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Julien Clerc : « Mon histoire avec les Belges ne s’est jamais démentie, je me régale à l’avance »

L'histoire d'amour entre Julien Clerc et le public belge remonte au début des années 1960 comme il nous l'explique... | © Photo by JULIEN DE ROSA / AFP

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Le samedi 27 août, avec l’Orchestre royal de chambre de Wallonie, Julien Clerc donne un concert symphonique exceptionnel au château de La Hulpe. Un cadre majestueux pour l’une des plus belles voix de la chanson française.

 

Par Christian Marchand

Paris Match. Julien Clerc en Belgique pour un concert symphonique exceptionnel au château de la Hulpe : vos fans seront ravis…
Julien Clerc. J’ai un beau lien avec les Belges. L’amour est toujours présent. Je me souviens même de ma « première fois ». C’était en première partie du concert de Gilbert Bécaud à l’Ancienne Belgique. Nous dormions à trois dans une chambre (rires) ! Mais en fait, c’est avec Salvatore Adamo que j’ai fait ma première tournée au Plat Pays. Nous étions dans les années 1960 et j’avais signé peu de temps avant avec les éditions de Gilbert Bécaud. Celui-ci m’a fait venir dans ses bureaux. Il venait de découvrir ma nouvelle chanson, « Ivanovitch », et m’a dit : « Je n’y comprends rien, mais ça me plaît ! » Et Bécaud de poursuivre : « À partir du mois de février 1969, tu vas faire ma première partie à l’Olympia. Mais avant, apprends ton métier. Je ne veux pas que tu débarques comme ça. Débrouille-toi. Trouve une tournée et fais tes armes ! » J’ai demandé un rendez-vous à Charly Marouani pour lui expliquer qu’il fallait que je chante en scène avant le mois de janvier. À l’époque, il était l’impresario de Brel, Barbara et Adamo. Il m’a dit qu’il avait bien une tournée qui commençait une semaine plus tard, celle de Salvatore. « Vous ne serez pas sur les affiches, je ne sais pas non plus ce qu’on va vous payer, mais comme ça vous aurez une petite place en première partie. » Voilà comment tout a commencé. Sur scène, je chantais trois chansons.

Après Jane Birkin et Roger Hodgson, vous venez proposer au public belge un spectacle avec un orchestre symphonique en plein air. Un fameux défi.
Effectivement. Je vais proposer au public belge mon tour de chant agrémenté de chansons purement symphoniques comme « -Ballade pour un fou » ou « La belle est arrivée ». Dans ce spectacle, il y a aussi des reprises de Brel, de Bécaud… Au total, j’interprète une trentaine de titres et des chansons classiques. Cette expérience est très importante pour moi. Il y a en Belgique une telle chaleur, une telle folie joyeuse ! Mon histoire avec les Belges ne s’est jamais démentie. Je me régale à l’avance.

Vous suivez des parcours d’artistes belges ?
Oui, et le dernier en date n’est autre que Stromae. C’est le plus fort de tous. Un innovateur qui a intégré l’ancienne culture. Il bouscule les codes parce qu’il est inventif, même dans la communication. Et d’autre part, il a une culture assez large pour rester connecté aux grands chanteurs de la francophonie.

Vous évoquez la communication. Comment trouvez-vous notre époque dite évoluée ?
Ce n’est pas ma tasse de thé. Mais il est logique que ce monde évolue. Pour ma part, j’ai toujours eu une règle : ne pas faire semblant. Ce qui ne me plaît pas, je le laisse de côté. Nous vivons une époque hyper médiatisée, une époque d’écrans. Il y a plein de « bullshit » dans tous les sens, mais ce n’est pas ça qui est important. L’essentiel est de surnager.

 

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Le rap est une musique qui vous parle ?
C’est vraiment le signe du temps. Des gens écrivent très bien. Mais ce n’est pas de la chanson, ils écrivent du rap ! Voilà pourquoi il est très difficile pour un chanteur d’avoir un bon texte de rappeur. Les règles ne sont pas les mêmes. Les chanteurs ne peuvent contourner leur loi, c’est-à-dire la formule couplet-refrain. Ça, c’est la chanson. Le rap, c’est plutôt de longs passages parlés avec un retour à un refrain. C’est une autre façon de faire de la musique. Ce n’est pas ma tasse de thé mais, de temps en temps, certains artistes me font dresser l’oreille, surtout dans ce que j’appelle le « rap mélodique ». Il n’y a, après tout, qu’une vérité : il faut que ce soit bien écrit et que ça touche le cœur des gens !

Vous auriez aimé avoir 20 ans aujourd’hui ?
Non. Je pense sincèrement que j’ai eu 20 ans à la belle époque. Ma génération a eu beaucoup de chance. C’était plus romantique, insouciant, plus rêveur aussi. On était en droit de penser que l’avenir allait être radieux. C’était aussi une époque très créative. En aucun cas, je n’aurais aimé avoir 20 ans maintenant.

Votre fille Vanille commence à se faire un prénom dans le domaine musical. Elle compose et écrit. Les comparaisons sont souvent inévitables lorsqu’on est la « fille (ou le fils) de ». Pas évident, non ?
Elle s’est lancée dans cette aventure en en connaissant très bien les conditions. Je le lui ai suffisamment dit, et c’est même l’une des seules choses que je me suis permis de lui dire. Elle sait donc depuis toujours qu’être « fille de » n’est pas facile. Parfois, elle me demande mon avis et je le lui donne tout à fait sincèrement. Après, elle fait comme elle veut.

Selon vous, qu’est-ce que les Français devraient emprunter à la Belgique ?
Un peu de folie.

Vous avez un plat belge préféré qu’on pourra vous servir à La Hulpe ?
(Il rit) Un moules-frites ! J’apprécie aussi les tomates-crevettes. Et avant, j’avais un faible pour les bières d’abbaye, mais aujourd’hui, je ne bois plus du tout.

 

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