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Une souris belge plus connue que le nain de jardin d’Amélie Poulain

La souris de l'ébéniste Christian Dalimier s’est écoulée à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Sa désormais célèbre souris, ici sur la muraille de Chine. | © DR

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Christian Dalimier est ébéniste de formation spécialisé dans le mobilier contemporain hors norme et dans les créations aussi petites soient-elles.


Si Philippe Geluck a popularisé son Chat sur une bonne partie de la planète, c’est un ébéniste liégeois qui lui vole (presque) la vedette avec… une souris ! Tout a commencé par la passion du bois qui, dès ses 13 ans, pousse Christian à entamer des études de menuiserie à Don Bosco, tout en allant, dès la fin des cours, rejoindre un antiquaire de haut niveau chez qui il commence en bas de l’échelle.

Durant ses deux dernières années de secondaire, il consacre aussi toutes ses vacances scolaires, dix heures par jour, à restaurer des meubles, les poncer, les décaper, avant que le patron lui confie la fine fleur de l’art : le polissage au tampon. « Grâce à cette discipline de travail que l’on n’apprend plus de nos jours, dès mes 21 ans, je me suis mis à mon compte comme restaurateur de meubles anciens et j’ai travaillé pour des antiquaires liégeois et de toute la Belgique. »

À l’époque, il ne sait plus où donner de la tête, car l’exportation de meubles anciens vers les États-Unis est à son apogée. « Et puis est arrivé le 11 septembre 2001, qui a mis un terme brutal à ce commerce, en même temps que le marché des antiquaires a pris un sérieux coup dans l’aile. Je me suis alors mis à travailler le mobilier contemporain sur mesure, avec un très haut degré de finition, en mêlant des matériaux différents – métal, bois, pierre, bijoux, miroirs et incrustations en tout genre – et en appliquant les règles de la marqueterie aux meubles modernes. »

Sa débordante créativité aime aussi s’exprimer à travers des créations inédites comme le sous-marin de Tintin en format XXL, un bureau pour l’étude d’un notaire aux tiroirs semblables à de gros livres et dont le support est aux armes de l’emblème notarial, ou encore ce bonhomme de neige géant composé de trois boules d’aluminium rétro-éclairées. Et de proclamer haut et fort à ses clients potentiels : « Tout ce que vous cherchez et qui est inconcevable, je vous le fais. Je n’ai aucune limite si vous n’en avez pas non plus ! »

Sur l’air de « tout est possible, il suffit de demander », Christian Dalimier réalise les tours de force et les défis les plus fous, lui le dernier restaurateur de meubles anciens à Liège, devenu ébéniste à tout faire et artiste accompli, un peu magicien aussi, capable de matérialiser les projets les plus extravagants.

Christian Dalimier : « Tout ce que vous cherchez et qui est inconcevable, je vous le fais. Je n’ai aucune limite si vous n’en avez pas non plus ! »

Un tel talent ne pouvait que se retrouver à la galerie Liehrmann où, dans le cadre d’une exposition thématique sur l’œuf d’autruche à laquelle ont participé cinquante artistes triés sur le volet, il a présenté son interprétation toute personnelle du thème : un œuf fixé à l’horizontale sur une colonne d’1,60 m, en y insérant un mécanisme de coucou de sorte qu’à heure fixe, par le trou de l’œuf, sorte une petite souris. Et c’est là que l’idée devient intéressante, car personne n’aurait parié un kopeck sur le destin de cet animal dont il multiplie désormais les répliques.

En effet, ses souris ont un tel peps et un tel charisme que les entreprises se les arrachent en porte-clés ou en version plus grande – mais toujours colorée – que des particuliers s’amusent, à sa demande, à prendre en photo au cours de leurs voyages. On en voit partout, sur la muraille de Chine, sur le pont de Brooklyn ou même en plein océan, posée sur les poutres d’une station de forage. « Un peu comme le nain de jardin dans le film “Amélie Poulain”, sauf qu’ici, ce n’est pas du pipeau ! »

Aujourd’hui, sa souris continue sur sa lancée et participe même personnellement à l’Exposition universelle de Dubaï, où elle est vendue dans le shop du pavillon belge. Christian en a d’ailleurs créé des répliques plus petites ou plus grandes, en bois, et même un exemplaire en or massif à la demande d’un client fortuné. Il poussera lui-même la plaisanterie jusqu’à équiper sa souris de quatre roues motrices pour la téléguider sur le circuit de Spa-Francorchamps. Un exploit dont la vidéo, prise par un drone, fait le buzz sur les réseaux sociaux.

L’un de ses derniers coups fumants est sa participation à l’exposition « Toutânkhamon » où, profitant d’une découverte archéologique ayant mis à jour des souris momifiées, Christian a eu beau jeu d’en créer toute une ribambelle dorée à la feuille, aux yeux turquoise, en les disposant dans un meuble de sa composition en forme de pyramide. « Ma souris a le mérite d’illustrer ma créativité et cette mascotte est devenue ma meilleure carte de visite », dit-il encore, alors que « Mimi » n’a manifestement pas dit son dernier mot. À 53 ans, Christian se considère plus que jamais comme un ébéniste, « avec des idées farfelues mais toujours les pieds sur terre », prêt à relever sans cesse de nouveaux défis.

 

 

 

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