gens ? De pousser cette voix haut et fort ?
C’est très important. Je trouve d’ailleurs incroyable qu’un artiste comme Salvatore Adamo prenne la parole afin d’aider les artistes et notre secteur qui va mal. Nous devons suivre cet exemple. C’est un devoir de communiquer. Les artistes sont des êtres très individualistes. Dans notre société, ils doivent se serrer les coudes dans les situations graves afin d’éveiller les esprits. Dire, comme Salvatore, « moi, je n’ai peut-être pas faim, mais mon secteur qui regroupe beaucoup de monde va mal », c’est essentiel.

De nombreux artistes français interrogés dans cette rubrique avouent qu’ils préfèrent la Belgique à leur pays. Selon vous, qu’est-ce que la France devrait emprunter à la Belgique ?
J’ai donné une interview au quotidien Libération. Ils voulaient savoir pourquoi la créativité est plus grande en Belgique que chez eux. Le secret, c’est que nous sommes multiculturels. Donc plus libres.

©DR

Quelle est l’actu d’Axelle Red ?

« Je ne connais pas encore les dates de mes prochains concerts », précise Axelle Red, qui, avec son compère Ycare, sort donc le single « À toi » en hommage à Joe Dassin. « J’ai donné à Bozar une représentation sans public. C’était filmé dans une salle vide. Une curieuse expérience, mais j’ai bien aimé. Ycare et moi avons vraiment envie de monter sur scène en duo. Après le succès du single “I Don’t Care !” (Je m’en moque), je ne sais pas ce qu’on va faire pour la suite. Un mini-album ? Un album à deux ? Ou un autre projet ? Mystère ! »

©DR
CIM Internet