Paris Match Belgique

Maître Jackye Elombo : le portrait d’une avocate engagée pour ses clients

Maître Jackye Elombo

Services

Spécialisée en droit social et en contentieux des affaires, Jackye Elombo accompagne ses clients sur toutes questions relatives au droit du travail et droit des entreprises. Après une expérience des plus complète notamment auprès d’un notaire puis associée au sein d’un cabinet d’avocat, elle décida d’ouvrir sa propre structure en 2018. Associée unique, elle garantit une disponibilité constante pour ses clients et leur adresse des conseils pragmatiques et avisés.

Bonjour Maître, devenir avocate, était-ce une vocation pour vous ?

 Maître Jackye Elombo : Étant enfant, je rêvais d’être journaliste ou écrivain. J’ai eu le temps de changer plusieurs fois de projet : tantôt policière, tantôt magistrat. Je dois bien l’admettre, certains veulent, depuis très jeunes, devenir avocats. Pour moi, c’était plutôt une vocation par défaut. L’injustice m’a toujours fait monter aux créneaux et ce que j’aime par-dessus tout, c’est relever les défis. Mon expérience en tant que stagiaire m’a démontré qu’il est plus difficile de prouver que quelqu’un est innocent que l’inverse. C’est un fait. C’est pourquoi, étant une femme qui aime relever les challenges les plus difficiles, j’ai préféré rester avocate.

Les non-professionnels du droit, ont parfois du mal à comprendre que l’on puisse se saisir de certaines affaires et de défendre une personne. Que répondez-vous à cela ?

 M.J.E. : Avant toute chose, nous ne défendons pas une cause, une valeur ou des actes. Nous défendons des personnes en nous basant sur les faits, mais aussi sur le droit. Dans tous les cas, même en défendant une société, ce sont les intérêts des dirigeants – donc de personnes- qui importent indirectement, en contentieux comme en conseils.

Par conséquent, un avocat est humaniste c’est-à-dire qu’il est nécessairement et foncièrement tourné vers l’autre. C’est l’envie de faire sortir son client d’une situation délicate ou de trouver une solution. L’avocat contentieux reste avant toute chose un vecteur de vérité : comprendre les faits, les traduire en droit, les mettre en lumière afin de donner toutes les cartes en main aux juges pour qu’ils puissent rendre justice. L’avocat conseil doit, quant à lui, comprendre les objectifs de son client et l’assister pour qu’ils les atteignent.

Quelle sont la ou les personnalités qui vous ont le plus inspirée dans votre choix de carrière ?

M.J.E. : Il y a en effet quatre figures qui m’ont sincèrement inspirée. D’une part, Simone Veil en France. Ma mère l’admirait et elle m’en a beaucoup parlé. Le courage qu’elle a déployé face à la bien-pensance et à l’influence judéo-chrétienne pour proposer une loi pour l’IVG est admirable. C’est un peu mon idole : une femme intelligente et forte. D’autre part, la Grande-Duchesse Maria Teresa du Luxembourg, que j’ai eu la chance de rencontrer. Contrairement à ce qu’on a pu écrire, elle est humble, bienveillante et brillante. On lui reproche en réalité de casser les codes, sa force et son franc parlé. Ensuite, Maître Rosario Grasso qui m’a encadrée, accompagnée et appris énormément sur ma responsabilité en tant qu’avocate. Enfin, Maître Jean Kaufmann (qui ne se souviendra probablement pas avoir plaidé contre moi à mes débuts) qui m’a épaté en excellant dans sa plaidoirie en toute humilité et en respectant une réelle déontologie.

Quelles sont les avantages d’être avocate au Luxembourg ?

Je voudrais d’abord dire qu’on classe trop souvent le Luxembourg comme un paradis fiscal pas assez strict sur les problématiques de blanchiment. C’est faux. Les autorités, le Barreau luttent plus que jamais contre le crime en col blanc. Le droit luxembourgeois s’est adapté depuis fort longtemps.

Le Luxembourg est attractif parce que, c’est une vraie métropole, un pays qui prône et soutient l’entreprenariat, très développé avec une belle ouverture à l’international, situé au cœur de l’Europe, avec une administration et des pouvoirs politiques accessibles et dont le système et les lois (trop souvent injustement critiqués) visent à garantir la stabilité économique et financière du pays. Je suis née, j’ai grandi, étudié et travaillé à Paris. Je suis une femme et je suis noire. Au Luxembourg, j’ai travaillé pour un notaire, puis dans un cabinet réputé et j’ai été associée dans un cabinet indépendant luxembourgeois. Aujourd’hui, j’ai monté mon propre cabinet. Le Luxembourg, c’est la petite Amérique : un pays au carrefour de l’Allemagne, la Belgique et la France, où entreprendre avec succès est vraiment possible. J’en suis une preuve vivante.

Quelles sont les qualités indispensables à posséder selon vous en tant qu’avocate ?

Un conseil juridique doit être personnel direct, rapide et basé sur la confiance, l’indépendance et la sécurité. L’avocat doit être communicatif, flexible, concret. Dans mes pratiques- commercial, entreprise, droit social- on se doit toujours en plus d’être pragmatique et de rester informé. On ne peut pas arrêter d’apprendre. D’un côté, il faut être à jour afin de trouver les meilleures réponses pour vos clients. D’un autre côté, le seul moyen d’anticiper c’est de réfléchir aux problématiques en amont.

Ensuite, en tant qu’avocate, il est nécessaire de faire comprendre le droit aux justiciables. Il faut également expliquer la raison pour laquelle un dirigeant d’entreprise peut agir d’une manière et non pas d’une autre ; c’est-à-dire apporter des réponses intelligibles à ses interrogations. L’entrepreneur a des idées, une vision, mais surtout en supporte les risques. Il n’y a rien de déshonorant à simplifier le droit pour qu’il puisse être accessible à nos clients. Enfin, il faut conserver son humanisme et garder un esprit bienveillant dans le domaine du conseil et en contentieux être orienté solutions tout en préservant une véritable transparence.

Voulez-vous aborder un dossier en particulier ou une problématique récente à laquelle vous avez été confrontée pour illustrer votre quotidien et le genre de dossier que vous êtes susceptibles de gérer ?

Le Luxembourg vient d’adopter l’équivalent d’un pass sanitaire en entreprise : le CovidCheck, qui prévoit la possibilité de dispenser dans un certain cadre des gestes barrière et de limiter l’accès exclusivement aux personnes pouvant se prévaloir soit d’un certificat de vaccination, soit d‘un certificat de rétablissement, ou d’un certificat de test Covid-19 indiquant un résultat négatif. Cela suscite beaucoup d’interrogations. Faut-il modifier les contrats de travail ? S’agit-il de mesures discriminatoires ? Qu’en est-il de la violation de la vie privée, du caractère sensible des données personnelles relatives à l’état de santé ? Plus en pratique, pour ceux qui doivent obtenir un certificat de test négatif, est-ce que passer le test est ou non considéré comme du temps de travail ? Comment traiter ces données ? Quelles sont les sanctions ?

En prenant le problème à l’envers, le dilemme de l’employeur, qui doit également « protéger les vaccinés », se complique avec le fait que la nouvelle loi prévoit une possibilité et pas (comme pour l’employeur du personnel de santé) une obligation. Est-ce qu’un salarié vacciné pourrait engager la responsabilité de l’employeur pour ne pas avoir mis en place le CovidCheck par défaut ?

Ce sont les préoccupations actuelles de mes clients.

En l’état actuel, le vaccin n’est pas une obligation. Il est impossible de l’imposer, sauf pour certaines catégories socioprofessionnelles comme le personnel soignant. Rappelons que le gouvernement luxembourgeois a préféré adopter une politique d’incitation et non pas d’obligation. Il y a sans doute, une raison qui a trait à la responsabilité. Quoi qu’il en soit, si des effets secondaires graves devaient être rattachés ou causés par le vaccin, le démontrer et obtenir une indemnisation serait une tâche difficile, voire particulièrement périlleuse.

Devant des lois antinomiques, les tribunaux risquent d’être confrontés à des cas d’espèce et devront contrebalancer entre le droit commun qui garantit notamment la vie privée et la non-discrimination et une loi spéciale dérogatoire imposant une obligation de prouver son état de santé pour avoir accès à son travail.

Je suis également sollicitée pour proposer une approche équilibrée et pragmatique sur la protection du secret des affaires et celle contre la concurrence déloyale, dont les risques sont exacerbées par l’ère du digital, compte tenu de la rapidité des évolutions technologiques et des défis possibles.

Depuis 2019, une loi permet une protection du secret des affaires simplifiée pour les entreprises, pour autant que leur savoir-faire ou créations ont une valeur commerciale, effective ou potentielle, et font l’objet de mesures de protection raisonnables.

Par contre, depuis 2016, l’abrogation d’une loi de 2002 sanctionnant la concurrence déloyale au profit des seuls consommateurs a créé un vide juridique pour la protection des entreprises contre les actes de concurrence déloyale.

Concernant le secret des affaires, en pratique, la difficulté porte sur la capacité des entreprises à identifier les informations valorisables et susceptibles de bénéficier de la protection. Comment protéger les idées de libre parcours, comme les algorythmes par exemple ? Les entreprises doivent donc parfois mettre en place et formaliser les procédures adaptées à leurs enjeux. Parmi les « mesures raisonnables », elles peuvent notamment devoir adapter leurs contrats ou former leurs collaborateurs.

Concernant la concurrence déloyale, il est devenu difficile pour les entreprises victimes, qui ne peuvent plus obtenir gain de cause devant le juge, de se protéger. Là encore, je suis sollicitée pour proposer des alternatives sur base de mon expérience tant en droit social qu’en contentieux des affaires. Lorsque l’abus est manifeste, je suis mandatée pour agir judiciairement.

 

Propos recueillis par Laura GUETTA

Adresse :

Maître Jackye Elombo

170, rue Principale

L—5366 Munsbach

jackye@jackyeelombo.com

Tel: +352 27 76 81 42

Gsm: + 352 691 122 056

www.jackyeelombo.com

 

 

CIM Internet