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Clovis Cornillac : « Benoît Poelvoorde est un intellectuel »

« Filmer une voiture, un parking, des gens, des jeunes avec leur téléphone portable ou un ordinateur n’est pas éclatant. Les grandes histoires sont plus excitantes ! » | © ©PHOTOPQR/LA PROVENCE/TOMASELLI Antoine

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Acteur et réalisateur du film, Clovis Cornillac signe avec « Les Couleurs de l’incendie » l’adaptation d’une œuvre de Pierre Lemaître. « Je le suis depuis toujours », explique-t-il. « Il vient du polar. Il a ce talent, depuis “Au revoir là-haut”, pour créer du romanesque ».


Par Christian Marchand

Paris Match. Votre nouveau film, « Les Couleurs de l’incendie », se déroule dans la France des années 1930 à Paris. La paix va vaciller et l’Europe s’apprête à être ravagée. Aujourd’hui, comment la voyez-vous, cette Europe ?
Clovis Cornillac. C’est compliqué, parce que j’ai l’impression que les événements vont beaucoup trop vite. Une info en chasse une autre. Cela me perturbe. Les vrais problèmes passent sans cesse au second plan. De surcroît, cette mode du ricanement et du cynisme permanents concernant le monde politique est dangereux. On n’entend plus que cela : « Les politiques sont tous pourris », « L’Europe, c’est de la m… ! », « Les députés sont des salauds », etc. Ce nivellement par le bas est très préoccupant, car il enlève toute puissance au discours. Il tire la société vers le bas. Vous mettez n’importe quel président au pouvoir, il se fait déchirer. Ce n’est pas normal. Arrêtons ça, on va droit dans le mur de cette façon ! Quant à moi, j’étais bien plus heureux lorsqu’il n’y avait pas de téléphone portable ni d’internet. Je sais que tout ça est formidable de technicité mais, franchement, je n’y ai rien gagné personnellement.

Vous mettez en scène un vrai duo de choc : Benoît Poelvoorde dans un rôle inhabituel, odieux et malveillant, et Olivier Gourmet. C’est la belgitude au pouvoir, dans le film…
Oui, absolument. Sans oublier l’acteur néerlandophone Johan Heldenbergh, qui est remarquable. Je l’avais découvert dans le film « Alabama Monroe ». C’est motivant de travailler avec les bonnes personnes pour ce qu’on veut raconter. Il s’avère que, très souvent, on trouve des Belges au sommet du cinéma. Il y a énormément de talents dans les arts en Belgique. C’est assez phénoménal, vu la grandeur du territoire : regardez le nombre d’acteurs et actrices ou de comédiens d’origine belge qui brillent, c’est fou !

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Ces deux acteurs ont contribué à changer la perception de la Belgique dans le cinéma, non ?
Bien sûr, avec également Bouli Lanners, Cécile de France, François Damiens et d’autres. On ne pourrait même pas tous les citer, tellement ils sont nombreux ! Les Belges travaillent et sont à l’écoute. Même si Benoît Poelvoorde prétend le contraire, c’est un homme d’une intelligence supérieure et d’une grande sensibilité. Il est extrêmement profond. C’est un intellectuel. Il est à l’inverse de l’image qu’il a envie ou pas de donner.

2022 est une année exceptionnelle pour vous, avec les films « C’est magnifique » et « Les Couleurs de l’incendie ». Peut-on attribuer cette réussite à une passion hors norme et dévorante ?
Honnêtement, je n’en sais rien. Le fait d’assumer personnellement la promotion de ses propres films vous transforme en personne peu lucide et peu objective. Je ne peux pas avoir le recul du jugement. Une chose est certaine : mon engagement et ma passion sont totales. Est-ce que cela fait pour autant de bons films ? Ce n’est pas à moi de le dire. Mais en tout cas, je ne peux pas faire mieux. Je n’ai pas de regrets.

 

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BIENTOT UN FILM SUR LA BATAILLE DE WATERLOO ?

Février 1927. Après le décès de son père, Madeleine doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière. Mais elle a un fils qui, d’un geste inattendu et tragique, va la placer sur le chemin de la ruine et du déclassement. Face à l’adversité des hommes, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, elle devra mettre tout en œuvre pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe. Clovis Cornillac était récemment l’invité du Festival du film historique de Waterloo. À deux pas du champ d’une grande bataille qu’il adorerait porter à l’écran. « Le graphisme de l’époque moderne n’est pas très beau », dit-il. « Filmer une voiture, un parking, des gens, des jeunes avec leur téléphone portable ou un ordinateur n’est pas éclatant. Les grandes histoires sont plus excitantes ! »

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