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Excellence belge : Xavier Lust, la métamorphose du métal

Xavier Lust : « Je puise mon inspiration dans la beauté qu’on trouve, essentiellement, dans la nature. » | © DR

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Adulé aux États-Unis et reconnu par ses pairs en Italie, le Bruxellois est actif tant dans le design industriel qu’artistique. Il participe le 28 septembre à une importante exposition à Los Angeles.


Voilà un artiste qui entretient depuis toujours des affinités particulières avec le métal. Alors qu’il est à peine sorti de St-Luc, l’équipe de Ralph Lauren flashe sur son paravent en acier. Ce dernier prend place parmi des pièces contemporaines de choix pour décorer un nouveau département new-yorkais. New York restera dès lors la ligne de mire de Xavier et aujourd’hui encore son terrain de prédilection, en particulier à travers la galerie Ralph Pucci, qui expose également son travail au sein de ses antennes à Los Angeles et Miami.

Mais revenons à cette fin des années 1990, qui voit le jeune designer s’orienter d’abord vers le développement de modèles à vocation industrielle. Il crée des étagères, des miroirs pivotants, des tables et voit ses œuvres directement prises en charge par l’importateur italien Tradi. Il travaille alors dans un petit atelier situé à Auderghem, qui lui permet d’approfondir sa connaissance du métal.

« En 1999, j’ai eu l’idée un peu folle de faire du pliage 3D avec le métal, un nouveau procédé de déformation des surfaces métalliques dont je revendique l’invention et qui m’a permis de travailler en collaboration avec une usine anversoise, puis liégeoise. C’est ainsi que j’ai réalisé avec cette technique différentes pièces de mobilier, en particulier des modèles de chaises et de bancs qui ont connu un succès phénoménal. »

 

Quelques-unes des merveilles réalisées par Xavier Lust : « Le Banc » rouge et une pièce récente, « Méridienne »,
présentée à Los Angeles. Au fond, le « Réflecteur » (série limitée à 20 exemplaires), aussi montré dans l’exposition. ©DR

En janvier 2000, leur présentation au salon du meuble de Milan se mue en consécration. Il entre aussitôt en contact avec les grands éditeurs italiens comme Driade, Alotta et Boffi. Son « Banc » est développé pour MDF Italia et « Crédence » pour De Padova, tandis que la table de bureau en verre bombé « Graph » et le miroir « Caldeira » sont créés pour FIAM. La première décennie des années 2000 est une période faste pour l’artiste qui accumule les distinctions, dont le Compas d’Or. Ses œuvres font le tour de la planète, participent à plus de 50 expositions et ornent le papier glacé des revues internationales de design.

La fortune lui sourit-elle ? La réponse est nuancée : « Le design est rémunéré par des royalties. Alors dire que cela nourrit son homme serait exagéré. Disons que c’est variable », termine-t-il dans un éclat de rire.

Dès 2006, Xavier Lust commence à créer des pièces uniques qui appartiennent davantage au monde de la sculpture – du « mobilier sculpture », le qualifie-t-il – et s’adressent à un public de collectionneurs. « Aujourd’hui, en Belgique, je suis représenté par moi-même dans mon atelier qui sert également de galerie, ici, à Ixelles, avenue Émile de Beco. À l’étranger, ce sont surtout l’Italie, avec la galerie Nilufar, et les États-Unis, par l’intermédiaire de la galerie Ralph Pucci, qui portent mes couleurs. Toutes deux sont spécialisées dans le mobilier contemporain haut de gamme. »

Où puise-t-il son inspiration ? La réponse fuse spontanément : « Dans la beauté qu’on trouve, essentiellement, dans la nature. Je pourrais même dire, par boutade, que Dieu est le meilleur designer qui soit. » Du coup, Xavier Lust nous emporte dans son imaginaire où les mondes minéral et végétal jouent un rôle prépondérant, le métal prenant le relais pour adopter des formes tridimensionnelles, des bombés, des creux que peut harmonieusement épouser le corps humain. « Le métal, qu’il soit précieux ou non, se plie volontiers à toutes les inspirations. La mienne s’enrichit aussi des rencontres avec les clients ou les designers, souvent très stimulantes. »

Aujourd’hui, à la veille d’une exposition collective, « Metalmorphosis », qui se tiendra à Los Angeles à partir du 28 septembre, de nouveaux projets se font jour. Il s’agit en l’occurrence d’une sculpture monumentale développée avec un partenaire liégeois. Elle constitue la dernière évolution de sa technique de pliage 3D : une sorte de miroir d’acier ondulant, fragmentant l’image, destiné à connaître de nombreux développements, formats et variantes. « J’aime être actif dans différents domaines de création, design industriel, art design ou mobilier urbain. C’est rafraîchissant de passer ainsi d’un univers à l’autre. »

À ces multivers s’ajoutera bientôt un projet d’architecture à Bruxelles, mais sans que l’intéressé consente à en dire davantage. On restera donc sur ce mystère en se souvenant de cette critique qui soulignait combien ses projets étaient constitués d’illusion et de mouvement : « Il arrive à exprimer dans ses œuvres ce qui semble impossible. On dirait qu’elles ne sont pas créées, mais qu’elles naissent spontanément. »

« Je pourrais même dire, par boutade, que Dieu est le meilleur designer qui soit »

 

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