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José Garcia : « Nos téléphones cachent beaucoup de violence »

Le comédien français de passage chez nous ! | © DR

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Pour Le Torrent , qui offre un rôle très fort à José Garcia (Alexandre), la réalisatrice Anne Le Ny s’est inspirée du drame de « l’affaire Viguier », en France. « C’est surtout un film sur les rapports humains », explique l’acteur.


Par Christian Marchand

Paris Match. On connaît vos capacités à faire rire. Après « Le Couperet » de Costa-Gavras, on vous retrouve pourtant, à nouveau, dans un registre glaçant. Pourquoi cette volonté ?
José Garcia. Avec « Le Torrent », je veux montrer comment un homme peut basculer. Ce mec que j’incarne est en pleine ascension professionnelle, il est considéré, il se sent fort en voyant sa trajectoire. En fait, il n’a pas de regard. Il ne voit pas les autres qui ne vont pas bien. Il est dans son petit monde, parfait à ses yeux. Il rejette un peu sa fille comme si elle n’était pas vraiment sa réussite. Il pense que tout va bien avec sa femme alors que non. Il ne lui accorde pas de temps. Bref, il y a beaucoup de choses qui ne fonctionnent pas.

Vous avez de la tendresse pour lui ?
Non, parce que c’est un manipulateur. La première des défenses chez l’être humain, c’est la fuite. Longtemps, les animaux nous ont chassés. Donc, nous courons. La lâcheté fait qu’après la fuite, on arrive à réfléchir. Mais c’est un instinct primaire. Croire qu’il n’y a que des héros dans la rue est inexact : on trouve 90 % de lâches et 10 % de héros dans le meilleur des cas.

Surtout dans notre monde actuel ?
Oui. Nous vivons dans un univers terriblement égocentrique. Les gens souffrent de problèmes relationnels parce qu’ils ne sont plus à l’écoute des autres. Et le phénomène est amplifié parce que les réseaux sociaux donnent l’impression que les autres sont mille fois plus heureux. Ce qui engendre une déprime générale absolument démente. Depuis qu’on est connectés, certains pensent qu’ils mènent une vie nulle en voyant que tout est formidable ailleurs. Facebook et Instagram font croire que les autres n’ont pas de soucis. On ment en montrant notre bonheur. C’est terrible, épouvantable.

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Ce monde superficiel assombrit l’être optimiste que vous êtes ?
Non, parce que je ne m’en approche pas. Par contre, je vois ce que cela crée chez les gens. Du point de vue social, il n’y a rien de pire que l’ignorance et la frustration. Sans compter qu’avec ce déluge d’informations, plus personne ne sait ce qui est vrai ou faux. Pour compléter le tableau, le monde entier vous montre des richesses qui vous sont interdites. Pensez au gars qui vit en Inde dans un petit village et qui découvre sur son téléphone la vie dingue des autres, alors que lui n’a même pas accès à l’eau. Vous imaginez la frustration que cela peut créer chez les gens ? C’est ainsi que naît la violence.

 

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Vous êtes un humaniste. Vous croyez en l’autre. Selon vous, où est la solution ?
La vraie réussite n’est pas celle qu’on obtient sans se soucier des autres, mais celle qui se construit avec délicatesse et en conservant un regard attentif. On a toujours besoin du voisin. J’adore l’écrivain et conférencier belge Thomas d’Ansembourg, qui travaille sur la communication non violente. S’ouvrir, c’est la possibilité que l’autre réponde. Nous sommes parfois extrêmes, même dans notre manière de parler. Par exemple, quand on dit à une personne sur laquelle on a un peu de pouvoir : « Tu peux couper la musique ? » C’est très violent. Alors que si vous expliquez pourquoi vous avez besoin du silence, la personne en face va mieux l’intégrer. Cela ouvre le rapport entre les gens. De nos jours, nous sommes dans une violence verbale cachée derrière les téléphones. Le marasme humain crée beaucoup de frustrations. Prenons un autre exemple : les plans urbanistiques. Pourquoi ne les explique-t-on pas ? À Paris, cela déchaîne une incroyable violence parce que, sans explications, les citoyens se sentent frustrés.

En Belgique aussi…
Mais j’aime tellement ce pays ! J’ai l’impression d’y trouver davantage d’humanité. On ne s’y sent jamais agressé ou bousculé. J’y ai déjà passé des nuits formidables avec certaines de vos célébrités (rires) !

« COMMENT ON PEUT MANIPULER SA PROPRE FILLE »

Lorsque Alexandre découvre que Juliette, sa jeune épouse, le trompe, une violente dispute éclate. Elle s’enfuit dans la nuit et fait une chute mortelle. Le lendemain, des pluies torrentielles ont emporté son corps. La gendarmerie entame une enquête et Patrick, le père de Juliette, débarque, prêt à tout pour découvrir ce qui est arrivé pendant cette nuit-là. Alexandre, qui craint d’être accusé, persuade sa fille d’un premier lit de le couvrir. Il s’enfonce de plus en plus dans le mensonge et Patrick commence à le soupçonner. C’est le début d’un terrible engrenage…

Pour « Le Torrent », qui offre un rôle très fort à José Garcia (Alexandre), la réalisatrice Anne Le Ny s’est inspirée du drame de « l’affaire Viguier », en France. « C’est surtout un film sur les rapports humains », explique l’acteur. « Il ne tombe pas dans les clichés. L’âme humaine est beaucoup plus noire, insondable et lâche que ce que l’on voit. Les héros sont loin. La plupart des gens qui voient un animal blessé sur le bord de la route ne s’arrêtent pas. Ici, je trouvais intéressant de montrer comment on peut manipuler sa propre fille et les gens autour de soi. Et comment on arrive à des situations extrêmes sans vouloir faire de mal, mais par peur de tout perdre. »

José Garcia multiplie les réussites actuellement : il triomphe au théâtre en reprenant « Biographie : un jeu » de Max Frisch en compagnie d’Isabelle Carré et Jérôme Kircher… et son rosé est un succès !

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