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Le célèbre « Bon appétit » est-il une impolitesse ?

C'est une expression tellement courante qu'on oublie son sens premier. | © Pexels

Modes et styles de vie

Il y a certaines règles qu’il vaut mieux connaître lors de repas en délicate compagnie, dont celle de ne rien dire avant de prendre ou en prenant vos couverts. La chronique de Philippe Lichtfus, expert en étiquette contemporaine et savoir-vivre.

 

Dans certains milieux, point n’est besoin d’une baguette magique pour se transformer en pignouf. Il suffit de prononcer l’incantation « bon appétit » et c’est aussitôt chose faite… Cela serait donc impoli ?

En réalité, ce que peu de personnes savent, c’est qu’il n’est pas vraiment ici question de politesse, mais bien de marqueur social.

À la fin du Moyen Âge, il était de bon ton de s’intéresser ouvertement au déroulement gastrique des un(e)s et des autres. On souhaitait le plus normalement du monde « bon appétit ». Ce mot nous vient du latin apetitus ; le désir, voire, pour d’autres, du verbe aperire ; ouvrir. Il faut replacer cette expression dans le même registre que « comment allez-vous ? » qui sous-entendait « comment allez-vous à la selle ? ».

Souhaiter « bon appétit » est attesté comme étant une politesse par certaines instances académiques françaises dès le XIXe siècle. Il semble cependant que seuls les milieux plus populaires en usent a contrario des sphères plus vernies qui préfèrent conserver cette expression aux oubliettes.

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Toujours est-il qu’en français, souhaiter « bon appétit » revient intrinsèquement à vous encourager pour manger ce qui vous attend dans votre assiette, ce qui est plutôt péjoratif.

Je suis certain que la plupart d’entre vous n’imaginent pas un seul instant suggérer une telle chose lorsqu’ils ouvrent les « plaisirs culinaires » en prononçant ces deux mots. L’immense majorité des personnes s’exprimant dans la langue de Molière est rodée à ce « bon appétit » depuis des générations. Sont-ils tous des pignoufs pour autant, comme certains ont tendance à le dire ? Bien sûr que non !

Alors que faire ?

« Bon appétit » est une expression passée au second degré et qui se veut bienveillante. Cela fait partie du savoir-vivre qui évolue. Dès lors, si on vous le souhaite, la politesse réclame aujourd’hui qu’on ne laisse pas cette « maladresse » réveiller la solitude et la honte chez son auteur. Bien au contraire, elle vous demande de remercier de cette attention et d’ajouter, par exemple, « à vous pareillement ».

Si, lors d’un dîner, tous les convives prononcent cette petite formule, il est inutile de prendre des airs de portrait d’ancêtre ; je vous conseille vivement de le dire à votre tour et de bon cœur. Vous verrez, on n’en meurt pas et votre repas n’en sera pas moins bon.

Il y a tout de même une règle…

La règle de bienséance, toujours d’usage malgré tout, est d’attendre, une fois les assiettes servies, que la personne qui vous reçoit donne le ton en commençant elle-même à manger ou en vous invitant à le faire, ceci sans petite formule magique.

Alors, je vous souhaite d’excellents repas, et de garder à l’esprit que ces règles ne sont que des garde-fous qui évoluent avec le temps en prenant parfois même des formes contradictoires au sein des différents milieux sociaux.

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