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Excellence belge : Maison Rigaux, toute la noblesse du chêne

A Visé, le magasin de meubles et de décoration Rigaux est l’un des plus emblématiques de la Cité de l’Oie. Et pour cause, puisqu’il existe depuis 120 ans et en est aujourd’hui à la quatrième génération. | © DR

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Elle existe depuis 1898 et est le seul fabriquant en Wallonie à travailler le mobilier contemporain en chêne massif sur mesure.  Ce qui ne l’empêche pas de développer une toute nouvelle collection inspirée des sixties.

 

Par Philippe Fiévet

A Visé, il n’y a pas que l’oie savoureuse dont la recette traditionnelle a fait la réputation de la ville, mais également un fabricant de meubles qui a pignon sur rue depuis la fin du XIXe siècle. A l’époque, il s’agit d’une petite entreprise nichée à Dalhem, un village des environs, dirigée déjà par un certain René Rigaux, pas le René qui tient aujourd’hui les rênes de l’entreprise, mais son grand-père homonyme dont les parents étaient drapiers.

Ce grand-père décide plutôt de s’orienter vers le mobilier, avec un certain bonheur, semble-t-il, dès le moment où il propose des meubles de style Art nouveau, le contemporain de l’époque. « La renommée a suivi », explique l’actuel René Rigaux, « et en 1928, mon grand-père ira même jusqu’à exporter sa production aux Pays-Bas voisins, à la force des bras, c’est-à-dire en s’aidant d’une charrette. »

Les styles suivent et la maison Rigaux leur emboîte le pas, mais en 1945, alors que l’entreprise familiale est située juste en face de l’hôtel de Ville de la Cité de l’Oie, un V2 le pulvérise. « Après avoir été retenu prisonnier en Allemagne pendant cinq ans, mon père a repris l’entreprise en 1949 et s’est spécialisé dans la création de meubles liégeois sculptés, alors très tendance. »

Cette passion pour le mobilier régional, liégeois et français, lui réussit particulièrement bien puisque, selon les dires de son fils, il serait parvenu à lui donner la même âme, la même patine que les meubles d’époque. On saute ensuite une génération pour retrouver le René actuel, 66 ans : « Dès 1985, nous avons commencé à participer aux grands salons d’ameublement comme Cocoon ou Batibouw et notre notoriété s’est rapidement étendue à toute la Belgique. Pour répondre à la demande, nous avons créé des cellules d’exposition entièrement décorées pour mettre le mobilier exécuté par nos soins en situation et l’intégrer dans un cadre de vie chaque fois différent. »

« Dans notre métier, trois mots comptent : l’esthétique, la rigueur et la qualité. »

 

Soixante cellules se succèdent aujourd’hui au sein du magasin, soixante lieux de vie répartis sur des plateaux diférents, ce qui représente plus de deux cents meubles exclusifs signés Rigaux. Point commun de tout ce mobilier : il est confectionné en chêne massif français de la plus belle qualité. Mais on sait que le chêne subit pour le moment une forte pression consécutive à la fièvre qui s’est communiquée à toute la filière bois.

Antoine, René et Bernadette Rigaux dans le premier atelier de 1898. ©DR

« Notre problème est différent », explique René Rigaux, « car en tant que fabricant, nous sommes obligés d’avoir un stock important à cause du temps de séchage. Il faut compter un an par centimètre. Pour vous donner un ordre d’idée, des chevrons de pieds tournés dix par dix demandent dix ans de séchage ! » On l’aura compris : la hausse des tarifs sera progressive d’autant que le fabricant tempère : « Il y a encore beaucoup de chêne dans les forêts françaises et, de toute façon, cette hausse, alimentée par les spéculateurs, affectera surtout le bois de construction, le temps que la fièvre retombe. »

On sait par contre que le chêne a tendance à être passé de mode, du moins pour les meubles classiques, ce que confirme René Rigaux qui ne le travaille plus que pour la restauration, en particulier les bibliothèques. De nos jours, plus de 60 % du mobilier qui passe entre ses mains est de style contemporain et il précise d’ailleurs qu’il est le seul en Wallonie à travailler le chêne massif pour le mobilier moderne.

C’est aussi le cas pour les placards sur mesure dessinés par rapport à l’espace disponible et non à partir de modules standard. « Actuellement, nous associons de plus en plus le chêne avec d’autres matériaux comme l’inox, la céramique ou le fer forgé, qui renforcent le caractère contemporain. Nous proposons aussi des placards laqués ; leur réalisation est confiée à un artisan spécialisé dans les laques de piano qui donnent une brillance et une profondeur sans pareilles, qui n’existent pas dans les placards de série que l’on trouve habituellement dans le commerce. »

Cette passion pour le chêne français n’est pas près de s’éteindre puisqu’Antoine, 39 ans et quatrième génération du nom, a pris depuis peu la succession de l’entreprise qui vient de sortir une nouvelle collection sixties à la forme épurée et aux portes coulissantes. Et comme son père le lui répète, comme son grand-père et son aïeul le répétaient déjà avant lui : « Dans notre métier, trois mots comptent : l’esthétique, la rigueur et la qualité. »

 

 

 

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