Paris Match Belgique

Rencontre avec le créateur olfactif Aurélien Guichard

« Créer un parfum, c’est faire naître une émotion. On ne pense pas en notes de tête, de cœur et de fond : l’analyse arrive après. Plus qu’un sens aigu de l’odorat, un bon parfumeur possède le sens de l’observation : il capte et traduit les envies de son époque. | © Carven

Beauté et bien-être

Etre parfumeur aujourd’hui, c’est plus que jamais aider à se sentir mieux en offrant des espaces d’évasion. Rencontre avec celui qui emmène les hommes à Paris.


Paris Match. Les Belges adorent les week-ends d’escapade à Paris. Ils en sont privés depuis un bon moment. Votre nouvelle création pour Carven « C’est Paris ! » va leur faire retrouver les charmes de la capitale française ?
Aurélien Guichard. Plus que des lieux parisiens, c’est la façon et le plaisir d’y vivre qui est suggéré. J’ai vécu 10 ans entre les USA et la Grande-Bretagne. A mon retour, j’ai vu Paris avec un autre regard : il y a une idée de liberté qui n’existe qu’ici ! Le parfum évoque l’attitude très parisienne de s’assumer tel que l’on est, en quête d’expériences et de nouvelles sensations.

Vous êtes l’auteur de nombreux parfums masculins et féminins. Votre secret face à deux genres si différents ?
Côté féminin, je pense à ce que je vais trouver désirable chez une femme. Côté masculin, j’imagine la sensation que j’aimerais éprouver. C’est une approche plus basique en lien avec les matières premières. Je refuse de les cantonner à un genre : il faut oser les contrastes. La violette est féminine ? « C’est Paris ! » allie les facettes vertes et croquantes de ses feuilles à une noisette addictive. D’où, une fragrance entre fraîcheur et onctuosité…

Votre moteur de création ?
Le plaisir ! Quand on crée, on le fait pour les autres. Rien de plus beau que ce partage. Voir les gens s’approprier l’une de mes compositions, la relier à leur propre histoire et leurs souvenirs : c’est merveilleux selon moi. Pour que la connexion « mémoire et odeurs » fonctionne, il faut quelque chose d’unique. Je ne crois pas à l’universalité des parfums.

 

Boisé, aromatique, vert : Carven C’est Paris ! Eau de toilette 100 ml/89,90 €. Exclusivité Planet Parfum, disponible en mai. ©Carven

Votre réaction de « nez » envers le port des masques qui réduit le sens de l’olfaction ?
Je reste optimiste. Avec l’obligation de prendre nos distances, sentir le parfum de l’autre va devenir de plus en plus important, juste pour percevoir sa présence. Les fragrances impersonnelles vont perdre en intérêt.

Si vous n’aviez pas été parfumeur, que seriez-vous ?
Hockeyeur sur gazon ! Plus jeune, je suis venu souvent disputer des matchs en Belgique. La discipline du hockey m’a servi dans mon parcours de parfumeur. C’est un métier « sportif » : on doit être en compétition avec d’autres nez, aller toujours plus loin, garder le cap même après 1000 essais, travailler en équipe avec la maison commanditaire. Je traduis olfactivement le style, l’esprit et l’imaginaire de cette maison. Chez Carven, l’objectif était de faire ressentir la rencontre de l’élégance classique et de l’audace moderne…

Vous vivez à Paris ?
La moitié du temps. L’autre moitié, je vis à Grasse où se trouve mon laboratoire de création. J’ai beaucoup de chance : je suis issu d’une lignée de parfumeurs grassois (7 générations) et d’une famille d’artistes ayant une vraie foi en la création. Cela m’a beaucoup aidé.

 

(légende parfum C’est Paris)

CIM Internet