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Excellence belge : Pierre Dôme, passe d’armes

L’artiste au travail : le métal le plus employé est l’or pur, mais il peut aussi avoir recours à l’argent pur, au platine, au palladium, à l’or rouge ou vert. | © DR

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Il fait partie des derniers artisans belges à graver des armes de luxe. Lors des Journées du patrimoine, ces 10, 11 et 12 septembre, il expose son savoir-faire au palais des princes-évêques de Liège.

 

C’est à l’âge de 11 ans que Pierre Dôme sent naître la vocation : il sera graveur sur armes, comme l’ont été, tout au long de l’histoire, des générations d’hommes qui, avant l’apparition des armes à feu, donnaient déjà cours à leur talent en décorant les armures et les plastrons des chevaliers.

En tant que Liégeois, le gamin a de la chance : l’école d’armurerie de Liège, l’une des dernières du pays, se trouve non loin de chez lui. Il en sort diplômé en 1988 avant de consacrer deux années supplémentaires à une spécialisation dans la gravure, puis une autre dans le montage à bois pour réaliser des crosses de fusil. S’ensuit alors un long parcours administratif pour obtenir en 1997 un agrément, ce fameux sésame qui lui permet de montrer patte blanche, car tout ce qui tourne autour des armes est particulièrement réglementé.

Il faut ajouter qu’en matière de réputation sulfureuse, Liège n’a jamais été en reste. Durant son âge d’or, la Principauté était réputée pour sa maîtrise dans la fabrication d’armes et, à la fin du XVIe siècle, un certain Jean Curtius, surnommé « le Fugger liégeois », fit fortune dans la collecte du salpêtre dont il eut le monopole, devenant ainsi la plus grande fortune d’Europe. Liège et les armes ont donc toujours fait bon ménage et, de cette épopée détonante, demeure cette fameuse école d’armurerie liégeoise où Pierre Dôme donne aujourd’hui cours, quand il n’est pas dans son atelier à travailler pour des musées ou de riches particuliers.

 

Ce travail de précision reste chronophage et, par manque de demande, les jeunes graveurs belges partent le plus souvent chercher du travail en Angleterre, où l’on a gardé un certain sens des traditions
Chaque réalisation est une véritable œuvre unique. ©DR

« Le marché de la gravure sur armes », explique-t-il, « est aujourd’hui subdivisé en deux types de procédés : la gravure industrielle est appliquée aux armes courantes et consiste à habiller rapidement les armes en série ; la gravure artisanale est un marché beaucoup plus confidentiel, car elle concerne les fusils de luxe et est réalisée sur mesure pour le client. Ce procédé est également onéreux, car il s’agit d’un travail beaucoup plus long. »

Et pour cause : si graver ses initiales de manière fleurie revient à quelques centaines d’euros, la facture peut flirter facilement avec les 40 000 euros pour des pièces de collection… qui coûtent elles-mêmes 75 000 euros pour une arme standard du célèbre fabriquant belge Lebeau-Courally, ou fabriquée par Holland-Holland ou Purdey en Angleterre. « En fait, ce sont surtout les pays européens qui sont passés maître dans la fabrication de ces armes de luxe, Belgique et Angleterre en tête, même s’il existe aussi quelques marques italiennes et autrichiennes. »

Quant à la gravure sur armes, elle a ses écoles et ses styles : en Angleterre, l’artisan travaille assis et à l’échoppe, créant une gravure moins profonde. Le Liégeois, lui, œuvre au burin-marteau, debout pour plus de fluidité du fait que « le travail se fait avec les épaules, en tournant autour de la pièce, ce qui confère une liberté de mouvement maximale ». Mais dans les deux cas, ce travail de précision reste chronophage et, par manque de demandes, les jeunes graveurs belges partent le plus souvent chercher du travail en Angleterre, où l’on a gardé un certain sens des traditions.

Parmi les différentes techniques de gravure, c’est sans doute l’incrustation qui est la plus spectaculaire : elle consiste à insérer dans un métal de support un métal d’une autre nature, plus malléable que le premier. Dans la gravure sur armes, l’incrustation permet de jouer sur la différence de couleur. Le métal le plus employé est l’or pur, mais on peut aussi avoir recours à l’argent pur, au platine, au palladium, à l’or rouge ou vert. « Les artisans graveurs sur armes en Belgique se comptent sur les doigts de la main, mais le métier offre beaucoup de satisfactions personnelles quand on aime le travail de précision. Il donne également l’occasion de voyager pour faire des démonstrations : je me rends fréquemment à Lens, en France, à Nuremberg ou dans des manifestations spécialisées. »

On l’a compris, la rentrée et la saison de la chasse sont des périodes fastes. C’est d’ailleurs dans le cadre des Journées du patrimoine que Pierre Dôme fera montre de son talent à l’ombre des murs du palais des princes-évêques. Mais qui dit graveur ne dit pas nécessairement amateur de tir. Pierre l’avoue sans fausse honte : il ne sait ni tirer, ni chasser. Il ne possède aucune arme chez lui !

 

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