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Excellence belge : Centre spatial de Liège, dans le champs des étoiles

« La vie est possible et même probable ailleurs. Nos instruments peuvent jouer un rôle dans cette découverte, qui sera une révolution »

Serge Habraken : « Les ambassadeurs et les chefs d’État sont souvent reçus chez nous, car nous avons pas mal de choses à montrer. » | © DR

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Serge Habraken, à sa tête, travaille avec une centaine d’ingénieurs et de physiciens sur les instruments d’optique embarqués à bord de satellites, tant pour le compte de l’agence spatiale européenne que pour les programmes de la NASA.

 

On l’ignore trop souvent, l’espace est aussi le domaine de prédilection de la physique et des instruments optiques de très haute précision. C’est d’ailleurs dans cette discipline que se spécialise Serge Habraken quand il fait ses études à l’Université de Liège et y présente sa thèse de doctorat, consacrée à l’holographie.

Quelques années plus tard, il se retrouve au Sart Tilman où, depuis 1984, le Centre spatial de Liège a élu domicile après avoir connu ses débuts à l’observatoire de Cointe. « J’ai eu aussitôt la chance de participer directement à la mise au point du satellite IMAGE en développant un instrument d’optique pour la NASA, le FUV-SI, destiné à observer les aurores boréales produites par les particules du soleil capturées par le champ magnétique terrestre, ce qui permet de mieux comprendre ce dernier. »

Trois ans de travail plus tard, après validation par l’agence spatiale américaine, le satellite prend son envol le 25 mars 2000. Mais les projets ne manquent pas, car le centre de Liège jouit d’une reconnaissance internationale et est reconnu pour son expertise dans les instruments d’observation envoyés dans l’espace. Certaines applications sont développées à des fins industrielles, comme les panneaux solaires équipant les satellites. D’autres touchent à la mise au point de caméras et d’instruments optiques embarqués capables d’être confrontés à des températures sidérales, notamment à -270 degrés quand l’exposition solaire n’est pas de la partie, ou de résister aux vibrations du décollage de la fusée alors que les instruments sont extrêmement sensibles et peuvent se dérégler.

Entre-temps, Serge Habraken entame une carrière académique à l’Université de Liège, dont dépend le Centre spatial, où il se fait une joie de partager sa passion avec les astrophysiciens et futurs ingénieurs de l’espace. « Avant de commencer l’université », confie-t-il, « j’avais pensé m’orienter vers l’astrophysique, jusqu’à ce que je réalise que cette discipline était souvent très théorique et très orientée vers les mathématiques. En un mot, il ne s’agissait pas du tout regarder les étoiles à travers son télescope. »

 

« La plupart des instruments optiques de l’Agence spatiale européenne passent par chez nous, et notre centre génère un chiffre d’affaires de 17 millions d’euros. » ©DR

Il les regardera néanmoins sous un autre angle, tout en siégeant au comité de direction du Centre spatial de Liège, dont il devient le président au début 2021. Il a 54 ans et pilote désormais un centre d’excellence en matière spatiale, une vitrine tant pour Liège et son université que pour la Wallonie. « D’ailleurs », précise-t-il, « les ambassadeurs et les chefs d’État sont souvent reçus chez nous, car nous avons pas mal de choses à montrer ».

Il s’agit, en l’occurrence, de plus de 1 000 m² de salles blanches où sont installées d’immenses cuves à vide en inox dans lesquelles les satellites sont plongés dans un environnement analogue à celui qu’ils rencontrent dans l’espace. C’est là que les systèmes d’optique, sans lesquels les satellites seraient aveugles, sont testés, alignés et calibrés de manière extrêmement précise. « La plupart des instruments optiques de l’Agence spatiale européenne passent par chez nous, et notre centre génère un chiffre d’affaires de 17 millions d’euros. »

Ainsi, le CSL a participé à l’élaboration du satellite PROBA, puis de PROBA2, un mini-observatoire solaire 100 % made in Belgium et toujours en vol, en attendant qu’un troisième prenne la relève. Il travaille également sur des missions dans le cadre du programme Copernicus, financé par l’Europe pour observer la Terre depuis l’espace. Plusieurs satellites ont déjà été envoyés pour analyser la déforestation, le réchauffement de la terre et des océans et la dissémination de la pollution dans l’atmosphère.

Les prochaines missions seront sans nul doute passionnantes. On parle notamment de la mission scientifique PLATO, un satellite équipé de 26 caméras pour détecter les exoplanètes en analysant la signature spectrale de leur atmosphère. « Cela va nous occuper jusqu’en 2025, après quoi les futurs satellites Sentinelle de Copernicus continueront leur cartographie de la lumière infrarouge de la Terre, saison par saison, afin de suivre de près les hausses de température de notre planète. Et ça, c’est de la physique ! »

Un de ces satellites, le LSTM, n’existe encore que sur papier, son lancement étant prévu vers 2029. Quant aux grandes questions existentielles, Serge Habraken ne les élude pas, à commencer par la vie ailleurs dans l’univers. « Nous ne sommes pas seuls, car il existe des milliards de systèmes solaires avec des milliards de planètes. La vie est donc possible et même probable ailleurs. Nos instruments peuvent jouer un rôle dans cette découverte, qui sera une révolution. »

 

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