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Élie Semoun : « Bruxelles et Liège sont en travaux depuis 150 ans »

L'humoriste et comédien français a pasé deux années chez nous pour les tournages de deux volets de Ducobu ! | © ©PHOTOPQR/NICE MATIN/Florian Escoffier

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Il n’y en a que pour Élie Semoun actuellement : alors que la télé et le cinéma continuent à l’appeler et que son spectacle «Élie Semoun et ses monstres» est un triomphe de plus de 200 dates, il a surpris en publiant «Compter jusqu’à toi» (éd. Robert Laffont), un livre très touchant. « C’est un premier roman d’amour, d’une grande sincérité », explique-t-il.

 

Par Christian Marchand

Paris Match. Sur scène, vous rendez hommage à Raymond Devos. C’était une autre époque. L’humour a-t-il changé avec la société ?
Élie Semoun. Oui, on ne peut plus rire de tout. Ça m’arrache le cœur de dire ça mais aujourd’hui, nous sommes dans une pensée du bien ou du mal. Il n’y a plus de nuances. Et il n’y a plus de second degré non plus. Si je fais un sketch où je me moque des homosexuels, je passe pour un homophobe. Si je me moque des musulmans, je vais me faire couper la tête. C’est horrible.

La scène est devenue une prison ? 
Non. J’y aborde le thème du handicap, du djihadisme, de la pédophilie, de la mort. Bref, des sujets un peu tabous. Sur scène, je suis un homme libre. Par contre, sur les réseaux sociaux, non ! Je ne pourrais pas m’amuser à y mettre mon sketch du djihadiste, parce qu’un taré pourrait le prendre au premier degré. Les handicapés ne se vexent jamais, mais leur entourage et les associations, oui. J’en ai marre des gens qui prennent tout au premier degré. C’est insupportable. Oui, je suis nostalgique des libertés de jadis.

Vous adorez le cinéma. Quel est votre premier souvenir de spectateur ?
Le premier film que j’ai vu est « Le Livre de la Jungle ». J’ai trouvé ça fabuleux. Après, c’était « Les Aristochats », puis « Peau d’âne », avec Catherine Deneuve. Merveilleux. Le film qui m’a le plus traumatisé reste « Phantom of the Paradise », de Brian De Palma, mais aussi « Obsession ». Celui pour lequel j’ai eu le plus de tendresse est « L’Incompris » de Luigi Comencini. Quant à la série des « Bronzés », ce sont des comédies indémodables qui continuent à me faire marrer. C’est tellement réussi. L’équipe du Splendid a toujours été forte.

Vous êtes souvent en Belgique. Un pays plein de souvenirs ?
Oui. Je me rappelle encore ma première visite chez vous, il y a vingt ans. Je jouais au Forum de Liège, invité par les Frères Taloche. J’ai été très impressionné par l’endroit. On m’avait dit que Charles Aznavour et Édith Piaf y avaient chanté. J’ai vraiment le souvenir d’une salle fabuleuse et elle l’est toujours. Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir une plaque avec mon nom devant le Forum. Un beau souvenir ! J’ai aussi tourné chez vous les aventures de Ducobu. J’y suis resté deux années complètes.

Comment voyez-vous ce pays ?
Avec un regard bienveillant. Les Belges ont un second degré envers eux-mêmes, rien ne les choque. Leur sens de l’humour et de la dérision les protège de tout. Ils savent même se moquer d’eux-mêmes ! Ils reprochent souvent aux Français d’être très prétentieux, et ils ont raison. Les Français sont râleurs et ne sont jamais contents de leur statut. Ils feraient bien de fermer leur gueule quand on voit comment ils sont aidés en France ! Ce n’est pas belge de râler. Même si, il faut bien l’avouer, Bruxelles et Liège sont des villes en travaux depuis 150 ans (rires).

Un plat belge préféré ?
Les boulets liégeois. Et comme péché mignon, les réglisses salés.

 

©DR

Une expression belge préférée ?
Lorsque vous dites « te tracasse pas ». Ça me fait rire.

Et vous, vous vous tracassez pour quoi ?
Si j’avais une baguette magique, j’éliminerais toute la pollution sur terre. Tous les plastiques qui ne servent à rien. Je les ferais partir très loin dans l’univers. J’éliminerais Jair Bolsonaro et Donald Trump. Tous les mecs qui tuent. Ceux qui massacrent la forêt brésilienne et ceux qui ne pensent qu’à leur portefeuille.

Un vibrant hommage à Raymond Devos

©DR

  « Une ode à l’amour en général et, indirectement, à ma mère. » Ce 24 octobre, il sera sur la scène de l’Opéra royal de Wallonie, pour un spectacle-hommage à Raymond Devos qui fera la clôture du Festival international du rire de Liège. Il a été pensé et construit pour faire voyager le public dans l’imaginaire fantastique de cet artiste qui aurait eu 100 ans le 9 novembre 2022. Un salut vibrant qui plongera le public dans l’univers rocambolesque de la langue française, parsemé de tous les arts que Raymond Devos a aimés : musique, cirque, théâtre.

Y participent, en dehors d’Élie Semoun, Michel Boujenah, François Morel, Anne Roumanoff, Yves Duteil, Félix Radu, Bruno Coppens et bien d’autres. Présentation : les Frères Taloche. Avec beaucoup de surprises à la clé. « Raymond Devos est une icône absolue », précise Élie Semoun. « J’ai vu pas mal de choses avec lui sur YouTube. Son amitié avec Georges Brassens m’a impressionnée. Moi, j’étais fou de Brassens. À mes yeux, ce sont deux légendes. Deux personnes qui manient la langue française avec un brio incroyable. »

 

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