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L'Oréal Citizen Day : Avec les femmes qui se font coiffer et maquiller pour retrouver l'estime de soi

Pour le Citizen Day, les employés de L'Oréal sont appelés à donner de leur temps, et venir en aide à des associations. | © Stéphane Taverne

Beauté et bien-être

Ce 9 juillet, au sein de l'Atelier L'Oréal de Berchem-Sainte-Agathe, une dizaine de coiffeurs et de maquilleurs s'affairent dans un seul but : prendre soin de femmes écorchées, plus habituées à voir leur mascara couler qu'à faire une mise en beauté.

De quoi leur redonner le goût de prendre soin d'elles et booster (un peu) leur confiance. Cette chouette initiative, c'est le Citizen Day, un événement organisé par la marque de produits de beauté française depuis 9 ans. Toutes hiérarchies confondues,  les employés de 70 pays à travers le monde sont appelés à donner de leur temps, et venir en aide à des associations. En Belgique, des sessions avaient ainsi lieu à Uccle, Ixelles ou encore Molenbeek, et dans le Brabant wallon.

« C'est magnifique d'être là »

Nouvelle coupe dégradée et maquillage smoky, une jeune maman de 16 ans n'en croit pas ses yeux. Depuis qu'elle est tombée enceinte, elle n'a pas vraiment le temps de penser à elle. « C'est magnifique d'être là », confie-t-elle après une heure de soins. Cela fait trois semaines maintenant qu'elle a atterri dans la maison d'accueil le Chant de l'Oiseau, à Woluwe-Saint-Pierre. « On va lui apprendre à être mère sans laisser tomber l'école. Une crèche est à disposition, on fera tout pour l'aider », explique Siham, une éducatrice. Avec son bébé, elle pourra rester dans ce foyer jusqu'à sa majorité.

Au quotidien, leur coiffure et leur maquillage ne sont pas sur la liste des priorités, et aujourd'hui on leur offre sur un plateau d'argent. C'est génial.

C'est la première fois que le Chant de l'Oiseau participe à cette journée de la générosité de L'Oréal. Ils ont été contactés par Hu-Bu, une asbl qui fait le lien entre monde associatif et entreprises. Une expérience plus que réussie, de part et d'autre. « Le bonheur se lit sur leur visage. D'habitude, on a du mal à les réveiller le matin, mais là, à 7h30, elles étaient toutes debout ! », plaisante Siham.

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Se coiffer et se maquiller, un véritable cercle vertueux

Parfois considérés comme futiles, la coiffure et le maquillage sont des premiers pas importants pour retrouver l'estime de soi. Plus que de plaire à l'autre ou se soumettre aux diktats de la beauté actuelle, il s'agit de se réapproprier son image et de s'exprimer. Des choses dont les femmes présentes aujourd'hui ont souvent besoin.  « C’est un cercle vertueux, plus on s’occupe de soi, plus on gagne en confiance et plus on a envie de prendre soin de soi », expliquait la chercheuse Michaela Marzano dans ELLE. Une véritable reconquête qui démarre à l'occasion du Citizen Day.

©Stéphane Taverne

La réalité derrière les fards

Un peu à l'écart du groupe, A., 18 ans, arbore maintenant une nouvelle coupe afro très sixties – elle lui va à merveille – et du bleu sur les paupières. Mais son sourire doux cache une dure réalité. Elle s'est retrouvée seule du jour au lendemain. Sa mère l'a mise à la porte, car elle n'a pas voulu céder à ses exigences : un mariage forcé au Portugal avec un homme qu'elle n'avait jamais vu. Après 4 mois d'épreuves et de détresse, la voilà à Montfort, une asbl qui accueille une trentaine de femmes sans enfants à Jette. Ici, et « grâce à Dieu », dit-elle, elle reprend du courage. Celui qui lui est nécessaire pour se concentrer sur son projet : devenir aide soignante. Elle se consacre nuit et jour au français pour trouver du travail au plus vite.

Je ne me maquille presque plus. Sauf aujourd'hui ! 

Elle peut aussi compter sur le soutien de L., une trentenaire pétillante qui a vu son mode de vie se disloquer. Habituée aux strass et aux paillettes depuis toujours, la mort de son mari l'a forcée à se recentrer sur l'essentiel. « Son associé a tout pris. Depuis je mène une vie simple, plus terre-à-terre, et je retrouve un contact plus humain avec les gens qui m'entourent. Je ne me maquille presque plus. Sauf aujourd'hui ! », concède-t-elle dans un éclat de rire.

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Créer une zone de confort

D'autres femmes ont plus de mal à lâcher prise. C'est le cas de certaines primo-arrivantes prises en charge par le bureau d'accueil VIA. Les musulmanes préfèrent ne pas ôter leur voile, quitte à ne pas être coiffées. Il est déjà arrivé que certaines refusent d'être en présence de coiffeurs masculins. Après un round d'observation, l'une d'entre elles finira par jouer le jeu à 100 %, optant pour un brushing et un maquillage lumineux. Sans regret. « Je suis très contente », glisse-t-elle. Le personnel de L'Oréal a bien conscience qu'il faut respecter cette distance. « Il est primordial de créer une zone de confort avec elles », nous dit l'un d'eux. Une règle appliquée par VIA au quotidien dans leurs locaux de Schaerbeek. « La première étape du parcours d'accueil consiste à casser la barrière de la peur, puis il faut être à l'écoute de leurs besoins », nous explique Lyna, une accueillante.

©Stéphane Taverne

Après une photo souvenir et parfois quelques selfies, la vingtaine de participantes quittent doucement les lieux en comparant leurs coiffures et leurs ongles. Un bonheur certain qui, même s'il est parfois éphémère, fait plaisir à voir. Pour le staff, les mises en beauté ne sont pas terminées pour autant. Des femmes du CPAS de Berchem-Sainte-Agathe sont attendues dans l'après-midi.

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