Paris Match Belgique

Bénabar : « Mon nouvel album ressemble à 2020… Une année étrange »

Son plus beau souvenir en Belgique ? "La fête des 50 ans de carrière de Salvatore" ! | © ©PHOTOPQR/LE PARISIEN/Fred Dugit

I like Belgium

Bénabar crée la (bonne) surprise avec son retour sous la forme d’un album éclectique, drôle, poétique, romantique, mais aussi un brin nostalgique. Son titre en traduit l’originalité : Indocile heureux.

Par Christian Marchand

Paris Match. Vous livrez beaucoup de vous-même dans votre nouvel album. Les chansons sont toutes des expériences vécues ?
Bénabar. Elles partent d’un portrait, d’une situation ou d’un détail. Après, j’essaie d’inventer une histoire. Plutôt que d’avouer que je suis malheureux, je préfère dire que c’est l’histoire d’un gars qui l’est. La naissance de cet opus a pris deux ans. Cet album ressemble beaucoup à 2020, une année étrange. Il a été interrompu, puis recommencé, puis à nouveau arrêté, enfin il a été terminé. Plutôt baroque comme situation.

Vous, le sensible, comment vivez-vous la situation actuelle ?
Je suis troublé. Je m’inquiète vraiment pour les plus fragiles d’entre nous. Et bien évidemment aussi économiquement car, pour beaucoup, les difficultés sont réelles et grandissantes. C’est vrai pour les intermittents du spectacle, les musiciens, mais aussi l’hôtellerie et beaucoup d’autres domaines. Est-ce la fin d’une époque ? Le début de quelque chose d’autre ? Va-t-on en tirer les leçons ? Je ne crois pas au retour à la vie normale. Mais je suis pessimiste de nature. Et puis, je me regarde dans le miroir : moi, serai-je meilleur après cette période ?

50 ans, c’est l’âge de la maturité ?
Disons qu’on est un peu plus en phase avec soi-même. Mais cela, avant tout, je le dois au public. J’ai vraiment une réelle émotion par rapport à ça. J’aimerais me remettre en question et avancer. Regardez Salvatore Adamo : sa carrière est magnifique dans la qualité et la durée.

Fan des artistes belges ?
Au-delà : je suis très admiratif. J’ai la chance de connaître Salvatore humainement. C’est un grand monsieur sur tous les plans. Je pense aussi à Marka, dont on entend beaucoup parler des enfants (Angèle et son frère Roméo Elvis, NDLR), à Arno et bien évidemment à Brel. Lui, c’est votre Elvis !

Lire aussi >Bénabar ne connaît pas les paroles de ses chansons et l’assume avec humour en plein direct

©DR

Votre plus beau souvenir en Belgique ?
La fête des 50 ans de carrière de Salvatore. C’était un honneur d’être présent avec lui et sa famille. Très émouvant. Et l’ambiance au Cirque royal de Bruxelles était magique. Aucun mot ne pourrait décrire l’ambiance et la chaleur du public. Je me sens également très proche de son parcours, puisque c’est aussi celui de ma famille.

Selon vous, qu’est-ce que les Français devraient emprunter à la Belgique ?
Jacques Brel et Salvatore, on les a déjà pris. Donc, là, on est tranquilles (rires) ! La Côte belge est magnifique. C’est un endroit où l’on a envie de faire des déclarations d’amour. Rien n’est plus beau que -Knokke-le-Zoute en hiver.

Un péché mignon belge ?
Le surréalisme. Magritte, la royauté, la bédé, la maison Horta… Ce mélange et ce choc de références est exceptionnel. Sans compter l’humour. Une blague m’a toujours fait marrer : « Question : quel est le comble du pléonasme ? Réponse : un Français moyen. » Les Français ont tellement fait de blagues sur les Belges que les rôles se sont inversés. Et c’est de bonne guerre !

« Lama et Brel sont des modèles »

« J’avais la crainte de me répéter », dit-il en parlant de son dernier opus. « C’était ma grande trouille après vingt-cinq ans de métier. Mais là, je suis satisfait. Déjà par le titre. Apparemment, c’est ce que j’inspire à mon entourage ! C’est une façon d’intervenir dans ce qui nous concerne. Et puis, je voulais aller vers le bonheur à travers quelque chose de joyeux et de positif. Même si ce n’est pas forcément facile par les temps qui courent. J’ai l’impression que je suis un peu nostalgique presque malgré moi. Mais j’essaie de ne pas me complaire là-dedans ! Je suis père de famille. Je vois les enfants grandir. On n’a plus 20 ans non plus. C’est une nostalgie pleine de tendresse, non ? » Certaines chansons, comme « Au nom du temps perdu » et « On ne choisit pas d’aimer », rappellent Serge Lama et Jacques Brel. « Je suis très touché par la comparaison. Ces deux chanteurs sont des modèles à mes yeux. Je ne veux pas prétendre reprendre leur flambeau. Mais voilà, ça s’est présenté comme ça. »

 

©DR
CIM Internet