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Excellence belge : Maison Bernard, le plus ancien atelier de lutherie d’Europe

Pierre Guillaume et Jan Strick, l’archetier et le luthier travaillent la main dans la main. | © Maison Bernard

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Référence mondiale depuis 150 ans et partenaire privilégié du Concours Reine Elisabeth, la Maison Bernard vient de remporter la première édition du prix international « Primum Familae Vini » d’une valeur de 100.000 euros. Son savoir-faire est célébré dans le monde entier.

 

Tout a commencé à Liège, en 1868, où la maison Bernard voit le jour à une époque où l’apprentissage du violon ou du piano fait partie de l’éducation de toute bonne famille. Réparateur d’instruments et, accessoirement, professeur de musique, Nicolas Bernard envoie ses trois fils se former à Paris, deux pour le piano et un pour le violon. Celui qui a la mission d’approfondir ses connaissances en lutherie s’appelle André.

Il sera le seul des trois de la fratrie à revenir au pays où il ouvre son atelier de lutherie en 1889 avant que son fils Jacques n’assure la relève. C’est alors qu’entre en scène Jan Strick, un jeune limbourgeois passionné d’archéologie et de violons. N’ayant pas d’enfant, Jacques Bernard accepte de devenir son mentor. C’est ainsi que Jan rejoint la dynastie familiale au début des années 70. « J’avais seize ans et celui-ci a guidé mes premiers pas dans le métier avant que je poursuive mon apprentissage à Mirecourt, puis à Anger où j’ai travaillé aux côtés d’un grand nom de la lutherie, Roland Terrier. »

Dix ans plus tard, Jan déménage à Bruxelles et installe l’illustre enseigne au Sablon « un endroit stratégique à proximité du conservatoire de Bruxelles. » Ce déménagement ne se fait pas seul : Jan Strick embarque avec lui un archetier hors pair, Pierre Guillaume, qui comme lui, a été formé par le même Jacques Bernard. Cette discipline tout aussi indispensable : il n’y a pas bon violon sans un bon archet.

 

L’entreprise incarne le plus haut niveau d’excellence de l’artisanat et maintient une tradition ancestrale au sein d’une même famille. ©Maison Bernard

« Nous avons eu la chance d’avoir grandi dans un excellent atelier dont nous sommes devenus les héritiers spirituels, même si nous avons souvent mangé notre pain noir car on ne vend pas des violons ou des archets tous les jours. »  Et de préciser que seuls 5% des violons sont encore faits à la main, et qu’un luthier professionnel confectionne en moyenne une douzaine d’instruments à cordes par an, « s’il veut en vivre !»

A cette activité de création artisanale s’ajoute celle de restauration de violons anciens comme ce Stradivarius confié par un fonds d’investissement :  la restauration a pris un an, mais sa valeur actuelle avoisine les six millions d’euros.

La maison Bernard, c’est aussi une histoire de passion qui lie deux hommes, Jan Strick et  Pierre Guillaume. Le luthier et l’archetier travaillant main dans la main et, dans les années 1980,  couraient ensemble les ventes publiques les plus prestigieuses pour analyser des pièces de légende sous toutes les coutures. « Nous prenions la malle à Ostende tôt matin pour arriver à Londres dès la première heure et passer la journée à analyser les violons mis en vente. Et nous retournions par la malle du soir car nous n’avions pas l’argent pour prendre un hôtel. »

Des voyages d’études, Jan et son fidèle archetier ne les comptent plus : plus d’une centaine, principalement à New York et à Boston, pour constituer au bout du compte un patrimoine précieux dont s’enorgueillit la maison, avec des violons et des archets se négociant de 5.000 euros à presque l’infini pour un instrument du XVIIIème siècle de la mythique ville de Crémone, type Stradivarius ou Guarnerius del Gesu.

 

©Maison Bernard

En récompense de ses mérites, en 2015, Jan Strick est nommé président de l’EILA, l’association mondiale des luthiers et aujourd’hui, c’est un prix prestigieux qui vient d’être décerné à la maison Bernard, à l’initiative d’une association de douze grandes familles viticoles européennes engagées dans la durabilité et le transfert des connaissances et dont l’objectif est de récompenser une entreprise hors du secteur du vin « incarnant le plus haut niveau d’excellence de l’artisanat et maintenant une tradition ancestrale au sein d’une famille. »  

Ce prix « Primum Familae Vini » n’est d‘ailleurs pas la seule bonne nouvelle : l’un des fils de Jan, Matthijs, a décidé de devenir luthier comme le propre fils de Pierre Guillaume, Simon, décidait, à son tour, d’assurer la continuité comme archetier. Et tandis que ces deux fils dignes de leurs pères iront poursuivre leur formation à Chicago et à Boston auprès des plus célèbres vendeurs de violon au monde, le père Strick se prépare à publier une monographie sur les violons flamands des XVIIe et XVIIIe siècles. La petite musique du succès n’a pas donc fini de faire parler d’elle !

 

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