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Philippe Lellouche : »Comme tous les mecs un peu bas de plafond, je n’ai peur de rien »

"Belmondo était mon ami. Mon mentor. Je l’ai adoré. Sa perte a été très douloureuse" nous a expliqué le comédien lors de notre entretien. | © Photo by JOEL SAGET / AFP

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Théâtre, cinéma, télévision, Philippe Lellouche enrichit joyeusement sa carrière. À l’écran, on l’a vu dernièrement dans L’amour c’est mieux que la vie de Claude Lelouch, et dans Simone, le voyage du siècle, -d’Olivier Dahan. Au théâtre, il a prolongé le succès de L’Invitation France, après un passage très réussi en -Belgique.

 

Par Christian Marchand

Paris Match. Vous accumulez les succès au cinéma comme au théâtre. Mais au départ, vous étiez journaliste, non ?
Philippe Lellouche. Oui, comme vous ! Je travaillais sur France Inter. Je suis devenu grand reporter pour TF1, ensuite pour le magazine « Envoyé spécial ». Un jour, une phrase dans un article m’a interpellé : « Ce sont souvent de parfaits inconnus qui modifient votre destin. » Et ce fut mon cas. J’étais en Afrique quand un Italien m’a fait comprendre qu’il valait mieux être acteur du monde que témoin de celui-ci. Cela a déclenché un revirement à 360 degrés dans mon cerveau. Je me suis dit que si j’écrivais des choses plus divertissantes, peut-être que la vie des gens en serait influencée.

Depuis, vous êtes devenu un comédien à succès. Une reconnaissance importante pour vous ?
C’est le moteur premier. J’ai fait ce métier pour plaire aux filles ! Je n’en avais rien à f… de Molière et de ses amis. Voilà pourquoi j’ai beaucoup d’indulgence pour les mômes de la télé-réalité. J’en veux plus aux producteurs qui exploitent leur vie. Moi, j’avais envie que les filles me trouvent beau. Et j’avais compris qu’être acteur leur plaisait. Mais sans l’amour du travail bien fait, vous ne durez pas. Aujourd’hui, j’ai réglé mes comptes avec la reconnaissance. Je travaille à l’instinct. Comme tous les mecs un peu bas de plafond, je n’ai peur de rien, je me jette dans chaque aventure. Je suis un fonceur dans l’âme. Quitte à me planter, j’y vais. Parfois, c’est contre-productif, puisque je réfléchis après (rires). Je suis Bélier ascendant Bélier. Ceci explique dans doute cela. Les Bélier n’ont pas de secret pour moi !

Médiatisé, vous êtes devenu un homme heureux ?
Je l’ai toujours été. Et même s’il y a des moments plus durs dans la vie. Je tiens de ma mère d’être toujours positif. Je vois sans cesse le verre à moitié plein. Je suis probablement doué pour le bonheur. Mais il faut s’entraîner, c’est un travail quotidien de se dire qu’on est heureux ! D’ailleurs, j’ai écrit un bouquin dans ce sens (*). Certains pensent qu’on ne peut pas tout avoir, mais cette pensée conditionne une forme de malheur. Il ne faut pas l’accepter. Bien sûr qu’on peut tout avoir ! De l’argent, de l’amour et des amis. Tout peut être joyeux. Il faut plonger dans des trucs qui vous rendent heureux toute la journée. Un coup fil à un ami qu’on n’a pas vu depuis longtemps, entendre la voix de sa maman ou celle de ses enfants…

Vous êtes un peu comme Jean-Paul Belmondo, l’une des rares personnes du métier douée pour le bonheur : il ne se plaignait jamais.
Oui. Et c’était mon ami. Mon mentor. Je l’ai adoré. Sa perte a été très douloureuse. C’est lui qui faisait savoir s’il voulait vous rencontrer. J’étais comme un fou lorsque cela a été mon tour. J’étais en accord avec lui sur plein de choses. Notre premier déjeuner ensemble a été un long éclat de rire ininterrompu. Il m’a immédiatement mis à l’aise avec des blagues. C’était vraiment un homme loyal. Toute sa vie, il a fait travailler ses copains.

 

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Vous avez 56 ans. Vous sentez-vous dépassé dans ce monde connecté ?
Pas dépassé, mais étranger. J’ai des sensations bizarres lorsque je parle à certains mômes de 20 ans. Pas tous. Ce qu’on est en train de vivre est juste impossible. Je suis probablement un réactionnaire aux yeux des jeunes. C’est très drôle puisqu’en 1968, un réactionnaire était un gaulliste qui réclamait plus d’ordre et de sévérité. Aujourd’hui, un réactionnaire demande plus de liberté. Les jeunes ne se rendent pas compte qu’on renie la leur. Ils sont prisonniers d’un tas de choses, à commencer des réseaux sociaux.

La politique ?
C’est très compliqué, parce que l’éclectisme existe de moins en moins. On vous met dans un camp et vous ne pouvez plus émettre un doute. Vous êtes de droite ? Gare à vous si trouvez un argument intéressant dans la gauche. Vous devez fermer votre gueule parce que ce sont des ennemis. Les gens sont fous. Il y a le noir et le blanc et toute la palette de l’arc-en-ciel entre les deux est devenue inexistante. Nous devons nous battre pour garder le droit à la critique. Cela dit, vous avez aussi le droit d’être maladroit dans la vie. Ça arrive.

Ce monde vous fait-il peur pour vos enfants ?
Il faut laisser la peur aux peureux. La seule chose inquiétante est la mort, la disparition des siens, des gens qu’on aime. On n’a qu’une vie. Mieux vaut la vivre comme un lion que comme un rat.

(*) « N’oublie pas d’être heureux », éd. Robert Laffont.

Une panne bienvenue en Belgique

Un pays qu’il adore. « Je l’ai découvert vers la trentaine. Ma première femme était hollandaise. J’étais obligé de traverser le pays pour aller à Amsterdam. Une fois, je suis tombé en panne en Belgique. Je ne l’ai pas regretté ! Les Belges sont doués pour le bonheur. Pour la lumière aussi : les intérieurs de leurs maisons sont magnifiques. Forcément, il y a une belle lumière en eux ! Il y a cinquante ans, les humoristes se moquaient d’eux. Aujourd’hui, on se rend compte que leur apport culturel est indispensable. Qui pourrait se passer de Poelvoorde, François Damiens ou Stéphane De Groodt ? Mon fils qui fait du rap me dit sans cesse : “Mon rêve est d’aller à Bruxelles. Là-bas, c’est riche culturellement.” Un jour, je me suis engueulé avec le mec des impôts. Je lui ai dit que s’il commençait à m’emmerder, j’irais m’installer en Belgique ! »

Entretemps, il jouera « Le tourbillon », la nouvelle comédie de Francis Veber, à partir du 22 septembre au Théâtre de la Madeleine à Paris

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