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Excellence belge : Bernard Depoorter, fleurs haute couture

Au sommet de l’art, pour le bonheur de tous les amoureux de belles choses. | © DR

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À la fois couturier créateur et parurier floral, Bernard Depoorter a mis la main sur un trésor patrimonial qui lui permet aujourd’hui d’ouvrir un musée au cœur de Wavre, tout en relançant la production de fleurs de soie sous sa propre marque.


Qui aurait pu prévoir qu’après avoir confectionné la robe de la princesse Claire pour un défilé du 21 juillet, et après un an et demi de purgatoire Covid débouchant sur une remise en question de ses choix professionnels, le couturier prodige allait trouver sa voie royale, parsemée de fleurs de soie ?

Mais reprenons l’histoire par le commencement. Dès l’âge de 7 ans, Bernard Depoorter vit sous influence avec quatre grands-parents « tous créatifs, sensibles au beau et à l’art ». Parmi ces esthètes du troisième âge, une grand-mère fine fleur en matière de couture. C’est sans doute en pensant à elle qu’à l’âge de 19 ans, Bernard s’en va tenter fortune à Paris en entrant au service de plusieurs grandes maisons : Dior, Jean-Louis Scherrer et bien d’autres, tout aussi illustres. « J’ai tout appris sur place avec les plus grands créateurs », se confie-t-il. Jusqu’à cette année 2005 où il ouvre sa propre enseigne à Wavre. Entre-temps, il a rencontré la princesse Anne de Bourbon-Siciles, qui parrainera son premier défilé à Paris.

 

Bernard Depoorter : « Nous travaillons avec des botanistes, des historiens d’art et des archivistes dans un esprit d’archéologie industrielle et de laboratoire de recherche, mais aussi dans le but de relancer la production de fleurs de soie. » ©DR

Ce coup d’envoi, qui est un coup de maître, est suivi par une tournée en Belgique durant laquelle le jeune couturier a l’idée de présenter ses collections dans des châteaux. Les demeures seigneuriales de Chimay, La Hulpe, Deulin et Westerlo lui offrent ainsi de beaux écrins qui mettent son travail en valeur. Une quinzaine de défilés plus tard, il fait parader ses modèles au château de Ry, chez le prince Laurent dans sa Maison des énergies renouvelables, et même à l’hôtel de ville de Bruxelles, fait assez unique dans les annales pour être souligné.

Sept ans plus tard, Bernard Depoorter organise un défilé parrainé par Line Renaud à l’ambassade de Paris en Belgique. « Je présentais une collection inspirée de l’univers d’Alfred Hitchcock. » Une approche thématique qu’il réitèrera au même endroit deux ans plus tard, en hommage cette fois à Pierre Soulages et Modigliani, en privilégiant les couleurs fétiches des deux artistes.

Et puis, c’est le grand fracas du Covid ! Durant un an et demi, Bernard et la cellule familiale qui travaille à ses côtés décident de se reconvertir dans la fabrication de masques pour les hôpitaux, tandis que le monde de la haute couture part en vrille. « Je me suis remis en question et il m’est apparu évident qu’il fallait se réinventer, que les métiers d’art allaient revenir en force avec le retour à la nature, à la consommation de proximité et à la sobriété énergétique. Car, c’est un fait, la mode est un secteur particulièrement énergivore. »

 

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C’est à ce moment qu’entre en scène une artisane de Charente–Maritime, dernière à avoir perpétué la tradition du métier de parurier floral. Bernard la connaissait pour avoir fait appel à ses talents lors de la confection de la robe de la princesse Claire. Quand il apprend que la propriétaire a pris sa retraite en 2019, il la contacte pour racheter ses 8 000 outils en acier trempé et en cuivre, dont les plus anciens datent de 1737 et les plus récents de 1890. « Un véritable trésor », insiste le Wavrien, auquel s’ajoutent des presses à découper de 600 kilos, des gaufroirs anciens et des tonnes d’archives.

Avec le soutien de la Région wallonne, dans le cadre d’une bourse obtenue par le biais d’un concours, ce patrimoine d’exception franchit la frontière belge en 2022 pour élire domicile à Wavre. La vaste maison familiale de Bernard Depoorter, datant de 1777, accueille désormais cette collection exceptionnelle dans trois ailes distinctes : l’une pour les outils, l’autre pour les presses, surnommées « les vieilles dames », et la troisième les fleurs de soie.

« Nous travaillons avec des botanistes, des historiens d’art et des archivistes dans un esprit d’archéologie industrielle et de laboratoire de recherche, mais aussi dans le but de relancer sous ma marque la production de fleurs de soie à titre d’accessoires, tant pour les particuliers que pour les maisons de haute couture. Nous venons d’ailleurs de finir le premier prototype, et d’autres vont rapidement suivre pour la rentrée. »

C’est sans fausse modestie que le quadragénaire reconnaît être ainsi le seul, avec la maison Chanel, à bénéficier d’un tel matériel d’origine. Le métier d’art le plus rare au monde a donc choisi pour écrin une auguste demeure en plein cœur de Wavre, au numéro 37 de la rue du Béguinage.

bernardepoorter.com

 

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