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Guillaume Canet : « Moi, je suis un peu l’inverse de Bébel »

Guillaume Canet parlant de son dernier film : "En plein confinement, enfermé dans une pièce, j’ai commencé à cogiter. J’ai entamé un travail d’introspection, comme beaucoup. Voilà pourquoi j’avais envie de m’inventer un mec parlant à son double." | © ©PHOTOPQR/LE PARISIEN/Olivier Lejeune

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Acteur, réalisateur et scénariste de Lui (avec également Virginie Efira, Mathieu Kassovitz et Laetitia Casta), Guillaume Canet est également attendu pour « Astérix et Obélix : l’Empire du Milieu ».

 

Par Christian Marchand

Paris Match. Comment avez-vous créé le personnage schizophrène que vous incarnez dans Lui ?
Guillaume Canet. Un matin, je me suis levé avec l’envie de parler à ce double qui me trouble depuis des années. Un double peut vous tirer vers le bas, installer le doute dans votre esprit. Sauf chez des hommes de la trempe de Jean-Paul Belmondo, un battant, toujours de bonne humeur et qui se réjouissait de tout ! Moi, je suis un peu l’inverse de Bébel, souvent en train de douter, de me prendre la tête, de penser que mon travail n’est pas terrible, de croire que les gens ne m’aiment pas, de ne pas savoir me satisfaire des choses… En plein confinement, enfermé dans une pièce, j’ai commencé à cogiter. J’ai entamé un travail d’introspection, comme beaucoup. Voilà pourquoi j’avais envie de m’inventer un mec parlant à son double.

C’est un film autobiographique ?
Non, une fiction, mais j’y ai mis des éléments personnels. De l’émotion, des sentiments, des événements que j’ai pu vivre, comme n’importe quel artiste qui se sert de sa propre existence.

Vous parlez d’un couple, de ses faiblesses. C’est pour cela qu’on vous trouve une maîtresse dans le film ?
En réalité, j’avais l’envie de parler de la jalousie. Comment jalouse-t-on sa femme ? De quelle manière ? Avec quelle intensité et pourquoi ? Ce rôle des deux femmes est intéressant parce qu’elles jalousent même la relation qu’elles partagent. Au lieu d’être dans un vaudeville où femme et maîtresse se lacèrent, c’est le contraire. Elles ont en commun un amour pour cet homme. De plus, elles s’entendent très bien et sont complices. Elles se trouvent même plutôt pas mal. Et lui, il est le dindon de la farce. Je voulais montrer ce qui abîme un couple. Ça m’a permis d’aller dans le fantasme et de dynamiser la narration.

Si la star Canet devait rencontrer le petit Guillaume, quel conseil lui donneriez-vous ?
Je lui dirais : « Fonce, réjouis-toi de la vie. Donne-toi les outils pour rêver. Il n’y a pas de raison de ne pas vivre pleinement la vie avec bonheur et d’avancer. » Nous sommes tous nés tristes. Ce sentiment m’a permis de réaliser de nombreux films.

Pourquoi ces remerciements à la fin du film : «Merci à mes amis et à ma famille qui m’ont supporté depuis tant d’années» ?
Parce que je suis quelqu’un d’extrêmement exigeant. Et par moment embêtant. J’ai pris conscience de cela pendant le confinement. Je suis un ours. Participer à un dîner avec des gens que je ne connais pas est ma plus grande angoisse. Une phobie. Ce n’est pas toujours facile pour mon entourage.

Vous dites aimer la Belgique. Pourquoi ?
J’adore les Belges. Il n’y a pas longtemps, j’étais en Bretagne. J’ai pris conscience des similitudes entre Belges et Bretons en matière de naturel. Ils sont comme des frères, ils ont vraiment l’art de ne pas se prendre la tête, d’être rationnels dans leurs relations. Qu’il s’agisse de liberté d’expression ou d’humour. Ils se ressemblent beaucoup. Les Belges ont une certaine franchise, une liberté de parole qui me plaît. Et puis, en Belgique, on parle de choses dont on ne discute pas en France. C’est un soulagement ! 

 

©DR

L’actu de Guillaume Canet

«J’ai plongé Astérix et Obélix dans la culture chinoise»

 « Nos deux héros font partie du patrimoine », explique-t-il. « Ils sont dans la conscience collective. Ce sont un peu nos personnages Marvel à nous. On a tous grandi avec les bandes dessinées d’Astérix. Moi, j’ai lu celles de mon père. Et mon fils lit les miennes. C’est un truc intergénérationnel qui donne l’envie à tout le monde. Il y a quatre ans, mon producteur Alain Attal m’a appelé et m’a demandé si la réalisation du film m’intéressait. Il m’a dit qu’il y avait vingt pages d’écrites. C’est un film d’aventures, de promesses, de voyages. Pour un metteur en scène, c’est incroyable de se retrouver à la tête d’un tel projet. Mon envie était de le faire avec une ambition dingue et de montrer que cela n’avait rien à voir avec les autres aventures d’Astérix. Bref, j’ai accepté et j’ai retravaillé l’adaptation du scénario. J’en ai écrit au moins six ou sept versions pour en faire un vrai film d’aventures, immense, comme on n’en voit plus en France, avec des cascades, de grandes batailles, des combats de kung-fu au câble. Bref, la rencontre de “Tigre et Dragon” et de “Braveheart” ! En plaçant nos héros dans cette culture chinoise, j’ai voulu provoquer un coup de sang pour que les jeunes aient envie de jouer à la potion magique. » 

 

 

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