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Aaron : « Tout ce qui vient du Plat Pays est souvent assez punk et merveilleux »

"La période actuelle traduit le manque de l’autre. Un cœur solitaire appelle à l’amour, il n’en peut plus d’être seul." | © ©PHOTOPQR/L'INDEPENDANT /MICHEL CLEMENTZ

I like Belgium

Après l’album Anatomy of Light,  le duo fait sensation avec un nouveau clip « I Wanna Dance with Somebody », une version dépouillée du tube de Whitney Houston.

 

Par Christian Marchand

Paris Match. Comment expliquez-vous le succès mondial de votre chanson « I Wanna Dance with Somebody » ?
AaRON. Elle traduit le manque de l’autre. Un cœur solitaire appelle à l’amour, il n’en peut plus d’être seul. C’est l’esprit de notre monde actuel. Quand je parle du manque, je parle du toucher, de la caresse, du besoin de l’autre, de cette poésie-là. Dans le clip, me retrouver en marcel sur les quais inondés est un symbole : je ne suis plus à ma place dans cette société. Nous sommes mis à nu, nous avons froid, nous sommes désarmés face à tout ce qui nous arrive lorsqu’on tombe amoureux.

En fait, la pandémie a été le révélateur d’une vraie carence.
Exactement. Ne pas pouvoir toucher quelqu’un est cruel. On nous rappelle sans cesse le risque du baiser. Or, l’amour n’est pas moins présent, puissant ou passionnant. Le fait que beaucoup de gens soient séparés, ne puissent pas se rencontrer, ne puissent pas vivre leur histoire à cause d’un virus est une vraie crise. Comme si on emprisonnait quelque chose d’éminemment naturel. Il y a tellement de vrais problèmes dans le monde que l’amour ne devrait pas en être un.

Le clip est aussi un appel à la danse. Un autre symbole fort en ces temps où les règles -sanitaires nous privent d’une vie sociale -normale.
Je danse tout le temps. Et ne pas pouvoir se frotter à la musique, aux corps, aux lumières, à la sueur, à la beauté, équivaut à être en prison. Notre envie de prendre une personne dans nos bras, de danser et de ressentir sa chaleur est une liberté interdite. Nous voulions mettre tout ça dans un clip afin de partager ce sentiment universel.

Pensez-vous que les règles avec les bulles, les distanciations, le couvre-feu soient trop strictes ?
Je suis de ceux qui pensent que c’est triste et que c’est dur. Il est incompréhensible qu’on nous vole notre bonheur. Les artistes, surtout, ont cette habitude de totale libération du corps et de l’esprit. Je ne comprends pas qu’on nous interdise d’aller au cinéma mais qu’on puisse ouvrir des supermarchés. Cela dit, je ne suis pas médecin.

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©DR

Dans un domaine plus léger, un lien tout particulier vous lie à la Belgique…
Oui, j’y ai fait mes études aux Beaux-Arts. J’étais dans un groupe de jeunes qui n’avaient d’autre ambition que celle de créer. J’avais 17 ans lorsque j’ai débarqué dans cet ovni en perpétuel changement qu’est la Belgique. J’adore me laisser traverser par les films belges et tout ce qui vient du Plat Pays. C’est souvent assez punk et merveilleux. Et ça le reste. Ce n’est pas du tout galvaudé. Nous, Français, nous devons une grande liberté aux Belges. Ces derniers ont montré la voie d’une vie plus saine. La Belgique, c’est la mélancolie lumineuse, un sourire avec des larmes.

Quel genre de souvenir avez-vous ramené en France ?
La franchise. J’avais des amis très extrêmes dans leurs sentiments. J’ai emmené une radicalité dans les émotions. Et je tiens encore à ça aujourd’hui : s’autoriser l’émotion brute. Quand vous avez 17 ans, vous êtes très ouvert et très poreux. Je ne regrette rien.

Qu’est-ce que vous trouvez de plus surréaliste en Belgique ?
L’accent. Ça appartient tellement aux pays. C’est comme ça aussi au Canada. Dès qu’on parle la même langue, tout devient plus chanté avec l’accent. Les mêmes mots sont dits autrement. C’est assez fascinant. Ah, si Dalí était un manga !

 

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