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Excellence belge : « En toute modestie, je crois avoir révolutionné le petit monde feutré des modistes et des chapeliers »

Elvis Pompilio dans son atelier : tous ses chapeaux « sont moulés et cousus à la main et confectionnés l’un après l’autre de manière artisanale, en utilisant les plus belles matières ». | © DR

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Elvis Pompilio peut se targuer d’avoir donné aux couvre-chefs leurs lettres de noblesse. Ses créations sont appréciées par nombre de têtes couronnées et de stars internationales.


Impossible d’énumérer tous les illustres crânes qui ont eu le bonheur de porter les formes et les couleurs inspirantes d’Elvis Pompilio : Harrison Ford, Madonna, Sharon Stone, mais aussi Yannick Noah, Axelle Red ou Mickey Rourke, sans oublier les familles royales d’Angleterre, de Norvège, de Suède et de Belgique, ont succombé au charme peu discret de ce style inimitable.

Mais d’abord, de quel style parle-t-on ? « En toute modestie, je crois avoir révolutionné le petit monde feutré des modistes et des chapeliers, confinés auparavant dans des modèles souvent désuets. Le genre de chapeaux rigides qui se conservent dans une boîte et qu’il faut bichonner ! Moi, j’ai cassé les codes avec des chapeaux modulables, modernes, ludiques. Bref, des chapeaux de bonne compagnie, faciles à vivre et transformables, qui permettent aux hommes et aux femmes d’y trouver leur compte. »

Tout a commencé à Liège où, après des études d’art plastique, celui qui aimait habiller les poupées Barbie de sa sœur voit dans la mode un moyen d’expression idéal pour sa sensibilité. « Mais je me suis vite rendu compte qu’il y avait déjà trop de créateurs. Si je voulais apporter quelque chose de nouveau, les accessoires offraient plus de possibilités. En particulier les chapeaux, qui semblaient alors n’intéresser personne. »

Sérigraphiste le jour, il se transforme donc en modiste la nuit. Un moment de grande inspiration, où il peut enfin avoir la tête ailleurs et se consacrer à sa passion. « J’ai commencé à créer mes formes moi-même, alors que 95 % des modistes de ma génération se contentaient d’utiliser des formes toutes faites, qu’on se refilait d’une génération à l’autre. »

À 22 ans – il en a aujourd’hui 61 –, il crée la première d’entre elles, destinée à une casquette qui deviendra son emblème. « À l’époque, je sortais au Mirano à Bruxelles avec mes créations, le plus souvent des chapeaux extravagants. Ils ont tapé dans l’œil de stylistes, de photographes, de mannequins. »

Le voilà donc très vite propulsé dans le monde des shootings. Il fait la une de la presse spécialisée et on le verra même, dans un numéro de Paris Match resté célèbre, arpenter le boulevard Anspach nu comme un ver mais vêtu du seul élément qui compte à ses yeux, le chapeau ! La suite tient du conte de fées : les commandes commencent à affluer et le Liégeois s’installe définitivement à Bruxelles, où il ouvre son showroom sur rendez-vous.

Sous le titre « Vie privée », sa biographie vient de paraître et la ville de Lille s’apprête à lui réserver un hommage en décembre prochain

Dans la foulée, d’autres boutiques à son nom voient le jour à Anvers, Paris et Londres, avant que l’aventure s’internationalise et que ses chapeaux fassent le tour du monde, jusqu’à Tokyo et New York. Tout le monde se les arrache, Madonna, Sharon Stone mais aussi Valérie Lemercier, Amélie Nothomb et bien sûr Annie Cordy, son amie de toujours, sans oublier Johnny, qui offrira à Laeticia un haut chapeau tagué du nom d’Elvis. Une anecdote à force de côtoyer le beau linge ? « Sharon Stone trouvait que mes chapeaux coûtaient les yeux de la tête, ce à quoi je lui ai répondu que les belles choses sont chères. » C’est l’occasion, pour Elvis, de rappeler que tous ses chapeaux « sont moulés et cousus à la main, et confectionnés l’un après l’autre de manière artisanale, en utilisant les plus belles matières. »

 

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Le monde de la mode ne s’y trompe pas et le pousse à passer à la vitesse supérieure, avec la confection de pas moins de 35 000 chapeaux par an. Après avoir travaillé avec les plus grands couturiers dont Chanel, Valentino, Dior et de nombreux stylistes belges comme Ann Demeulemeester, celui qui considère le chapeau comme une sculpture à part entière collabore aujourd’hui avec Hermès, accompagnant la marque prestigieuse dans ses soirées et ses défilés surréalistes. Du chapeau de cow-boy en éponge couleur orange au bicorne surdimensionné en poils de lièvre, tout est bon pour créer des univers qui lui ressemblent, libres et sans entraves, où l’élégance la plus débridée prend le dessus.

« Depuis cinq ans, je donne cours à La Cambre et j’ai le plaisir de transmettre les ficelles du métier à mes élèves. La technique, bien sûr, mais aussi la rigueur, la dextérité, la force dans les doigts, sans oublier le goût de la finition et de la finesse. »

De finesse, il en sera aussi question lors de la grande exposition organisée en décembre en son honneur à Lille au centre Artchives. Mais le plus beau cadeau vient de son ami Jean-Paul Masse de Rouch, qui vient de publier sa biographie il y a deux mois. On la trouve chez BrAMS, le centre d’art underground de la chaussée de Boondael.

 

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