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EMDR et EFT : Les thérapies pour retrouver le chemin de l’apaisement

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Image d'illustration. | © Unsplash / Marc Olivier Jodoin

Beauté et bien-être

On les présente comme les techniques les plus efficaces contre le syndrome de stress post-traumatique, les angoisses, les phobies et les peurs… Comment cela fonctionne-t-il et que faut-il savoir avant de se lancer ? Explications.

EMDR : Soigner avec les yeux

Comment réapprendre à vivre lorsque l’on a subi un traumatisme qui paralyse et hante… L’EMDR (pour « eye movement desensitization and reprocessing ») est réputé pour guérir les stress post-traumatiques. Aujourd’hui, on l’emploie aussi pour traiter des angoisses plus légères, des problèmes d’estime de soi… La méthode fut découverte en 1987 par la thérapeute comportementale américaine Francine Shapiro alors qu’elle était assise sur un banc et regardait le ballet des oiseaux, leurs allers et retours : ses yeux balayaient l’horizon de gauche à droite et son angoisse s’apaisait. Un déclic.

Six années plus tard, le psychiatre David Servan-Schreiber introduisit l’EMDR en France. On l’utilise pour les rescapés d’attentats ou de tremblements de terre. Pas besoin de longues années de thérapie… Là, il suffit de quelques séances. Mais la méthode bouscule, heurte et fait violence. « Elle fait revivre le souvenir de ce traumatisme. On utilise les mouvements oculaires – le patient suit des yeux le doigt du thérapeute –, les tapotis sur les genoux ou des “bips” dans les oreilles pour ranger les souvenirs. Il y a huit phases de traitement, la partie des mouvements des yeux est l’une d’entre elles. La préparation est essentielle pour mettre en sécurité et protéger le patient », explique Martin Teboul, ex-président de l’Association EMDR France. Sur le papier, la méthode paraît miraculeuse, les traumatismes s’envoleraient « en un clin d’œil ».

Lorsque j’ai à nouveau déroulé le fil de l’agression, cela ne m’a rien fait. C’était comme si j’avais une barrière de protection.

Mais certains hésitent avant de se lancer. C’était le cas d’Eléonore. « Au début j’étais perplexe », confie la jeune femme agressée par un déséquilibré, qui l’a poignardée à quatre reprises, au bras et à la jambe. « Le syndrome de stress post-traumatique est apparu plusieurs semaines plus tard, lorsque mes blessures physiques ont été guéries. C’est à ce moment-là que j’ai sombré », explique-t-elle. Elle ne dort plus, est angoissée, n’arrive plus à prendre les transports en commun, et, surtout, les flashs de l’agression reviennent sans cesse. Elle consulte, débute une analyse, essaie l’hypnose, les antidépresseurs… Puis elle expérimente l’EMDR avec le psychiatre Christophe Fauré. « Je l’ai d’abord vu plusieurs fois avant de faire ma première expérience d’EMDR. Pendant la séance, j’ai redéroulé chaque seconde avec les yeux fermés en tapotant sur mes genoux. Je suis ressortie épuisée, effondrée, je ne pouvais plus marcher. La deuxième séance fut aussi très douloureuse. Et, pendant la troisième, lorsque j’ai à nouveau déroulé le fil de l’agression, cela ne m’a rien fait. C’était comme si j’avais une barrière de protection », raconte Eléonore. Depuis, elle reprend le métro, réussit à nouveau à dormir et peut évoquer son agression sans que cela la fasse replonger.

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L’EMDR « désensibilise les émotions » en régulant l’amygdale qui se situe dans le cerveau. « Le cerveau classe les informations mais, en cas de traumatisme, les émotions prennent le dessus. L’EMDR fait revivre ce souvenir au cerveau et lui donne la capacité de le ranger comme un souvenir passé », explique Martin Teboul.

EFT : Guérir en tapotant sur des points d’acupuncture

Moins connu que l’EMDR mais pourtant très efficace, l’EFT (pour « emotional freedom technique ») permet de libérer des émotions et de déprogrammer des réactions gravées en nous. Comme l’EMDR, cette méthode réputée très rapide soigne les troubles post-traumatiques, les angoisses, le stress, la peur de l’abandon… « C’est un chemin différent de l’EMDR. Surtout, on peut le pratiquer seul après quelques séances avec un professionnel. Le patient acquiert une certaine autonomie », explique la thérapeute Béatrice de Possesse.

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Fondé en 1993 par un ingénieur américain, Gary Craig, l’EFT consiste à repartir d’un fait traumatique, à le revivre, puis à faire baisser le stress suscité par ce souvenir (en le graduant sur une échelle de 1 à 10) jusqu’à ce qu’il disparaisse presque totalement. En suivant la voix du thérapeute, la personne opère de légers tapotements sur des méridiens qui correspondent à des points d’acupuncture : le sommet de la tête, sous l’œil, sous le nez, au milieu du menton, sous les clavicules et sous les bras. « On peut mettre des mots sur les émotions, mais c’est avant tout physique et c’est le fait de les ressentir qui fait souffrir », souligne la thérapeute.

J’ai réussi à comprendre pourquoi l’absence était si douloureuse.

Le but de l’EFT est justement de permettre de ne plus ressentir ces émotions douloureuses. Et les résultats sont parfois incroyables. Marie, 44 ans, a essayé l’EDMR et l’EFT après un deuil douloureux. « Lorsque j’ai pratiqué l’EFT, j’ai senti qu’il se passait quelque chose. Une boule dans la gorge m’a oppressée, je n’arrivais pas à arrêter de pleurer, j’ai réussi à comprendre pourquoi l’absence était si douloureuse », raconte-t-elle. Comme pour l’EMDR, il ne faut pas se lancer sans précautions. « Quand on revisite une émotion forte du passé, cela se prépare et il faut installer des ressources, indique Béatrice de Possesse. Avec l’EFT, on ne retourne pas complètement dans le traumatisme, on va davantage l’effleurer. Souvent, cela est plus doux et peut faire moins peur, notamment chez les enfants. »

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Lorsqu’elle est en mission humanitaire, à Madagascar ou dans des pays ayant connu la guerre, elle constate les bienfaits immédiats que procure cette méthode plus douce pour traiter les chocs, les visions d’images violentes, les traumatismes. Récemment, son fils s’est fait opérer. Elle lui a glissé comme une magicienne : « Si tu te sens angoissé avant l’opération, tapote ici. » « Maman, j’ai fait ce que tu m’as dit et je n’ai pas eu peur », lui a-t-il ensuite confié avec fierté.

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