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Gad Elmaleh : « N’attendons pas une tragédie pour apprendre à vivre ensemble »

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gad Elmaleh :"en Belgique, vous avez lancé quelque chose d’intéressant, une forme de cours un peu civique pour apprendre à se connaître". | © Aurore Marechal / ABACA.

I like Belgium

Gad Elmaleh est revenu au cinéma avec Reste un peu, une comédie touchante et fédératrice, aux élans autobiographiques, fondée sur sa propre vie et son cheminement spirituel. Une œuvre entraînant rires et réflexions.


Par Christian Marchand

Paris Match. Reste un peu, votre nouveau film, est un touchant hommage aux parents. À commencer par les vôtres.
Gad Elmaleh. J’ai demandé à ma maman si elle était contente de jouer ma mère. Elle m’a répondu : « D’abord, je n’ai pas joué ta mère, je suis ta maman. Ensuite, je ne vois pas quelle autre actrice aurait pu incarner celle-ci ! » Ça m’a beaucoup touché. Ce tournage avec mes propres parents fut un véritable bonheur.

Quelle a été leur réaction lorsqu’ils ont vu le film ?
Ils étaient très émus. Ils ont découvert le sujet du film en le voyant, puisqu’il n’y avait pas de scénario. Ils ne disposaient d’aucune info. Sur le plateau, ils ne savaient pas ce qu’ils allaient faire. Ils se sont laissés guider. Pour ma part, j’ai appris énormément de choses en les voyant tourner. Ils sont incroyables, bouleversants, parce qu’ils sont vrais. Ils sont dans l’émotion. Je les aime tellement ! Ce film est aussi un témoignage d’amour que je laisse. Je n’avais pas envie que ce personnage de fils qui veut changer de religion soit perçu comme une rupture avec sa famille mais, bien au contraire, comme une quête de liberté.

Étiez-vous inquiet de leur réaction ?
J’avais un peu le trac, de peur que cela ne leur plaise pas. Je ne voulais pas les décevoir. J’espère qu’ils ne se sont pas sentis trahis. Qu’ils savent que je n’ai pas menti.

Ce long métrage est aussi une belle manière de fédérer les communautés et les gens, non ?
Effectivement. Avec ce film, j’ai envie que les communautés se parlent, je rêve de créer un pont entre celles-ci, entre les confessions. Aujourd’hui, le vrai problème est que plus personne ne se connaît. D’ailleurs, en Belgique, vous avez lancé quelque chose d’intéressant, une forme de cours un peu civique pour apprendre à se connaître, pour savoir qui est l’autre.

 

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C’est un beau film qui rassemble. À vos yeux, le vivre-ensemble est encore possible ?
Oui, totalement. Mais il faut qu’il soit un point de départ et non une conséquence, comme après un attentat, des attaques, des insultes ou des agressions antisémites. Il faut que les hommes et les femmes, entre eux et entre elles, proclament : « Nous, nous allons vivre ensemble. On est connectés parce qu’on se connaît et qu’on se comprend. » Et pas uniquement réunir toutes les religions quand une tragédie vient de se produire. Nous devons agir avant le bouleversement. En Belgique, les communautés ont malheureusement été très stigmatisées après les attentats. Ce film tend la main pour qu’elles se rencontrent. La différence entre les êtres n’est pas grave, mais il faut se parler pour se comprendre.

Avez-vous un souvenir de votre première visite en Belgique ?
Oui, j’y suis venu pour deux raisons. L’une était professionnelle : un spectacle dans une petite salle de Bruxelles. C’était déjà magnifique. La seconde touchait à l’amour : en vacances, j’avais rencontré une fille au Maroc. Elle habitait Bruxelles. Je suis donc venu la voir.

Qu’aimez-vous en Belgique ?
Bien évidemment votre côté sympathique et chaleureux. Mais j’ajouterais l’ouverture sur le monde, votre façon d’assumer pleinement les choses. Ou encore, votre force créative dans le design, la musique, etc. J’aime me balader dans les rues de Bruxelles, près des Marolles, où les brocanteurs montrent leurs joyaux. C’est un quartier où j’adore traîner. Les Belges ont une énorme qualité : ils assument profondément leur identité, leur chauvinisme, ils ne se cachent pas. C’est intéressant de voir qu’on peut être fier de l’endroit d’où l’on vient sans pour autant mépriser les autres. J’ai aussi en moi un souvenir impérissable : celui d’un restaurant à Bruxelles où l’on inscrivait les noms des Belges connus dans le monde sur un grand tableau. Ce genre de truc m’émeut. Je ne suis pas belge, mais je me place en tant que petit gamin de Casablanca. S’il y avait un panneau comme ça là-bas, ce serait une telle motivation !

Et si vous pouviez entrer dans la peau d’un artiste belge ?
Ce serait François Damiens. Je l’aime beaucoup. J’ai tourné avec lui une émission pour Amazon. On vient de passer trois jours ensemble. Il est plein d’amour, de bienveillance et d’intelligence. Il est drôle.

Un plat belge préféré ?
Le couscous (rires) !

Un péché mignon ?
Vos spéculoos. Je peux en avaler une boîte entière. Idem pour la glace aux spéculoos.

Une expression belge ?
« Godverdomme ! » J’adore…

« UNE FAMILLE OU L’ON PENSE QUE TOUT VA BIEN »

 

©DR

« Il y a deux aspects dans le film », dit-il, « celui de la religion et celui de la famille. Bien sûr, ce que l’on voit, c’est le chemin du personnage et celui de la route religieuse. Il était important pour moi d’arriver à traduire comment je perçois la famille. À la fois son importance dans ma culture, mais aussi à quel moment on se donne le droit de créer une rupture. Parfois, c’est pour des raisons d’identité sexuelle ou sociale. Moi, je mets en scène l’identité religieuse. » Qu’il pousse à l’extrême « pour pouvoir challenger et défier les miens, casser les codes d’une famille où l’on pense que tout va bien ».

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