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Excellence belge : Bister, la belgitude vous monte au nez

Bister, excellence belge

La moutarde est le troisième produit le plus consommé au monde, après le poivre et le sel. | © Bister

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Après avoir racheté la marque Bister il y a deux ans, Arthus de Bousies vient de lancer la Bio Belge, premier condiment du genre confectionné uniquement à partir de graines de moutarde de nos champs.


La vie emprunte parfois des voies détournées. C’est le cas pour Arthus de Bousies qui, au niveau professionnel, a longtemps mariné dans le chocolat avant de devenir « actif dans le milieu des sauces ».

C’est d’ailleurs lui qui reprendra la marque Natura en 2012, une vieille institution bruxelloise qui a fait de la mayonnaise son émulsion de bataille en utilisant des batteurs de boulangerie plongés dans des cuves de 25 litres en galante compagnie : jaunes d’œufs, huile et vinaigre. Sa société actuelle, Bionat, réunit aujourd’hui les marques Natura et Bister. Cette dernière, les ménagères belges connaissent depuis des lustres. « J’avais déjà croisé Fabienne Bister dans de nombreuses foires et événements de producteurs. Lorsqu’elle m’a fait savoir qu’elle vendait son entreprise familiale, nous nous sommes rapidement entendus pour un rachat en bonne et due forme qui a été conclu en décembre 2019. »

 

« La Bio Belge est comme son nom l’indique, 100 % bio et obtenue uniquement à partir de grains jaunes. Nous avons proposé à plusieurs agriculteurs du Condroz de réimplanter la culture de la moutarde dans leurs champs. » ©BIster

Il faut dire qu’Arthus de Bousies acquérait par la même occasion une légende en matière de moutarde noire, jaune rouge : Bister, née en 1926, avait acquis une notoriété nationale en lançant, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sa moutarde L’Impériale dans des célèbres pots en verre à facettes en forme de grenade américaine. « Celle-ci n’a pas démérité lors de la période Covid puisque nous avons réalisé un record de vente Bister L’Impériale avec un million et demi de pots écoulés sur le marché belge. »

Aujourd’hui, le rythme annuel de production, toutes marques confondues, est de 2 500 tonnes de moutarde produites annuellement sur les trois sites que compte la société, l’un à Achêne, près de Ciney, l’autre à Troyes, en France, et la troisième aux Pays-Bas. « L’idée est de développer nos marques belges localement et de stimuler le circuit court dans le sens de la Belgitude, souligne le patron de Bionat, un créneau sur lequel nous travaillons depuis toujours ».

 

©Bister

Joignant le geste à la parole, il a lancé l’an dernier sa nouvelle moutarde belge 100 % bio, la Bio Belge, en impliquant des agriculteurs locaux dans la production de graines de moutarde que nos champs n’utilisent plus que pour produire de l’engrais vert. Jusqu’ici, les moutardiers avaient recours aux graines produites au Canada et dans les pays de l’Est, soit un peu plus de mille tonnes pour Bionat, acheminées par bateau et par camion via des grossistes. « Nous avons proposé à plusieurs agriculteurs du Condroz de réimplanter la culture de la moutarde dans leurs champs en association avec l’asbl Farm for Good, active dans la transition écologique pour la régénération des sols. Le succès d’une telle initiative était loin d’être garanti : ce savoir-faire s’est perdu chez nous depuis longtemps et la culture est réputée fragile, très exposée aux ravageurs et aux caprices climatiques. »

La fortune a souri aux audacieux avec une première production, en août 2020, de trois tonnes de graines de moutarde condruzienne. Résultat ? Soixante mille pots de la nouvelle et fringante Bio Belge. « Cette année, nous avons semé non plus dix mais trente-trois hectares dans l’espoir de récolter dix tonnes de graines, en croisant les doigts pour que la garde distribution nous emboîte le pas. C’est déjà le cas de Carrefour et de Delhaize. Nous attendons un signal positif de la part de Colruyt pour semer encore davantage de graines de moutarde au printemps prochain. »

Et la Bister l’Impériale dans tout cela, a-t-elle du mouron à se faire ? « C’est une moutarde de ménage, douce, produite à partir d’un mélange de trois types de graines, la jaune, l’orientale et la brune. La Bio Belge, elle, est, comme son nom l’indique 100 % bio et obtenue uniquement à partir de grains jaunes, un peu comme un mono cépage en quelque sorte. Les deux ont un goût très différent, tout comme d’ailleurs notre moutarde à l’ancienne ou, celle, polus piquante, de Dijon. »

Ce qui est certain, c’est que l’ambition de la Bio Belge n’est pas de monter au nez, mais de se faire une place au soleil, en dépit du fait que la graine belge est cinq fois plus chère que l’étrangère. Arthus de Bousies ne s’en cache pas : il rêve de n’utiliser à l’avenir que du grain local dans toutes ses recettes, dès qu’il aura acquis à sa cause l’ensemble de la grande distribution et que cultures et rendements seront parfaitement maîtrisés.

Un nouveau pari qu’il pourrait parfaitement réussir : après tout, la moutarde est le troisième produit le plus consommé au monde, après le poivre et le sel !

 

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