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Excellence belge : Scabal, l’empire du tissu

« Cette collaboration avec le COIB a été une belle aventure, en dépit du report et des contraintes sanitaires engendrées par le Covid. » | © BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

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Avec ses 5 000 références et ses 500 000 mètres d’étoffe disponibles en permanence, la marque qui a fourni l’uniforme de la délégation belge aux JO mène la danse du tissu de luxe dans le monde.

 

Sapé comme un prince ! L’expression prend ici tout son sens avec Scabal, enseigne prestigieuse née en Belgique. La « Société commerciale anglo-belgo-allemande-luxembourgeoise » est issue de l’esprit visionnaire d’un juif allemand, Otto Hertz, venu se réfugier à Bruxelles en 1938 pour des raisons faciles à imaginer. Il se lance alors dans la distribution aux tailleurs professionnels d’étoffes provenant d’Allemagne et d’Angleterre.

« Les marchands de tissu étaient les rois du monde », sourit Gregor Thissen, qui a aujourd’hui la haute main sur l’entreprise familiale. C’est au lendemain de la guerre qu’Otto Hertz a l’idée de créer une société à vocation paneuropéenne. Le père de Gregor en prendra la succession en 1970, après que le fondateur historique l’ait désigné comme son fils spirituel. « J’avais 10 ans quand mon père a quitté la succursale de Düsseldorf pour rejoindre Bruxelles, qui était, est et restera le centre névralgique de la société. »

Sous sa présidence, Scabal prend véritablement son envol et se développe à l’international, États-Unis et Japon en tête, avant de couvrir le monde entier. Soit plus de 70 pays, dont la Chine, de plus en plus importante du fait du développement de sa classe moyenne. Ça tombe bien : Scabal répond à la demande et, en tant que grossiste, producteur, tisseur et distributeur, couvre toute la chaîne, « du mouton au consommateur », alors que la plupart des acteurs actifs dans l’habillement se contentent de sous-traiter leur production. « Actuellement », précise Gregor Thissen, « nous achetons notre laine en Australie et la faisons filer en Italie puis tisser en Angleterre. Nos vêtements sont ensuite confectionnés au Portugal selon nos propres normes de qualité, d’exigence et de durabilité. »

Un quart du chiffre d’affaires est dû au tissu, un autre quart aux vêtements et le reste provient de l’activité de grossiste en étoffes, « une fonction stratégique si l’on veut maîtriser toute la filière ». La laine n’est pas la seule fibre naturelle utilisée par -Scabal. qui a également recours au coton, à la soie, au cachemire, à la vigogne et au lin. On l’a compris : on évolue ici dans le luxe et la volupté. Comme le rappelle son président exécutif, « il suffit de regarder la liste de nos clients les plus fidèles, qui se fournissent chez nous pour des programmes de couture, que ce soit Hermès, Gucci, Lanvin ou Prada ».

 

Gregor Thissen : «Même si les tenues décontractées ont le vent en poupe, le costume a encore de beaux jours devant lui.» ©DR

Mais dans l’esprit du grand public, la marque Scabal est surtout synonyme de costumes haut de gamme, ceux-ci étant soigneusement travaillés à l’unité, sur mesure, avec pas moins de 200 options différentes par pièce.

Dans cette histoire, Bruxelles, qui a toujours joué un rôle de premier plan, reste un lieu stratégique avec ses 10 000 m² d’entrepôts et d’ateliers où sont stockés en permanence 500 000 mètres de tissu pour pas moins de 5 000 références. S’y s’ajoutent 2 000 m² de bureaux et de showroom dont les toits, précisons-le, sont entièrement végétalisés et équipés de panneaux solaires. Car Scabal, qui suit à la lettre le programme RWS et entend investir dans le développement durable, tient à son image verte comme à sa chemise. Tout comme, d’ailleurs, à son engagement sportif.

Ce n’est donc pas un hasard si l’entreprise a fourni l’uniforme de la délégation belge pour les derniers Jeux olympiques. « Cette collaboration avec le COIB, qui nous avait proposé de participer au projet, a été une belle aventure, en dépit du report et des contraintes sanitaires engendrées par le Covid. »

Un Covid qui a certes laissé des traces en affectant le monde entier, avec des milliers de magasins fermés et des clients bouclés chez eux. Une telle situation, convient Gregor Thissen, a opéré une rupture dans la manière de s’habiller : « Dès que nous avons compris qu’un tournant était en cours, nous avons réagi en introduisant dans nos collections des articles plus casual, adaptés au télétravail. Mais je suis convaincu que les gens vont bientôt revenir au plaisir de se sentir élégant et de s’habiller de manière plus formelle. »

L’occasion fait le larron, surtout maintenant que le relâchement des mesures contraignantes permet de mettre plus facilement le nez dehors et de profiter pleinement des joies de la vie. « Et le costume en fait partie, que ce soit au détour d’une fête, d’un mariage ou simplement pour aller au restaurant. Même si les tenues décontractées ont le vent en poupe, il a encore de beaux jours devant lui. »

 

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