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Comment Sophie Fontanel a réussi à rendre tendance les cheveux blancs

Le très chic magasin le Bon marché a choisi Sophie Fontanel comme mannequin pour son catalogue d’automne 2017  | © Facebook @ Sophie Fontanel

Beauté et bien-être

Journaliste mode à la pointe des tendances, Sophie Fontanel n’en fait qu’à sa tête, surtout quand il s’agit de ses cheveux : plutôt que de céder au diktat de la teinture, elle a fait le pari d’assumer ses cheveux blancs, les rendant de ce fait furieusement mode. 

Sur son Instagram, cette singulière journaliste ne fait pas dans la discrétion. Chaque jour, elle poste deux ou trois photos d’elle. En jean de velours rose, en chemise rayée, en pantalon marine, avec son chat, son dernier sac, en lunettes noires, dans un passage parisien, dans sa chambre… Souvent devant sa glace, le visage en partie caché par son portable. Et par ses cheveux. Blancs. Débarrassés de leur teinture. Débarrassés du mensonge. Fontanel est transfigurée. Il y a deux ans, à 53  ans, cette femme de mode et de culture, auteure d’une douzaine de romans, prenden effet la décision de sa vie : arrêter la « couleur ». Et montrer, semaine après semaine, mois après mois, la progression du blanc sur le châtain.

Jeu de la séduction

Au fur et à mesure qu’elle blanchit, des milliers de fans de tous âges noircissent ses messageries. Les commentaires l’aident à tenir. Elle se redécouvre, belle dans la lumière. Galvanisée, elle « poste » de plus en plus. On la reconnaît, on l’arrête, on la conseille, on l’applaudit, ses copines s’en mêlent, Inès de la Fressange réfute, d’autres admirent son « courage ». A-t-on jamais vu un mec draguer une femme aux cheveux blancs ? Depuis, elle passe son temps à pointer le conditionnement féminin. Voué à séduire le mâle. Elle qui s’est déjà confiée sur l’abstinence sexuelle (L’envie , 150 000 exemplaires vendus) nous convainc que le sex-appeal se situe ailleurs. Son livre raconte ce cheminement. Sur un ton léger, complice, il va plus loin dans l’introspection. Et c’est passionnant. Drôle. Emouvant. L’intégrité de Sophie Fontanel contrebalance son narcissisme ; on lui pardonne parce que, intelligente, lucide, elle force la réflexion. Vulnérable, sensible, elle se met tout le monde dans la poche !

Facebook @ Sophie Fontanel

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« Homme, femmes… On est tous dans la même galère »

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Paris Match. Alors, c’est la gloire ? Même auprès des hommes ?
Sophie Fontanel. Eux, leur drame, c’est la calvitie. Ils découvrent que je comprends leur détresse. Imaginez l’horreur : à 16 ans, tu es Tadzio de Mort à Venise, ses longues mèches sensuelles ; à 25, tu as tout perdu ou presque, et te voilà condamné à te raser la tête ! Hommes, femmes, on est dans la même galère. Blancs ou noirs, pourvu qu’on ait des cheveux.

Vous avez réussi à convertir Le Bon Marché au blanc mode !
Ils ont suivi la progression sur Instagram. Ils m’ont appelée : “On va vous faire porter les vêtements des Millennials, et vous serez le lien entre nos générations de clients.” Ils ont pigé leur temps.

Contrairement à Elle qui vous a jugée “usée”. Vous aviez pourtant encore vos cheveux châtains…
Elle restera toujours un journal que j’adore. Mais la directrice de l’époque m’a jugée trop libre et trop voyante. Ce fut un choc terrible. Et un coup pied au cul. A L’Obs, ils acceptent mes chroniques sur la mode, mon côté mini-Roland Barthes. Tandis qu’à Elle ça fait prétentieux, il vaut mieux interviewer un sociologue.

Êtes-vous en train d’écrire ?
Oui, j’écris tous les jours. Et là, je tente un truc : je publie au fur et à mesure sur mon Instagram. Je filme le texte et le lis à voix haute. Ça vaut tous les ateliers d’écriture. Quand je m’interroge sur le prénom de mon héroïne, par exemple, les gens réagissent. Et vous vous racontez ? C’est l’histoire d’une petite fille dans les années 1970 qui a un don pour l’écriture. Et ça ne lui vaut pas que des amis…

« Une apparition », éd. Robert Laffont, 252 pages, 19 euros.

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