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Excellence belge : Alexandre Rosman, les ors de la reliure artisanale

Alexandre Rosman au travail : « Je suis au service du document. » | © DR

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À 32 ans, le Namurois relie les livres manuellement, à l’ancienne, et restaure les ouvrages du passé, conscient de sa chance d’œuvrer dans un pays réputé pour être le paradis des relieurs.


Qui eût cru que la patrie du chocolat et de la bière recelait d’autres talents cachés, en particulier en matière de reliure ? Alexandre Rosman le confirme : « La Belgique est leader dans ce domaine et a toujours fait preuve d’une grande créativité artistique, notamment grâce à ses nombreuses écoles comme La Cambre et les Arts et Métiers, mais aussi une foule d’académies et de musées comme Mariemont ou la Bibliotheca Wittockiana à Woluwe-Saint-Pierre. Sans compter une importante communauté d’amateurs qui se consacrent à cette activité pour le plaisir. »

C’est d’ailleurs aux Arts et Métiers que le jeune artisan suit son apprentissage, durant lequel il rencontre « de chouettes personnes » qui lui donnent le goût du métier. Il continue ensuite à se former en Belgique, en France et en Suisse, à la manière d’un Compagnon, tout en lançant son activité de relieur à Namur où il a son atelier. Ses clients sont principalement des bibliothèques ou des sociétés qui souhaitent faire relier leurs archives, mais aussi des clients qui veulent offrir un cadeau d’anniversaire original en faisant relier un ouvrage de famille. Alexandre peut aussi créer de nouveaux ouvrages sur mesure, comme des livres d’or pour les gîtes, les hôtels ou les restaurants, pour lesquels ses clients peuvent choisir le papier, le format et le type de couverture. « Je suis au service du document, mais je n’imprime pas. Par contre, avec un simple document Word, je peux contacter un imprimeur afin de collaborer. »

 

Quelques merveilles réalisées par cet artiste qui se consacre à la conservation des livres anciens. ©DR

Dans son domaine, le jeune artisan travaille à l’ancienne. Il peut se faire aider par quelques machines en soutien, mais son matériel principal, ce sont ses mains, elles qui cousent les pages par paquet de douze à l’aide d’un coudoir et planchent en moyenne une ou deux semaines sur un livre classique. Une échelle du temps variable, selon les exigences et le projet du client. Le but, outre la dimension esthétique, est que le livre rende la lecture aisée, à mille lieues du livre de poche qui ne s’ouvre pas à plat mais se croque et perd ses pages, qui se décollent et s’envolent comme feuilles au vent. « Je fais en sorte que le livre garde sa souplesse et, pour la couverture, j’utilise la toile ou le cuir, certes plus onéreux, mais qui s’imposent dans le cas des beaux livres. On a alors le choix des matières et des nuances, de la chèvre oasis aux cuirs plus traditionnels comme le maroquin, aux grains rectangulaires, ou le chagrin, aux grains plus réduits. »

Alexandre Rosman pourrait parler durant des heures des différents types de reliure, celles dites « courante », « soignée » ou « artistique », avec l’emploi de dorures et de décors qui permettent à l’artisan de donner toute la mesure de son talent. Il y a trois ans, le jeune Namurois franchit un nouveau pas : « Je voulais acquérir des compétences en matière de restauration de livres et je me suis formé en France, à Tours, dans l’atelier d’Olivier Maupain. »

Trois années d’études, financées de manière substantielle par le Fondation Roi Baudouin, à raison d’une semaine par mois, même en pleine crise Covid… soit dix-huit tests PCR réalisés rien que ces six derniers mois ! Mais à peine sa formation terminée, le voilà déjà à l’œuvre sur une affiche publicitaire du début du XXe siècle, ainsi que sur un authentique ouvrage du XVIIe en piètre état. « Cette activité me permet aussi de restaurer des jeux anciens, des boîtes et bien d’autres cartonnages délicats, car mon métier ne se limite pas au demi-cuir à coins ou au papier marbré. »

 

« La Belgique est leader dans ce domaine et a toujours fait preuve d’une grande créativité artistique, notamment grâce à ses nombreuses écoles comme La Cambre et les Arts et Métiers » ©DR

À ce propos, Alexandre Rosman confirme la détestable qualité du papier que nous a laissé le XIXe siècle : « Celui-ci se désagrège s’il n’est pas conservé dans des conditions très strictes. L’industrialisation du papier, ainsi que l’usage de la pâte à bois et de certaines colles ont contribué à rendre les livres de cette époque terriblement fragiles et certainement peu aptes à défier le temps. Ainsi, il est plus facile de restaurer un ouvrage du XVIe siècle qu’un livre du XIXe. »

Pourtant, aujourd’hui, il l’affirme, on assiste à un évident retour vers la qualité, du moins avec certains types de livres. On ne parle pas bien sûr du livre de poche, qui est à la reliure ce que le café soluble est à l’espresso. « Un livre de poche, c’est normal de le maltraiter. Et c’est un relieur qui vous le dit ! »

alexandrerosman.be

 

 

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