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Stéphane Guillon : « Chez vous, le week-end commence le jeudi ! »

Pour l'humoriste français la Belgique et la France : "ce sont deux peuples très différents. Le Belge est plus en retenue et plus sympathique." | © Jerome Domine/ABACAPRESS.COM

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Stéphane Guillon se produit ce 28 octobre au centre culturel de Mouscron. « J’ai joué cinq mois à guichets fermés à Paris. J’ai eu la chance d’avoir dix-huit mois de pause pour pouvoir travailler et retravailler mon texte. Finalement, ce temps a été très bénéfique pour moi. J’ai pu donner le meilleur de moi-même » explique-t-il.

Par Christian Marchand

Paris Match. À cause du Covid, vous n’avez pas pu lancer des méchancetés pendant près de dix-huit mois. Un sevrage pour vous, non ?
Stéphane Guillon. Oui, c’est étonnant (rires) ! Comme je le dis dans mon spectacle, « dix-huit mois sans balancer des saloperies sur tout le monde »… D’un coup, tout s’arrête. Vous perdez votre métier. Vous vous sentez très seul. Comment expliquer à quelqu’un que faire ch… les autres vous manque ?

Vous avez déjà essayé la gentillesse ? Ou cette normalité vous semble impossible dans le monde actuel ?
J’ai tenté des exercices de gentillesse. Je vous laisse imaginer ce qu’ils peuvent donner chez moi. La preuve, écoutez « Cyril Hanouna me rend intelligent », « Morandini est un grand journaliste », « Dupont-Aignan est un humaniste », et « J’aime Zemmour, j’aime Zemmour, j’aime Zemmour ». Quand c’est difficile, il faut le répéter plusieurs fois. En parlant de moi, je dis aussi dans mon spectacle : « Pour devenir gentil, il y a trop de travail. Ce serait comme éditer Jean-Claude Van Damme aux éditions de La Pléiade ! »

C’est un grand écart avec vous-même, car ceux qui vous connaissent savent que vous êtes un vrai gentil. Pourquoi cachez-vous cette facette de votre personnalité ?
Je ne me considère pas du tout comme quelqu’un de méchant. Je pars toujours d’une colère, d’une indignation qui va se transformer en rire. Mon métier, c’est ça. Ensuite, pour être humoriste, il faut être profondément gentil. Je fais beaucoup de parallèles entre l’humour et la boxe. Le boxeur, quand il entre sur le ring, est un tueur. Mais lorsque vous le croisez dans la vie, il est doux et gentil. Les meilleurs boxeurs sont aussi de grands encaisseurs. Moi, j’ai donné des coups dans ma vie sur scène, mais j’en ai également pris beaucoup. L’important est de ne pas se laisser déstabiliser par les attaques.

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Selon vous, le manque d’intelligence crée des malentendus ?
Et le manque de culture ! Quand vous connaissez l’histoire et celle de votre pays, quand vous savez ce qu’est le fascisme, vous réfléchissez à deux fois avant de remettre des fascistes aux pouvoir. Aura-t-on un jour la faculté de retrouver la douceur et le bonheur de vivre ? Nous n’en prenons pas le chemin. Et c’est dû, à mon avis, principalement aux inégalités. Aujourd’hui, elles n’ont jamais été aussi fortes. Elles le sont même plus qu’en 1789 ! Dans le même temps, on a permis à un fou comme Poutine de posséder la bombe atomique. Ce n’est pas une arme de dissuasion, c’est une arme de mort. Et c’est tragique.

Revenons à des choses plus légères. Quelle comparaison feriez-vous entre la France et la Belgique ?
Il y a des ponts et des points communs entre ces deux pays voisins et, pourtant, ce sont deux peuples très différents. Le Belge est plus en retenue et plus sympathique. Par exemple, le tutoiement en Belgique m’a beaucoup séduit. Ça n’a l’air de rien, mais ça casse beaucoup de barrières. Le Français est très autocentré, il ne s’intéresse qu’à lui, il ne se remet pas beaucoup en question. Le Belge est plus foutraque et pratique davantage l’autodérision. Mais il a certainement aussi des défauts ! Sa plus grande force est de ne pas se prendre au sérieux. De se dire qu’il y aura toujours une solution. Que rien n’est grave.

Quand vous évoquez la Belgique, quelle est votre première pensée ?
La fête. On dit que le week-end commence chez vous le jeudi (rires) !

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« LE RIRE EST UNE ARME »

Stéphane Guillon se produit ce 28 octobre au centre culturel de Mouscron. « La preuve avec l’accueil critique, qui a été très fort, mais aussi celui du public. L’humoriste est en mode “réactivité” par rapport à l’actu et il faut bien se dire qu’actuellement, la vie est tragique. Notre métier est de se servir de cette situation et d’en rire. Parce que le rire est une arme. Il vous permet de supporter l’insupportable. Le Monde a d’ailleurs écrit : “Plus le monde va mal, plus Stéphane Guillon donne le meilleur de lui-même.” »

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