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Christian Clavier : « Je vis en Belgique parce que cela ressemble à la France de mes parents »

L'acteur a ses petites habitudes chez nous : "Je vais souvent chez une amie, Valérie, du Marché des Chefs à Bruxelles. J’y passe une après-midi entière." | © Thomas SAMSON / AFP / POOL

I like Belgium

Passé par le Festival du film de comédie de Liège, Christian Clavier continue de tourner et d’aligner les succès : après « Qu’est-ce qu’on a tous fait au Bon Dieu ? » et « Irréductible  », on devrait le voir en 2023 dans « Cocorico » et « La Troisième Vengeance de Maître Poutifard ».

 

Par Christian Marchand

Paris Match. Vous êtes un acteur caméléon, l’un des rois du rire français. L’humour était présent dans votre ADN familial ?
Christian Clavier. Oui et non. Il y avait dans ma famille des gens drôles sans qu’ils le sachent. Peut-être le sens de la dérision est-il écrit dans nos gènes ? Ça vient toujours d’une forme d’éducation. Je suis très méditerranéen mais, en même temps, c’est très étrange, car une partie de ma famille est plus ou moins grecque. Et là-bas, ils sont plutôt tragiques et pas tellement marrants ! Disons alors que c’est un don de Dieu.

Regrettez-vous le temps d’avant, quand le rire souffrait moins de barrières et avait plus de légèreté ?
J’ai commencé au Splendid. On était en démocratie, mais il y avait des limites… Alors, on les repoussait. On jouait avec. On était provocants. Aujourd’hui, il n’y a plus de limites, donc on tombe dans l’autocensure. Et l’autocensure est une perte de liberté terrible.

Auriez-vous imaginé qu’un jour votre nom serait inscrit dans une lignée de films cultes ?
Non, ça, je ne le pensais pas. Et j’en suis très fier. Mais je ne regarde jamais dans le rétroviseur. Enfin, j’essaie… Dé-jà, ça fait loin. Il y a des trucs que je ne vois plus. Ensuite, je préfère regarder devant, et avec de bonnes lunettes (rires).

Si la star Clavier rencontrait le petit Christian au coin d’une rue, quel conseil lui donneriez-vous ?
Qu’il faut avoir de l’espoir dans la vie.

Vous avez une formation théâtrale, une colonne vertébrale classique avec les monuments de Molière et Shakespeare. L’envie de revenir à vos premières amours vous taraude  ? Ou bien ça ne vous manque pas ?
J’ai fait beaucoup de théâtre et il me manque parfois. Sentir et échanger avec le public, le sens des mots et savoir les porter sont des choses extraordinaires. Mais ça demande une telle énergie que c’est plus facile maintenant pour moi d’être à l’écran.

 

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Plus de quarante ans de carrière, plus de 90 films dont huit ont dépassé les 8 millions d’entrées, et quatre les 10 millions… Chaque rediffusion explose l’audience. Vous saviez que les Belges vous accusent de les faire rire ? Il va vous falloir un bon avocat !
(Sourire aux lèvres) J’en suis très heureux. Je vis en Belgique, plus précisément à Bruxelles. Je tourne énormément chez vous. J’ai beaucoup écrit. Je m’amuse. J’ai énormément d’admiration pour mes copains acteurs et actrices d’ici. Stéphane De Groodt, Virginie Hocq, Jean-Luc Couchard… Les Belges ont le sens de la dérision. Les Anglais sont très dans l’absurde, mais assez peu dans la situation réaliste. Ils n’aiment pas ça, d’ailleurs, parce qu’ils en sont gênés. Leur éducation est très austère et rigoriste. Les Américains, de mon point de vue, surjouent. Les Espagnols ont une dimension un peu tragique. Les Allemands s’amusent beaucoup avec nous. Le film « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu  ? » est un gros succès en Allemagne. Je pense que cet homme qui subit tout le temps sa famille les amuse aussi beaucoup parce qu’il est français. Pour revenir à la Belgique, la première chose qui me vient à l’esprit, c’est votre bonne humeur, une bière blanche, une bonne gaufre, et le spéculoos qui est assez remarquable. Chez vous, on mange trop bien. C’est catastrophique (rires) ! Je vais souvent chez une amie, Valérie, du Marché des Chefs à Bruxelles. J’y passe une après-midi entière. J’adore aussi la bande dessinée belge qui est absolument exceptionnelle. J’ai une énorme collection de BD depuis très longtemps. Je trouve votre design, les meubles, les salons magnifiques. Vous avez le sens du goût. Je retrouve quelque chose en Belgique qui ressemble à la France de mes parents, cette chaleur du cœur. C’est pour ça que j’y habite. Après, votre population est extrêmement diversifiée. Être à Anvers, à Bruxelles ou à Liège est complètement différent. Pourtant, le pays n’est pas immense. J’aime les trois endroits.

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Avez-vous le souvenir de votre première visite chez nous ?
J’ai le souvenir d’un fou rire monumental. C’était avec Michel Blanc. Nous venions en camionnette pour jouer au Sablon, chez Philippe Van Kessel, qui a été le directeur du Théâtre National de Belgique. Il y avait une boîte de nuit avec un garçon qui peignait. Il s’appelait Stanislas. Je ne sais pas s’il est devenu un peintre connu… Bref, ils avaient une boîte de nuit et, en même temps, un café-théâtre. Nous avons donc établi nos quartiers au Petit Sablon. Une ravissante place. En France, nous commencions à émerger. En Belgique, nous étions inconnus au bataillon, mais nous avons passé un mois extraordinaire. Irrésistible! Nous avions 24 ans…

 

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