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Rencontre avec Mathilde Laurent, célèbre nez de la Maison Cartier

Mathilde Laurent dans son bureau du Faubourg Saint-Honoré. | © Jean-François Jaussaud

Beauté et bien-être

Mathilde Laurent  bouscule depuis longtemps les idées reçues, tout en s’inscrivant dans l’histoire de la Haute Parfumerie d’aujourd’hui et de demain.

 


Magali Eylenbosch

Bien que vous soyez totalement attachée à la Maison Cartier, vous êtes un peu l’électron libre de la parfumerie. D’où vous vient cette énergie créative ?
Mathilde Laurent. Je me trouve souvent beaucoup de points communs avec des gens qui font du rap ou qui font fait partie de mouvements punk. Nous partageons une forme de révolte saine par rapport à l’ordre établi, à ce qui est et ce qui pourrait être. Il y a une envie d’améliorer les choses et de ne pas se satisfaire de ce qui est. Ce côté iconoclaste est mû par quelque chose de positif. Il n’est pas question de détruire le beau, mais plutôt de s’attaquer aux dogmes, aux frontières, aux limites, aux interdits.

Comment commencez-vous un processus créatif ?
Ce sont des envies personnelles, mais aussi une rencontre avec les équipes dirigeantes avec qui on parle de stratégie. Qu’a-t-on envie de dire ? Où a-t-on envie d’aller. Quelle est la vision que l’on veut donner de Cartier ? C’est pour ça qu’il est intéressant d’avoir un parfumeur Maison. Ces discussions nous les avons de manière incessante et souvent informelle. On interagit comme le ferait un couple. On ne se dit pas « Voilà, on va faire un enfant, il aura tel sexe, tel prénom et on a une heure pour décider. » Ce n’est pas comme ça que ça se passe. Un parfum, c’est le fruit d’une réflexion, d’un cheminement, d’une histoire que l’on construit ensemble.

Vous arrive-t-il de créer un parfum et de le mettre « en attente » pour plus tard ?
Ça m’est arrivé dans mes premières années. J’avais moins de responsabilités autres que la création pure. Ma manière de travailler se rapproche de celle d’un sculpteur qui commande un bloc de marbre et qui va l’attaquer avec une idée précise. Et la création n’est pas qu’olfactive, elle est aussi stratégique et objet.

À quoi pensez-vous ?
Aux Nécessaires à parfum. Ils sont sortis il y a peu de temps et sont le résultat d’une réflexion stratégique que je me suis faite. Je voulais que la Maison travaille sur un projet qui encapsulerait le fait d’être un objet Cartier, pas un flacon, et serait rechargeable de manière très simple, afin de garder tous nos jus vivants. Même si nous sommes encore une jeune maison de parfums, nous ne créons pas des jus éphémères pour la Saint-Glinglin.

 

Déclaration Haute Fraîcheur, une nouvelle variation, végétale et vivante de Déclaration. ©Cartier

Faut-il encore genrer les parfums ou devrait-on ne parler que de style ?
Les Heures de Parfum ne sont pas genrés. Mais finalement, la vraie liberté doit-elle consister à ne plus rien genrer ou serait-elle d’apprendre à tout le monde qu’on peut choisir ? Je trouve génial qu’aujourd’hui on puisse presque inventer son sexe.

Ne plus genrer du tout serait une nouvelle forme de dictature ?
Ou une forme d’austérité. Je milite pour le fait de dire qu’une odeur n’a pas de sexe. Mais il y a une différence entre une odeur et un parfum.

Comment voyez-vous l’avenir de la parfumerie ?
Je la vois évoluer dans ses ingrédients. Nous, ça fait 15 ans que nous parlons des ingrédients synthétiques. L’Heure Perdue est la première composition entièrement synthétique dans une Maison de luxe. La nature n’est pas un puit sans fond. Il va y avoir un rééquilibrage des discours avec une synthèse plus propre et l’utilisation plus consciente des produits naturels.

 

Les Nécessaires à Parfum, des objets nomades et rechargeables. ©Cartier

 

 

 

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