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Mathilde Seigner : « J’adore me promener au Bois de la Cambre »

À propos de la retraite, gros débat publique en France, Mathilde Seigner dit : "la retraite n’existe pas chez les acteurs. À 92 ans, Line Renaud travaille encore. Et à tout âge, il y a de beaux rôles." | © SEVERINE COURBE

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Mathilde Seigner marque de son empreinte le film Chœur de rockers : « Le film est tiré d’une histoire vraie, romancée, racontant les aventures des « Salt and Pepper », une chorale rock du troisième âge qui fait un carton du côté de Dunkerque. Toute la France devrait l’imiter» nous explique l’artiste.


Par Christian Marchand

Paris Match. Votre nouveau film, « Chœur de rockers », raconte la vie de seniors ingérables qui rêvent de chanter du rock. Donner de la joie est plus indispensable que jamais ?
Mathilde Seigner. Totalement. Surtout dans cette période d’inflation, de guerre, de pandémie et de marasme ambiant. Tout va mal  ! Ce film est un petit médicament, une douceur qui fait du bien. Maintenant, je ne suis pas de celles ou ceux qui paniquent en évoquant l’avenir. Disons que j’essaie tant bien que mal de ne pas trop y penser, car ça m’effraie pour mon fils. On se demande où l’on va. Poutine va-t-il appuyer sur un bouton ? Le Covid va-t-il reprendre et va-t-on se retrouver à nouveau en confinement ? On ne sait pas. Depuis deux ou trois ans, c’est violent.

On sent dans votre voix une forte émotion. Qu’est-ce qui vous inquiète vraiment ?
Le prix de la nourriture. Je ne peux pas me plaindre parce que je fais partie des privilégiés, mais je suis très angoissée pour les autres. Comment les gens modestes vont-ils se nourrir ? On n’en est même plus à se chauffer, mais à survivre.

Vous regrettez ces années de douce folie où la vie était plus belle, sans turbulences ?
En même temps, je n’ai jamais autant rigolé ! Ça fait peut-être partie de notre génération, plus insouciante que d’autres. Là, j’ai été en vacances et j’ai pris du bon temps. Mais évidemment, il y a les infos à la télé. Et il faut bien l’avouer : si vous êtes un peu dépressif, un journal télévisé d’une demi-heure vous donne envie de vous pendre.

Si vous aviez une baguette magique, vous changeriez quoi ?
C’est complètement illusoire et utopique, mais j’aimerais qu’on règle les emmerdes des gens. Je trouve ça tellement dur qu’ils vivent autant de difficultés en 2023. C’est triste de voir, dans un pays capitaliste, des citoyens qui n’ont pas de quoi vivre. Et pour les jeunes, ce n’est pas rigolo.

Personnellement, vous redoutez la retraite ?
Non. D’abord parce que la retraite n’existe pas chez les acteurs. À 92 ans, Line Renaud travaille encore. Et à tout âge, il y a de beaux rôles. On joue des mamans, puis des grands-mères. Regardez le paysage cinématographique français au féminin : Nathalie Baye, Catherine Deneuve, Line Renaud, Charlotte Rampling, Françoise Fabian, Josiane Balasko continuent à travailler. Quand Danielle Darrieux a interprété sa dernière pièce, elle avait 100 ans !

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©DR

À l’écran, votre personnage a des points communs avec vous. Par exemple, son franc-parler. Cela n’a pas dû vous faire que des amis…
C’est vrai. J’ose tout depuis mon enfance. C’est ma nature. Je suis ainsi, je dis ce que je pense au moment où je le pense. Ça m’a fermé énormément de portes, mais on ne se refait pas. Quand j’ai une idée dans la tête, je ne l’ai pas ailleurs. Pour rien au monde, je ne la lâcherais.

Vous êtes l’actrice la plus franche du cinéma français. Qu’est-ce qui vous agace dans ce métier ?
Les gens ultra-hypocrites, des girouettes qui changent d’avis et sont complètement amnésiques. Dans leur esprit, vous êtes génial à certains moments et nul le lendemain ! Mais il existe aussi des personnes très bien. Il ne faut pas faire de généralités.

Vous souvenez-vous de votre première visite en Belgique ?
Honnêtement, non. Mais j’y viens souvent. J’y ai tourné beaucoup de films, notamment « Boule et Bill » avec Franck Dubosc. J’y suis souvent venue en tournée aussi.

Qu’est-ce qui vous interpelle chez nous ?
Beaucoup de choses, mais je ne vis pas en Belgique. J’imagine qu’il y a des soucis lorsqu’on y habite, comme partout. Et puis, tout fait rêver lorsque ce n’est pas chez nous ! Mais j’adore Bruxelles. C’est une ville vachement ouverte. L’architecture y est très belle, il y a plein d’endroits incroyables. C’est très vert et nature. Le bois de la Cambre est très sympa. J’adore m’y promener. Ma cousine germaine vit chez vous et elle adore ! Peut-être qu’on s’y croisera ? (Elle rit).

« UNE BELLE HISTOIRE D’AMOUR »

 « Le film évoque l’exclusion sociale, le fait qu’on peut se retrouver seul quand on vieillit. Plus on avance en âge, plus on risque de perdre son conjoint. Pour ces gens, la musique est un lien social. À méditer quand on voit la solitude de certains dans notre société. En réalité, il s’agit d’une belle histoire d’amour : je fais du bien à tous ces vieux rockers et eux me le rendent bien ! » termine l’actrice française.

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