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La bio-inspiration affole la création

ecotone

Ecotone à Arcueil. | © DR

Design et maison

S’inspirer du génie de la nature pour mieux préserver les ressources de la planète, tel est le fil rouge de la biomimétique, un domaine à l’avenir verdoyant.

À la Renaissance, Léonard de Vinci en était déjà convaincu : « Prends tes leçons dans la nature, c’est là qu’est notre futur ». Baptisé il y a vingt ans aux Etats-Unis par Janine Benyus, dans son ouvrage « Biomimétisme », le mouvement vit en 2018 une accélération sans précédent. « Ce n’est pas une science mais une approche différente, où la nature n’est pas un objet de consommation mais un sujet d’études », résume Manal Rachdi, architecte, fondateur de l’agence OXO et lauréat du concours « Inventons la métropole du Grand Paris » avec son projet baptisé « Ecotone ».

En 2023, cet ensemble de bureaux de 83 000 mètres carrés sera le navire amiral de la biomimétique française. Inédit par son ampleur et ses multiples innovations, le projet est une première mondiale. Implanté à Arcueil, à vingt minutes du centre de Paris, le complexe se fondra dans le paysage. Ses terrasses ondulent comme des collines et sont coiffées d’ailes ultralégères et transparentes (membranes ETFE, de l’éthylène tétrafluoroéthylène) inspirées par les libellules. Outre leur beauté aérienne, elles protègent de la pluie, du soleil, régulent les courants d’air. Au centre des bâtiments, des patios copient le génie architectural des termitières qui permettent de maintenir naturellement la température entre 25 et 28 °C.

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Plus d’une soixantaine d’entreprises ont déjà recours aux inventions biomimétiques.

Une seconde peau, en partie photovoltaïque, est massivement végétalisée par des feuillages caducs qui laissent entrer la lumière en hiver et la tamisent en été. « Le bâtiment génère 47 % du total des émissions de CO2, devant les voitures et l’industrie. D’où l’importance d’imaginer de nouvelles solutions pour des constructions zéro carbone, de sortir de l’ère industrielle pour entrer dans l’ère biomimétique », explique Manal Rachdi. Le projet comprend deux ans de développement pour mettre au point des nouveautés biomimétiques, en partenariat avec le Muséum national d’histoire naturelle et le Centre européen d’excellence en biomimétisme de Senlis (Ceebios) créé en 2014. « Nous avons déjà recensé près de 200 unités de recherche en France, déclare Kalina Raskin, directrice générale du Ceebios. Et plus d’une soixantaine d’entreprises ont déjà recours aux inventions biomimétiques ». La région Nouvelle-Aquitaine, particulièrement en pointe, devrait devenir un modèle et ouvrir à Biarritz un centre dédié au biomimétisme marin. « Il comprend plusieurs approches, une imitation mécanique, une collaboration bactérienne, comme pour le cuir végétal, ou une copie bactérienne OGM, dans le cas par exemple de la bioluminescence… », résume Kalina Raskin.

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Parmi les nouvelles pépites de l’entrepreneuriat naturophile, EEL Energy et ses hydroliennes qui imitent les ondulations de l’anguille, Stratoz et ses plantes qui extraient les métaux lourds des sols, ou encore l’avancée majeure d’Hemarina qui a inventé le sang universel répliqué d’un ver marin. En 2018, Léonard de Vinci serait heureux !

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