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Excellence belge : Delforge, le monde évanescent des senteurs

Charles Kerangoff : « Le parfum est semblable au vin, il faut du temps pour que les huiles essentielles infusent dans l’alcool. » | © DR

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Ancré dans la citadelle de Namur, l’atelier de parfumerie Guy Delforge est le seul, en Europe du Nord, à composer des parfums de façon artisanale. Plus d’une trentaine de jus sont disponibles, dont « Oser Aimer », la vedette de la Saint-Valentin, qui allie la rose, le jasmin et la bergamote.


Si Charles Kerangoff est d’origine bretonne et le digne fils d’un sous-marinier basé à Toulon, il possède un talent dont peu d’hommes sont pourvus : un nez ! Et c’est ce nez qui le fait voyager dans les airs, après avoir eu le flair de reprendre à son compte, il y a quatre ans, la parfumerie Guy Delforge. Son prédécesseur s’était fait un nom dans le métier avec Carré Blanc, qui avait décroché en son temps une médaille d’or à Paris et à Londres.

Depuis ce parfum réservé aux femmes abouties, une trentaine de jus sont sortis des ateliers Guy Delforge, que ce soit pour les hommes ou pour les femmes, même si, statistiquement, la clientèle reste majoritairement féminine, « dans une proportion des deux tiers », précise le Namurois. « Nous fabriquons tous nos parfums ici même, dans notre atelier des caves de la Citadelle, jadis un mess des officiers. Ces murs ont plus de cinq cents ans, puisqu’ils remontent au château des comtes de Namur, à l’époque de Charles Quint et de François Ier. »

Et d’insister sur le fait qu’il est actuellement le seul artisan parfumeur d’Europe du Nord à composer ses jus à l’ancienne, sans aucun accélérateur chimique. « Le parfum est semblable au vin », explique-t-il. « Il faut du temps pour que les huiles essentielles infusent dans l’alcool. »

 

« Nous fabriquons tous nos parfums ici même, dans notre atelier des caves de la Citadelle, jadis un mess des officiers. Ces murs ont plus de cinq cents ans, puisqu’ils remontent au château des comtes de Namur, à l’époque de Charles Quint et de François Ier.»  ©DR

Comptez entre trois et treize mois en fonction de la puissance et de la propriété des huiles. Le boisé, par exemple, exige plus de temps que le fleuri. C’est le moment de rappeler qu’il existe sept familles de parfums : les hespéridés (agrumes), les floraux, les fougères, les boisés, les cuirs, les ambrés et les chyprés (épicés), ces derniers étant particulièrement appréciés par la gent masculine. À partir de cette palette, les combinaisons sont infinies : tout est question de dosage et d’audace. « Mais », insiste Charles Kerangoff, « l’olfaction est le plus subjectif de tous nos sens. Il fait appel à la fois à la magie et à la poésie et entretient un rapport particulier avec notre passé. »

« Le parfum est le plus intense des souvenirs », considérait Jean-Paul Guerlain. Parmi les productions de la maison Delforge, on a cité le très primé Carré Blanc, à base de chypré, de fleur et d’ambre, mais outre la trentaine de parfums patrimoniaux, l’actuel nez belgo-français propose de nouvelles créations. Ainsi La Cambre, à base d’encens d’Oman, s’inspire des échappées en forêt, tandis que Sur la Digue, joliment fleuri, renoue avec les émotions du littoral, une manière d’adresser un clin d’œil à la clientèle bruxelloise et flamande.

« Un grand nombre d’entre eux viennent nous rendre visite à la Citadelle. Nous organisons d’ailleurs une visite de nos ateliers tous les samedis, mais nous vendons aussi beaucoup via notre site delforge.com. Cela nous permet de diffuser nos parfums dans toute l’Europe, mais aussi aux Émirats et bien plus loin encore. Tenez, aujourd’hui même, je viens de poster plusieurs colis vers le Japon et les États-Unis. »

Il faut préciser que Charles Kerangoff ne travaille avec aucun intermédiaire, ce qui lui permet d’afficher des prix sans concurrence : 54 euros pour 100 ml d’eau de parfum, presque moitié moins que s’il passait par une boutique. Cela ne l’empêche pas de songer à ouvrir bientôt la sienne à Bruxelles… dans laquelle on ne trouverait évidemment que la crème des parfums Delforge. En attendant, on peut commander sur internet ou s’offrir une petite visite à Namur. Ça tombe bien, la Saint-Valentin approche et Charles dispose justement, parmi ses richesses, d’un parfum de circonstance au nom évocateur : « Oser Aimer », qui distille, dans un grand vent de fleurs, des effluves de rose, de jasmin et de bergamote.

INFOS
www.delforge.com

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