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Patrick Sabatier : « On m’a dit ‘avec cette voix-là, vous ne ferez jamais carrière' » 

L'ex-animateur vedette de la télévision française en visite en Belgique pour présenter son livre !

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Le roman La Lettre, écrit par Patrick Sabatier, s’inspire forcément de sa vie. « C’est un roman en trompe-l’œil où récit personnel, souvenirs et saga romanesque s’entremêlent habilement et où la sincérité de l’auteur nous touche au plus profond. » Tout au long de l’histoire, les lecteurs suivent Emma, une jeune femme d’origine romaine née en 1924, dont l’un des deux enfants devient un célèbre animateur de télé.

 

Par Christian Marchand

Paris Match. Dans votre livre (voir ci-dessous), le personnage central, Paul Saran, c’est vous. Comment, avec le recul et cet ouvrage intime, voyez-vous votre carrière ?
Patrick Sabatier. Je la vois sous le signe du respect et du travail. Paul Saran devait être chaque fois à la hauteur de la responsabilité qu’on lui donnait. Quand il se retrouve face à des stars comme Alain Delon, Brigitte Bardot ou Lino Ventura, il se pose la question : « Mais qu’est-ce que je fais là ? » Pourquoi ? Parce que lui ne se considère pas comme une star, plutôt comme quelqu’un qui a la chance de faire un travail dont il a toujours rêvé. J’ai été très gâté par la vie.

Vous avez la particularité d’avoir créé des émissions comme « Avis de recherche » et « La Jeu de la vérité », qui ont touché le public au cœur. Personne n’a oublié…
J’ai créé des succès d’une façon très artisanale. À mes côtés, il y avait une poubelle pleine de mauvaises idées. Jusqu’au jour où l’on se dit : « Tiens, celle-ci pourrait fonctionner. » Oui, j’ai eu la chance de recevoir l’amour du public. J’ai même réussi à animer pendant neuf ans un jeu qui a été le grand succès de France 2 : « Mot de Passe ». Tout ça est déterminant dans une vie. J’ai été élevé dans une forme d’humilité, de proximité… On ne devient pas un animateur populaire parce qu’on le veut. On l’est parce qu’on est un homme qui aime les gens. Dans ce milieu, on vous inculque le respect de l’autre.

Aujourd’hui, vous avez définitivement tourné la page du petit écran ?
Je vis à fond tout ce que j’ai à vivre. Vous m’auriez posé cette question il y a plus d’un an par rapport à la radio, je vous aurais répondu que j’avais passé plus de vingt ans sur RTL. J’ai animé pas mal d’émissions dans d’autres radios. Bref, je n’aurais jamais pensé recommencer. Et puis, tout d’un coup, on m’a fait une proposition qui m’a intéressé, sur Europe 1.

La bouclé était bouclée, puisque c’est là que vous avez débuté votre carrière d’animateur.
Savez-vous qu’au bout de trois mois, une dame très gentille m’a dit : « Avec cette voix-là, vous ne ferez jamais carrière » ?

Vous avez connu des succès et des échecs, des obstacles et des déceptions. Bref, un parcours semé d’embûches. Aujourd’hui, vous êtes un homme heureux ?
Je ne connais pas de parcours qui n’ont été parsemés que de succès. Qu’il s’agisse d’artistes, d’hommes politiques ou d’industriels. On ne bâtit pas une carrière sans des hauts et des bas. Les échecs sont d’ailleurs beaucoup plus constructifs que les succès. Ils vous remettent en cause.

Une anecdote marquante ?
Lors d’un Festival de Cannes, j’assistais à une conférence de presse de Clint Eastwood. Un journaliste lui a posé la question : « Êtes-vous heureux de votre carrière ? » L’acteur américain a levé la main. Ensuite, il a levé un doigt. Puis deux. Et il a dit : « Je crois que j’ai fait deux bons films. Rien que pour ça, je pense que j’ai réussi. » Je ne suis pas Clint Eastwood, mais voilà : il ne faut jamais oublier de remercier le public. Je suis satisfait de ce que j’ai fait. Quand je me lève le matin, je n’ai pas de frustration.

Vous êtes venu présenter votre ouvrage en Belgique. Vous souvenez-vous de votre première visite chez nous ?
La toute première fois, c’était il y a très longtemps. Dans les années 1970, j’étais venu pour une radio couvrir le tournage d’un film, sur la Grand-Place de Bruxelles, avec Annie Girardot. Avec beaucoup de gentillesse, celle-ci avait accepté de répondre à mes questions.

Selon vous, qu’est-ce que les Français devraient emprunter à la Belgique ?
La gentillesse, la simplicité, l’humilité, la façon normale de se comporter. Pour les personnes connues qui viennent en Belgique, c’est un bonheur, parce que les gens vous respectent. Il est temps que les Français fassent de même (rires) !

Un autre souvenir ?
Deux. J’ai commencé à boire de la bière il y a cinq ans avec des amis belges. Je ne buvais pas du tout d’alcool. J’ai goûté une bière blanche. Comme elle est légère, j’ai aimé. Ensuite, j’ai adoré en Belgique une émission que m’a fait découvrir Philippe Geluck, avec une marionnette. C’était « Lollipop ». Je trouvais ça gai et bon enfant. Je fais partie de ces gens qui aiment que la télévision soit divertissante. N’est-elle pas plus essentielle que jamais par les temps qui courent ?

DES PILIERS DE VERITE
« Il y a des piliers de vérité », explique Patrick Sabatier. « Mais aussi une forme d’imagination concernant Emma. Elle qui ressemble étroitement à ma mère. Hélas, les témoins de la vérité ne sont plus là… Je ne voulais surtout pas écrire une autobiographie de Patrick Sabatier. Cela ne présentait aucun intérêt. J’avais surtout envie de mettre à l’honneur Emma en racontant son histoire. »

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