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Pouvons-nous tous être des champions du savoir-vivre ?

Il y a des codes à suivre... ou non ! | © Jon Tyson / Unsplash

Modes et styles de vie

Avant de se lancer dans des conseils avisés de savoir-vivre, Philippe Lichtfus, expert en étiquette contemporaine et savoir-vivre, nous explique ce qu’il pense des bonnes manières de nos jours. Qui ont bien plus à voir avec la communication sociale intelligente qu’avec les codes rigides d’autrefois.

Il existe plusieurs termes qui pourraient définir cette nouvelle rubrique que je vais vous délivrer tous les 15 jours  : étiquette, politesse, bienséance, savoir-vivre, protocole, etc. Ils ont tous une définition bien précise même si certains d’entre eux sont loin d’avoir suivi l’évolution de notre société.

Le mot qui semble le plus adapté aujourd’hui est sans doute le « savoir-vivre » car, moins sévère et moins suranné, il permet plus de liberté à une époque où les règles se sont relâchées. Ajoutez-lui « savoir-être » et on commence à mieux respirer.

Les écrits sur le sujet, parfois même encore édités en 2018, ne traitent, la plupart du temps, que de ce qu’il faut dire et ne pas dire. Mais en fait… tout cela était en partie admissible encore jusqu’à la Seconde Guerre mondiale ! Notre monde a pris un tournant majeur par la suite : les classes dirigeantes ont abandonné progressivement leurs responsabilités, ce qui a entraîné de plus en plus de transfuges sociaux, on a plongé vers un monde de consommation sans limite (ou presque), la religion catholique entame avec elle-même une rupture sans retour, le commun des mortels vit un multiculturalisme de plus en plus présent, de nouvelles formes de pensées et croyances sont permises, le public commence à s’intéresser au genre au-delà des simples apparences, etc.

Et c’est tellement évident que j’allais le passer sous silence : les femmes ont assumé (et c’est exponentiel) de nouvelles positions sociales, professionnelles et politiques dans nos pays occidentaux.

Il ne suffit plus de lire Nadine de Rothschild

Tous ces événements ont provoqué beaucoup de changements dans notre manière de nous comporter en société. Pour devenir un être accompli (au sens social du terme), il ne suffit plus de lire Nadine de Rothschild, pour qui j’ai beaucoup de respect. Le XXIe siècle a fait un grand bond en avant depuis la sortie de ses livres. Il faut bien sûr connaître le fonctionnement des différents « milieux »… mais ceux-ci ne peuvent plus se définir et se reconnaître aussi facilement qu’à l’époque de nos parents ou de nos grands-parents. Je dirais même que nous sommes à un moment de l’histoire où tout se mélange. Je comprends chez certain(e)s la difficulté d’accepter de tels changements qui leur paraissent décadent ou effrayant. Quoi qu’il en soit, l’évolution ne les attend pas et poursuit son chemin… à toute vitesse.

Alors intéressons-nous à l’autre, à sa culture et à sa manière de penser, de saluer, de manger, de fêter, etc. Et penchons-nous sur nous-même, pas au sens égoïste ou égocentrique du terme, mais dans le sens de connaître son propre fonctionnement, de savoir qui on est intrinsèquement et pas uniquement socialement (encore faudrait-il revoir cette dernière considération en profondeur, ce que je ferai…).

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Cela demande une ouverture, beaucoup plus large sur le sujet qui nous occupe que ce qui était nécessaire autrefois.

Enrichissons notre être social par le recours à l’intuition et au bon sens, en développant les notions de respect de soi et des autres, et enfin de bienveillance. On n’en parle pas assez de la bienveillance, mais c’est fondamental ! Cela peut paraître à première vue plus complexe ; en réalité c’est simplement plus humain. Il y a bien sûr des règles à connaître ou à apprendre. Mais il y a aussi toutes ces circonstances dans lesquelles il est souhaitable de s’éloigner des différentes prescriptions établies, au profit d’une communication plus appropriée.

Dépoussiérer !

Si on le désire sincèrement, on acquiert assez rapidement une manière de dire et de faire les choses et de se comporter avec nos semblables dans une relation de partage, juste et adaptée.

Du passé, il est bien de conserver les règles utiles encore à notre époque et en accord avec celle-ci. Il faut en dépoussiérer d’autres et les adapter, et enfin, en créer de nouvelles pour embrasser ces réalités désormais nées des bouleversements sociétaux.

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Et pourtant… on nous enseigne encore et toujours les principes d’une étiquette à l’usage essentiellement des personnes issues de sphères plus privilégiées, parfois même avec un soupçon d’archéo-nostalgie. Alors il est l’heure d’ouvrir les yeux sur le monde, qui ne se résume pas, au XXIe siècle, à un pourcentage infime de la société, mais qui est des plus vastes… Prêts ?

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