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Dave : « J’étais troublé par le fait qu’on pense à Annie Cordy à travers un tunnel »

près quatre années de travaux qui ont coûté 500 millions d’euros, le tunnel Léopold II à Bruxelles a été rénové et rebaptisé « tunnel Annie Cordy ». Avec ses 2,6 kilomètres, il est le plus long de Belgique. Quelque 60 000 véhicules le traversent chaque jour. | © DR

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Le chanteur Dave est venu à Bruxelles assister à l’hommage rendu à Nini-la-Chance par de nombreux artistes et un important public.


Par Christian Marchand

Paris Match. En pleine convalescence, vous avez fait le déplacement à Bruxelles pour honorer la mémoire d’Annie Cordy. Heureux ?
Dave. Votre question tombe à pic pour que je puisse dire la vérité. J’étais troublé par le fait qu’on allait penser à Annie à travers un tunnel. Grâce à Michèle Lebon, sa protectrice depuis toujours et sa fille adoptive (elle est en réalité sa nièce, mais a vécu avec Annie jusqu’à la mort de celle-ci, le 4 septembre 2020, NDLR), je sais maintenant qu’on installera au-dessus de ce tunnel une espèce de square, de petit parc, avec une statue d’Annie. Et ça, cela me va beaucoup mieux.

Que ressentez-vous au moment de partager la scène avec ses amis Salvatore Adamo, Gilbert Montagné, Hervé Vilard, Virginie Hocq, les Frères Taloche, Laurence Bibot, Sandra Kim, etc. ?
Un mélange de sentiments. Tout le monde connaît l’origine du mot « nostalgie » : il vient du grec « nostos » (retour) et « algos » (douleur). Donc, rendre hommage à Annie est aussi une forme de douleur. Ensuite, beaucoup disent qu’elle a disparu. Je trouve le terme très mal choisi. Et cela ne vaut pas spécialement pour les gens connus : ça peut être une grand-mère ou un ami que vous aimiez beaucoup et qui n’est plus là. Ils n’ont pas disparu, ils sont dans votre tête et dans votre cœur. Donc, Annie n’a pas disparu. Voilà pourquoi j’ai voulu m’associer à la fête.

À plusieurs reprises, vous avez partagé la scène avec Nini-la-Chance.
Oui, mais Annie se produisait déjà sur scène bien avant moi. Disons que nous avons eu la même chance. Tous les deux, nous avons rejoints une maison de disque franco-américaine qui s’appelait CBS. Auparavant, je travaillais pour une autre, et ça ne marchait pas. Idem pour Annie. Bref, j’entre chez CBS Paris et j’enregistre la chanson « Vanina ». Un tube ! Au même moment, Annie fait un malheur avec « La Bonne du curé ». Nous étions liés pour l’éternité ! Par la suite, on m’a proposé de faire l’Olympia avec elle. J’assurais la première partie de son spectacle. J’étais aux anges. Annie Cordy était une grande chanteuse populaire. J’avais aussi beaucoup d’admiration pour Juliette Gréco, mais je ne me voyais pas faire la première partie de ses concerts (rires) ! Annie et moi avons travaillé ensemble durant un bon mois, puis nous sommes partis pendant une année en tournée. Celle-ci passait par le Plat Pays. C’était juste magnifique. Le public belge et celui du nord de la France sont bien plus spontanés que tous ceux qu’on peut rencontrer dans les pays francophones. Vous imaginez donc que marcher à nouveau sur nos traces me fait chaud au cœur.

 

Dave avec Michèle Lebon, la nièce d’Annie Cordy, lors de l’hommage du week-end dernier à Bruxelles. ©DR

La Belgique occupe d’ailleurs une place à part dans votre carrière.
Et dans ma vie ! Mais ce n’est pas toujours racontable à la presse… À l’époque, Daniel Auteuil, l’un de mes amis, habitait Ohain, un très joli endroit. On sortait la nuit à Bruxelles. C’était juste extraordinaire… et plutôt surréaliste. Annie me traitait de « zinneke » (le surnom de nombreux Bruxellois, au croisement de tellement de cultures, de races, d’histoires, NDLR), un mot qu’elle m’avait appris à bien prononcer. Mais je ne savais pas ce que ça voulait dire ! Ceci précisé, moi qui suis de nationalité néerlandaise, élevé avec les ouvrages de nombreux écrivains, j’ai toujours été passionné par la culture belge. La Belgique regorge de talents dans beaucoup de domaines.

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Un souvenir surréaliste avec Annie Cordy ?
Elle n’était pas du genre à vous faire une blague sur scène. C’était une grande professionnelle. Mais je me souviens d’un moment très touchant. Ce soir-là, ce devait être la seule fois dans sa vie d’artiste où elle était vraiment aphone. Nous avons tous connu cela. Bref, Bruno, son mari, lui lance : « Tu vas voir, il va y avoir un miracle. Va sur scène ! » Moi, j’étais en co-vedette, j’avais déjà chanté avant elle. Bruno l’a poussée sur la scène. Annie y est allée, mais aucun son n’est sorti de sa bouche… J’avais mal pour elle. Elle est ressortie de scène et m’a supplié de chanter à sa place. Le public était tellement ému ! En définitive, ils sont très peu dans leur vie à avoir vu Annie sans l’avoir entendue chanter.

Vous souvenez-vous de votre première visite en Belgique ?
Oui, très bien. J’étais débutant vedette. Je devais avoir 30 ans. Tout le monde pensait que j’avais dix ans de moins, comme disait Michel Drucker. La première fois que je suis monté sur scène, je n’avais que deux tubes à interpréter. Mon premier gala s’est déroulé dans un petit village wallon, sous une espèce de grande tente. Je touchais le plafond quand je levais les bras. Autour de moi, ça sentait la bière et la transpiration. Sur le sol, le parquet ciré ne me mettait pas à l’aise… Je n’oublierai jamais ce moment !

 

Le tunnel dispose désormais de 18 sorties de secours. Les bénéfices de l’inauguration ont été versés au Fonds Pink Ribbon, organisation nationale qui aide les femmes dans le traitement du cancer du sein. ©DR

Et dans votre carrière, quels sont vos meilleurs souvenirs liés à la Belgique ?
J’ai un très bon souvenir d’une émission qui n’existe plus : « Chansons à la carte ». Là, j’ai vu un chanteur d’origine espagnole littéralement faire l’amour avec la caméra. Je le scrutais sur un petit écran et l’observais en vrai sur le plateau ; mon regard allait de l’un à l’autre. C’était Julio Iglesias. C’est la première fois que je le voyais chanter. On est devenu très copains, on a fait beaucoup de galas ensemble. Tous les ans, il m’envoie ses bons vœux. C’est un homme très humain. À l’époque, je n’avais encore jamais vu quelqu’un jouer à ce point de son image… C’est un métier où l’on apprend constamment. Il y a deux ans, juste avant le confinement, j’ai participé à une tournée. Je ne sais pas ce qui m’a pris de lancer au public : « Vous et moi, nous avons un truc en commun : on ne peut pas mourir jeune ! » Ça a été le bide de la soirée. Les réactions dans la salle ont fusé. Ça ne leur a pas plu du tout. Ce n’était pas un truc à dire !

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Vous avez bien résisté à cette époque Covid ?
Oui. Hélas, je sors d’un stupide mais grave accident, dont les séquelles me font toujours souffrir. En premier lieu, qu’on arrête de me donner des médicaments contre l’épilepsie, dont je ne pense pas souffrir ! Mais je ne suis pas médecin, il faut donc bien que je l’accepte. Mais si on arrête de me donner ces médicaments, j’aurai à nouveau le droit de conduire. Depuis des mois, je ne peux plus prendre le volant, et c’est une torture. La seconde séquelle est beaucoup moins grave, mais tout aussi perturbante : j’ai perdu le goût et l’odorat, non à cause du Covid comme de nombreuses personnes, mais en raison de mon accident et de l’hémorragie cérébrale dont j’ai été victime. J’aimerais tant goûter à nouveau aux délices de la gastronomie belge.

 

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