Paris Match Belgique

Conversation à carats rompus avec le fondateur de la joaillerie bruxelloise Manalys

Moïse Mann se rend plusieurs fois par an au Sri Lanka. S’il n’a pas le temps d’y faire du tourisme, le joaillier tient à visiter les petites mines de la région de Ratnapura. Dans l’une d’elles, il examine un saphir jaune brut qui, une fois taillé, a orné un collier de la maison. | © DR

bijoux

Manalys et ses pierres d’émotion !

 

Paris Match. Les pierres d’exception sont l’ADN de votre maison, n’est-ce pas?
Moïse Mann. Je n’aime pas l’expression « pierres d’exception », trop facilement associée à la notion de prix élevé. Je préfère parler de pierres particulières, rares ou peu connues. L’élément le plus important réside dans l’émotion qu’elles procurent. Celle-ci ne se pèse pas ! Une pierre de deux carats peut avoir davantage de charisme qu’une autre de quatre carats. Dans le même ordre d’idées, une pierre rare s’avère parfois moins onéreuse. Un bon exemple : les saphirs de couleur, dont le nombre restreint sur le marché ne fait pas exploser le prix. La raison ? Il n’y a pas de forte demande. Les grandes maisons internationales ne veulent pas développer de collections autour de gemmes disponibles en quantités insuffisantes et, dans l’esprit des gens, un beau saphir ne peut être que bleu. Ils ignorent qu’il en existe des roses, des verts, des violets, des orange, des jaunes et même de splendides saphirs roses-orangés, dits « padparadscha ».

Où découvrez-vous ces joyaux rares qui inspirent vos pièces uniques ?
Au début, je me rendais quatre fois par an en Thaïlande. Depuis dix ans, je préfère le Sri Lanka pour obtenir de vraies merveilles et maintenir les prix concurrentiels de notre maison. Voyager à la source des pierres évite, en effet, les intermédiaires et les marges des grossistes. Je reste néanmoins fidèle au rendez-vous des grandes foires internationales de Hong Kong. Elles réunissent près de 2 000 négociants et permettent de repérer les nouvelles pierres montantes, comme le zircon du Cambodge. Sa couleur ressemble à celle de l’aigue-marine et son indice de réfraction proche du diamant lui assure un scintillement extraordinaire. Cette pierre naturelle est hélas encore confondue avec le zirconium, utilisé en bijouterie de fantaisie.

Lire aussi >Manalys : L’exception joaillière

 

Un saphir vert de 6,33 carats a inspiré la bague Felicia en or blanc et diamants. À l’instar des autres pierres acquises au Sri Lanka, il a d’abord été expertisé par un laboratoire suisse avant de rejoindre la joaillerie bruxelloise. ©Manalys

Acheter directement les gemmes dans un village minier du Sri Lanka fait-il de vous un Indiana Jones de la joaillerie ?
Certainement pas ! Ce n’est ni du cinéma, ni de l’improvisation. J’y passe seulement quatre jours, entre l’hôtel et les marchés de pierres qui ont lieu les mercredi et samedi soir à Bentota. Il y a dix ans, j’ai eu le privilège d’y être accompagné par le chef du village. Aujourd’hui, c’est son fils qui est mon correspondant et le garant du bon déroulement des transactions. Je suis reçu chez lui. Nos liens de confiance et d’amitié sont précieux pour être respecté par les vendeurs locaux et négocier avec les propriétaires des petites mines. Et le respect est réciproque : je suis capable de discuter une quarantaine de fois, mais je ne cherche jamais à obtenir un prix trop bas par rapport à la qualité d’une pierre.

Vous tenez à faire savoir que vous -utilisez uniquement des pierres non chauffées. Pourquoi ?
Chauffer une pierre, pour en attiser la couleur ou y faire disparaître un voile, est une pratique acceptable et très courante. Cela ne se remarque pas visuellement : seul un laboratoire spécialisé peut détecter cette opération avec un appareillage de pointe. J’ai fait le choix personnel de préférer le naturel. Au niveau de notre maison, c’est une question de prudence : les catalogues des grandes ventes internationales de Sotheby’s ou -Christie’s ne présentent que des pierres non chauffées.

 

En dix ans, Manalys a contribué à mieux faire connaître des gemmes rares, comme les deux spinelles parfaitement identiques de 10 carats qui ornent ce bracelet en or rose. ©Manalys

INFOS
11 boulevard de Waterloo, 1000 Bruxelles
02 512 61 18 – manalys.com

 

 

 

Mots-clés:
bijoux belges manalys
CIM Internet