Paris Match Belgique

Mathieu Almaric : « Croire aux fantômes permet de surmonter la mort »

"Dans le film Serre-moi fort, je prolonge la vie. Je ne parle pas que des morts. D’ailleurs, c’est bien pour ça que j’évoque beaucoup de ruptures amoureuses. C’est aussi violent. " | © ©PHOTOPQR/NICE MATIN

I like Belgium

Réalisateur de Serre-moi fort qui bouleverse le public depuis la rentrée, Mathieu Amalric explique la genèse de ce film puissant. « Un ami devait monter “Je reviens de loin”, la pièce de théâtre de Claudine Galea, écrite en 2003. Un soir, il m’a passé le bouquin. Je l’ai lu dans un train et je me suis mis à chialer. Ça m’a servi de déclencheur. L’histoire m’a envahi, dépassé. »


Par Christian Marchand

Paris Match. Vous étiez à Bruxelles pour y présenter votre huitième film, « Serre-moi fort », en ouverture du quatrième Festival international du film de Bruxelles (BRIFF). Enfin le retour à la vie ?
Mathieu Amalric. Le Festival de Bruxelles a réalisé un merveilleux travail pour avoir lieu. Ses organisateurs se sont battus pour qu’il existe. Leur effort a été récompensé, il y avait du monde. Les gens ont envie d’aller voir des films. J’aime beaucoup bavarder avec eux après la séance : c’est le seul moment où l’on peut voir et sentir si le film est apprécié.

Ce soir-là, c’est le public qui avait envie de vous serrer très fort dans ses bras…
C’était merveilleux. Je suis resté avec les gens jusqu’à trois heures du matin. Il y avait deux projections. La première salle était pleine. J’ai pu échanger avec eux. Mais pour la seconde, c’était impossible à l’intérieur en raison de cette seconde séance tardive. Nous avons donc discuté dans la rue. Un moment inoubliable !

Que pensez-vous de Bruxelles, de la Belgique ?
J’en ai beaucoup de souvenirs importants. Enfant, je venais visiter la ville avec mes parents. Ma mère aimait bien nous emmener voir des expositions. La Belgique est dans notre sang. Très jeune, j’ai été marqué par Jacques Brel. J’avais 14 ans. Ensuite, je suis venu au Plat Pays avec une copine. J’y ai passé deux mois et demi pour la série « L’Agent immobilier », avec Eddy Mitchell. Et j’y reviens bientôt pour mon amoureuse, qui commencera à répéter au Théâtre de la Monnaie (ces dernières années, Barbara Hannigan y a fasciné le public dans plusieurs rôles de soprano, NDLR).

 

©DR

Dans votre film, il y a des larmes, mais aussi beaucoup de fantômes.
Oui, nous sommes dans un drôle d’état de délire. Mais le message n’est pas de sombrer. On ouvre. On prolonge. Le personnage de Clarisse donne une leçon de vie. Elle se projette. Elle avance. C’est là que je me suis dit que le cinéma pouvait explorer quelque chose à partir du moment où il y a des fantômes. Y croire permet de surmonter le pire.

Comment survivre à la mort de ceux qu’on aime ?
Je ne voulais pas évoquer un personnage dans un chemin de croix, quelqu’un qui désespérait, qui avait la tête dans l’eau. Ce n’était pas la peine de filmer des moments de souffrance. On les imagine. Lors du Festival de Bruxelles, j’ai rencontré une personne qui venait récemment de perdre quelqu’un. Il ne savait pas quel film il allait voir. Après, j’ai remarqué qu’il était vraiment mal. Pas à cause du film, mais par le fait de ne pas accepter ce gouffre. Il me disait : « Je vais peut-être essayer de faire comme cette femme, Clarisse, dans le film. »

Si la star Amalric devait rencontrer le petit Mathieu, quel conseil lui donneriez-vous ?
Amalric face au jeune Mathieu lui dirait : « C’est tellement bien ce que vous faites. On vous aime. » Là, j’essaie de me souvenir de ce qui m’a animé quand j’ai eu envie de faire des films. J’ajouterais : « Prends des risques. Ne cherche pas la voie facile. Si tu fais des films, il ne faut pas que ce soit pour autre chose que le fait d’explorer toutes les possibilités du cinéma. » Voilà pourquoi je me dirige parfois vers des domaines un peu étranges.

Avez-vous réussi à concilier sans mal vie professionnelle et vie familiale ?
Oui. Lorsque les enfants sont petits et qu’on n’est pas là, on se sent coupable. Mais le fait de vivre sa passion n’est pas regrettable. D’ailleurs, les enfants vous aiment pour cela, ils vous aiment heureux. Mais je l’avoue bien volontiers : la culpabilité était présente.

Selon vous, qu’est-ce que les Français devraient emprunter aux Belges ?
En Belgique, l’envie de dire les choses existe réellement. Cela nous manque beaucoup en France. Je précise : en ville, pas à la campagne. On dit toujours que les Belges sont chaleureux, mais j’ai envie de trouver un autre mot. Ils sont plutôt dans une philosophie de tranquillité. « Ça va aller », disent-ils. En France, c’est plutôt : « Ça ne va pas aller. »

 

©DR

 

CIM Internet