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Excellence belge : Célinette, le doigt dans le pot de confiture

Près de 500 magasins se disputent leurs confitures : épiceries fines, boulangeries, cavistes, mais aussi des hôtels et un grand fromager. Bientôt champions du monde ? | © DR

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La trentaine alerte, Céline et Anthony Maghin comptent parmi les rares artisans confituriers du pays. Leur marque produit pas moins de 50 000 pots par an.

 

Par Philippe Fiévet

Non, il n’y a pas que les grands-mères qui ont la mainmise sur la production de confitures, pas plus que la comtesse de Ségur. La preuve, ce couple de jeunes artisans liégeois qui a déjà raflé plusieurs distinctions, dont la médaille d’argent au concours Épicure à Paris pour sa confiture fraise-mûre-violette, qui s’est aussi vue classée 11e sur 400 au championnat du monde des confitures à Bordeaux.

Pour Céline et son mari, unis comme jamais autour de Célinette, leur marque chérie, tout a commencé en Espagne, sur un bord de plage des environs d’Alicante. Partis tenter fortune, ils y tiennent un bar durant trois ans, mais décident de rentrer en Belgique au moment où Céline, enceinte, attend son premier enfant. « En Espagne, les fruits tombent du ciel ! Nous en avions tellement à notre disposition », explique-t-elle, « que nous nous étions pris au jeu et préparions là-bas nos confitures, que nous ramenions pour la famille ».

Cette idée de confiture maison fait son bonhomme de chemin et c’est tout naturellement à celle-ci que songe le jeune couple dès son retour au pays, quand il est question de trouver un travail. « Dans ce domaine, il y a très peu de concurrence en Belgique, en dehors de la production industrielle. »

 

Céline et Anthony : « Tous les matins, mon mari part chercher les fruits frais chez les producteurs : fraises, framboises et mûres provenant exclusivement de Belgique, et plus particulièrement de Hesbaye. » ©DR

Conscients de leurs forces, Anthony et Céline lancent donc leur entreprise. Il a aujourd’hui 37 ans, elle 35 et, après avoir commencé il y a cinq ans dans le garage de la grand-mère, ils occupent désormais un atelier de 200 m² à Ans, à proximité du zoning de Grâce–Hollogne. « C’est un travail intensif », explique Céline. « Tous les matins, mon mari part chercher les fruits frais chez les producteurs : fraises, framboises et mûres provenant exclusivement de Belgique, et plus particulièrement de Hesbaye. Bien sûr, pour les fruits exotiques, c’est différent : nous faisons appel à des grossistes. »

La grande nouvelle, c’est que Célinette vient de franchir un pas décisif : à côté de sa gamme habituelle, une autre vient de voir le jour après avoir obtenu un label bio certifié. Les confitures aux fraises, aux abricots et aux framboises, auxquelles s’ajoutent trois goûts d’assemblages, n’auront qu’à bien se tenir ! En ce qui concerne ce dernier point, on ne peut s’empêcher de lorgner sur l’une des spécialités phares de la maison, joliment intitulée « Poire pirate ».

Sans Johnny Depp mais avec des poires, de la vanille et une pointe de rhum. La difficulté pour une bonne confiture ? Pour Céline, c’est avant tout le choix du meilleur fruit, ainsi que la constance de la qualité, laquelle s’obtient avec des fruits au top, ni trop mûrs ni pas assez, afin que le taux de sucre ne fluctue pas. « Nous avons 36 % de sucres ajoutés, pas un gramme de plus. Le reste, c’est du fruit frais et quelques gouttes de jus de citron. »

Médaille d’argent au concours Épicure à Paris, la confiture fraise-mûre-violette s’est classée 11e sur 400 participants au championnat du monde à Bordeaux

La fabrication suit, bien sûr, des règles strictes et le temps de préparation ne compte pas ses heures : rassembler les fruits, les laver et les couper pour une cuisson qui prend son temps, avec de petites quantités – pas plus de quatre kilos à la fois – réparties dans une trentaine de bassines de cuivre, et qu’il faut patiemment mélanger à la main. Du coup, on fait le compte : vous avez donc quinze fois deux mains ? « Non, mais mon mari passe d’une marmite à l’autre, avant la mise en pot au moyen d’un remplisseur, suivie de l’encapsulage et d’un appel d’air. »

C’est ainsi que Célinette, comme Perrette en son temps, est partie à la conquête du marché. Aujourd’hui, près de 500 magasins se disputent ses produits : épiceries fines, boulangeries, cavistes, mais aussi des hôtels comme le Hilton de la Grand-Place de Bruxelles ou le fromager le plus connu de la capitale, Chez Catherine. Bientôt champions du monde ? Pourquoi pas, mais Céline préfère garder les pieds sur terre. Après la France, ce sera au tour du marché allemand de figurer parmi ses prochains objectifs. Il faut dire qu’en cinq ans, le couple a déjà fait un fameux bout de chemin.

À raison de 50 000 pots produits par an, cela fait 250 000 pots de confiture maison, mais la famille s’est aussi joliment agrandie, avec deux enfants : un garçon de 5 ans et une petite fille de 9 mois. Évidemment, inutile de préciser que ceux-ci raffolent des confitures de papa et de maman !

 

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