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Pascal Légitimus : « On vivait plus intensément au Moyen-Âge »

Pascal Légitimus garde de très bons souvenirs de ses passages en Belgique. | © POOL/VILLARD/MAXPPP

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Nous avons rencontré Pascal Légitimus à Liège, lors du dernier Festival du film de comédie. Il poursuit une belle carrière à la télé et sur scène : on l’a vu dans plusieurs séries et téléfilms, comme Meurtres à Marie-Galante et Capitaine Marleau, et son dernier succès est un spectacle composé en duo avec Kristoff Fluder,  Regards croisés sur l’autre.


Par Christian Marchand

Paris Match. Vous restez un amuseur éternel depuis les Inconnus. Pas facile par les temps qui courent…
Pascal Légitimus. Le rire, c’est de la vaseline : on peut s’en servir pour faire passer des choses difficiles (rires) ! En réalité, on en a un besoin vital. Comme dit la chanson de Charles Trenet, « Y a d’la joie », mais il n’y en a pas assez.

C’est aussi une prise de risque, parce qu’on ne peut pas rire de tout ?
À une époque, les gens écrivaient des lettres aux chaînes de télévision, mais on ne les lisait pas. Aujourd’hui, c’est le règne malsain des réseaux sociaux : tout le monde déverse sa haine et les patrons des médias prennent en compte les agressions. Le problème, c’est qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. Mais il y a des gens qui feraient mieux de se taire. D’autres, intelligents, rendent un jugement plutôt intéressant et bienveillant. Ils sont rares ! Ceci précisé, le métier d’humoriste est d’appuyer là où ça fait mal. Nous vivons tellement d’événements négatifs et on ne fait pas rire qu’avec du bonheur. Les gens sont devenus naïfs, trop gentils, trop dociles. Ils ont peur. Bref, les humoristes tombent sous le couperet de l’ordre et de l’autorité. Mais, je l’avoue : il vaut parfois mieux se creuser un peu plus la tête que de déverser n’importe quoi.

Cette époque, vous l’aimez ?
Je la préfère à 1914-1918 ou 1940-1945 (l’interview a été réalisée avant le début de la guerre en Ukraine, NDLR), ou même ou Moyen Âge. Quoique, on y vivait peut-être plus intensément… mais moins longtemps. Aujourd’hui, tout le monde se mêle de tout et cela devient compliqué. Des médecins se mêlent de politique et des politiques font de la médecine. De pseudo-acteurs qui ne sont pas acteurs prennent le pouvoir. Sans compter les tiktokeurs et influenceurs… Au secours !

 

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Selon vous, l’influenceur n’influence que les influençables ?
Les gens ne sont pas dupes ! Nous sommes sept milliards sur terre. Si à peine 500 millions disent m’aimer, je serai heureux ! Et la manière importe peu.

La politique en France vous fait-elle rire ?
Elle m’a toujours fait rire à cause de la différence entre les actes et les paroles. Pour nous, humoristes, c’est du pain bénit. Mais les hommes politiques ont un pouvoir. À un moment, on sent qu’il y a une limite à ne pas dépasser, que nous dérangeons certaines personnes.

Personnellement, êtes-vous toujours souriant et positif, ou vous arrive-t-il de passer du rire aux larmes ?
La naïveté en général me rend triste. Ça me désole de voir ce manque de lucidité. Notre société souffre aussi d’une perte de liberté. La soif de pouvoir est permanente, depuis toujours. Pour reprendre l’exemple du Moyen Âge, à l’époque, il y avait les seigneurs, les commerçants, et puis les pauvres. Cela n’a pas changé depuis des siècles.

Qu’est-ce que les Français devraient emprunter à la Belgique ?
Le lâcher-prise. Un peu comme les Québécois. Vous êtes moins stressés que les Français.

Si vous pouviez vous glisser dans la peau d’un artiste belge, lequel choisiriez-vous ?
Votre acteur Matthias Schoenaerts. J’en suis fan !

« Une sacrée aventure en Belgique»

Il garde de très bons souvenirs de ses passages en Belgique. « L’un des plus touchants est celui partagé avec une comédienne belge », raconte-t-il.
« Je tournais le neuvième épisode de “Crimes en série”, produit par la RTBF, avec le réalisateur Pierre Joassin. Nous étions installés dans le bois de la Cambre, à Bruxelles, en septembre. Il faisait très froid. Une jeune comédienne jouait une morte quasi nue. Entre les prises, on lui donnait des couvertures. Pour la pause déjeuner, la fille va dans la roulotte des comédiens, et tout le monde part manger ailleurs. L’équipe l’avait oubliée ! Quelques années plus tard, je l’ai retrouvée. Elle m’a avoué : “Tu étais le seul à te soucier de moi alors que j’étais en train de grelotter ! Tu as eu beaucoup d’humanité par rapport à pas mal de gens dans ce métier.” Vous voyez, même dans cette profession, rien n’est rose (rires) ! »

 

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