Paris Match Belgique

Christophe Willem : « L’amour des autres ne vous aide pas à vous aimer vous-même »

"J’ai eu besoin de me poser afin d’analyser les choses. D’un arrêt volontaire, c’est devenu un arrêt forcé avec la pandémie. Plus long que prévu, mais assez salutaire ! " nous a-t-il confié. | © BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR

I like Belgium

Cinq ans après Rio, Christophe Willem prépare un sixième opus lancé par le single « PS : Je t’aime ». Un tournant pour lui. « Le précédent album, dans lequel j’avais mis énormément de choses, n’a pas rencontré son public, excepté lors des concerts

 

Par Christian Marchand

Paris Match. Vous chantez l’amour avec le single « PS : Je t’aime », qui annonce votre album. Quelle place tient-il dans votre vie ?
Christophe Willem. Une place énorme. Je suis un passionné. Je ne peux pas vivre sans vibrer. Que ce soit pour une personne, une musique, un pays… Le clip de la chanson montre plutôt le parcours d’un artiste : être entouré de plein de gens dans une soirée, et puis se retrouver seul avec un gâteau d’anniversaire.

Vous est-il arrivé de passer de l’amour à la haine ?
Oui, parce que la frontière est mince. Selon moi, le pire dans une relation est la déception. Cela m’est arrivé et c’est le gros problème quand vous avez vécu dans la dépendance affective : les personnes qui vous aiment après vous trouvent trop froid. Il faut faire un énorme travail sur soi. Dans ce métier, bizarrement ou bêtement, vous pensez que l’amour des autres va vous aider à vous aimer vous-même. Eh bien, non. Le danger du succès, c’est qu’on pense naïvement que c’est un ami. En réalité, il nourrit juste l’ego.

Beaucoup l’ignorent, mais vous êtes passionné par la politique.
Oui, j’ai suivi de près les élections présidentielles. Le débat Macron-Le Pen était déjà plus intelligent que celui d’il y a cinq ans. On a vu un vrai duel démocratique, constructif, qui a offert à chacun une vraie réflexion. Il y a cinq années, c’était plus une compétition qui ne menait à rien. Ensuite, cela a permis de voir Emmanuel Macron en campagne. Pour beaucoup, son bilan est mitigé. On aurait aimé l’entendre argumenter davantage.

Lire aussi >Christophe Willem : « Maurane est sans hésitation la plus belle voix francophone »

Aujourd’hui, on parle surtout de guerre.
J’étais en Auvergne, chez mes parents, lorsqu’elle a été déclarée. Tous les jours, on se disait : « Mais c’est impossible, une guerre de nos jours ! Le fait d’envahir un pays est d’un autre temps. » Aujourd’hui, le monde a peur que la poudrière explose. L’arme nucléaire dépend de la folie, c’est flippant. Mais l’espoir n’est pas mort. La crise sanitaire et ses confinements nous ont appris que tout est possible. À l’époque, nous sortions à peine d’une cruelle période d’attentats. On se dit qu’il est inimaginable qu’un truc comme la guerre puisse arriver. Comme on a pensé qu’on ne parviendrait pas à confiner le monde. Mais on l’a fait ! Les solutions existent toujours, d’autant qu’ici, il y aurait des raisons économiques et financières de trouver un accord de paix. Je n’en peux plus de cette vision pessimiste. Demain, ce sera le drame du réchauffement climatique, avec le dégel des glaces et le fait que d’autres bactéries et virus vont être libérés dans la nature… Laissons-nous le droit d’être heureux !

On vous sent affecté par tout ce qui se passe.
Comment ne pas l’être ? La planète continuera de vivre, mais nous, non. Il y a une certaine prétention de notre part dans cette impression qu’on va exister éternellement, qu’on va sauver la planète. Recadrons totalement les choses : la Terre vivra mieux sans nous. On est dans l’ignorance totale de cet équilibre très fragile existant entre la planète et ceux qui l’occupent, c’est-à-dire les mondes animal, végétal et humain. Cela me déprime de savoir que l’être humain se pavane dans une posture de puissance complètement has-been.

Un peu de positivité quand même ? Sur cette Belgique que vous aimez ?
En dehors du fait que Bruxelles est toujours en travaux (rires), on y trouve une vraie dynamique, à l’image d’une ville comme Londres, qui a réussi à préserver son histoire et sa culture tout en se tournant vers la modernité. En France, on reste passéiste. L’un de mes meilleurs souvenirs en Belgique reste attaché à la fête nationale. Il y avait une telle ferveur dans les rues de Bruxelles ! Tout le monde semblait retrouver une partie de son enfance. Que ce soit dans le partage, le fait de marcher au milieu de la rue, de chanter. C’était beau.

Christophe Willem de retour chez ses parents dans sa chambre d’ado

« J’ai eu besoin de me poser afin d’analyser les choses. D’un arrêt volontaire, c’est devenu un arrêt forcé avec la pandémie. Plus long que prévu, mais assez salutaire ! Mon métier avait trop pris le dessus. Bref, je me suis retrouvé chez mes parents, dans ma chambre d’ado, avec mes questions et mes souvenirs d’avant. Bizarrement, cela a débouché sur l’envie de ne pas écrire, ni composer. Plutôt d’enlever les couches de vernis qui avaient pu s’accumuler avec le temps. J’ai connu des hauts et des bas. J’explique tout ça sans détour, sans rien atténuer et sans aucune retenue. »

CIM Internet