Home organiser : Quand le désencombrement de sa maison rime avec soulagement

Home organiser : Quand le désencombrement de sa maison rime avec soulagement

organisation d'intérieur

Image d'illustration. | © Unsplash/Justin Schuler

Design et maison

Audrey Demeyere est « home organiser », accompagnatrice en organisation d’intérieur. Une profession méconnue, mais qui apporte une piste à la fameuse charge mentale et permet de retrouver une maison agréable à vivre et où se ressourcer.

Pour la plupart des gens, le rangement s’apparente à une corvée. Parfois, le désordre s’accumule, les objets inutiles s’amassent, le tiroir fourre-tout se transforme en une armoire et la maison devient un lieu de stress et de tension. Alors que certaines personnes arrivent à sortir la tête de l’eau sans aide extérieure, d’autres en sont incapables. C’est là qu’Audrey Demeyere entre en jeu. Accompagnatrice en organisation d’intérieur, cette mère de famille rassure : « Il faut avant tout se dire que ce n’est pas grave de demander de l’aide ».

Si sa profession n’est pas encore connue du grand public, son utilité est bien réelle. Qu’ils soient marqués par des piles de magazines, un dressing plein à craquer ou encore une fâcheuse tendance à vouloir tout garder, jusqu’au moindre ticket de caisse, le métier de « home organiser » répond aux besoins de nombreux foyers, touchés par ce qui se rapproche le plus d’un burn-out de la maison. « On commence à démystifier le burn-out parental et professionnel, mais on ne parle pas du burn-out de la maison », lance Audrey Demeyere qui habite à Wauthier-Braine, dans le Brabant Wallon. La preuve : il n’y a pas vraiment encore de terme adéquat. Appelé également burn-out du foyer ou domestique, cette spirale infernale peut pourtant être aussi dévastatrice que les deux premiers. La maison, qui est supposée être « son petit cocon », devient ainsi une source de profond épuisement et de stress, que l’on fuit à tout prix. Créatrice de Vivement chez soi, après avoir elle-même vécu cette sombre période, elle explique que l’une de ses clientes s’est complètement coupée du monde extérieur et de toute relation sociale, « sauf un plombier ou chauffagiste quand elle a vraiment un souci », précise-t-elle. « Ces personnes vivent constamment dans la honte, alors qu’il y a moyen de régler le problème ».

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Doucement mais sûrement

Tout en douceur et sans jugement, Audrey Demeyere accompagne alors ces personnes en détresse dans ce long processus qu’est le désencombrement. La première étape avant de s’attaquer au tri ? « S’asseoir et parler », explique-t-elle. « Tout d’abord, il faut prendre le temps de comprendre où la personne se situe et comment elle en est arrivée là. Si vous ne comprenez pas, vous ne pourrez pas vous y prendre de la bonne façon et cela va être assez violent pour la personne. (…) Je suis chez eux, cela doit rester chez eux », poursuit celle qui s’adapte aux besoins et aux rythmes de chacun.

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Audrey Demeyere, home organiser et créatrice de Vivement chez moi. © Marise Ghyselings

Après cette sorte de mise en confiance, la meilleure façon de rester motivé est de voir du changement. Il faut donc commencer petit et aller jusqu’au bout de sa démarche. Alors, gardez le garage pour la fin et attaquez-vous d’abord à ce tiroir fourre-tout présent dans chaque foyer. « C’est comme s’échauffer pour une course : vous n’allez pas faire 20 km du jour au lendemain », compare l’experte qui laisse une certaine souplesse au début en installant une caisse pour les doutes. « L’important est de s’attaquer à une partie qui est à votre dimension et de terminer à chaque fois sur une petite victoire. Les deux premières heures sont difficiles, cela prend du temps. Mais petite victoire sur petite victoire, l’air de rien, à un moment donné, vous aurez fait le tour de toute votre maison », se réjouit-elle. Une fois que chaque chose a sa place, ranger sa maison n’est plus une perte de temps ou une corvée. « Cela peut prendre cinq minutes ».

Pour moi, le foyer est un refuge et si tu ne prends pas soin de ce refuge, il ne va pas savoir prendre soin de toi.

Mais avant d’arriver à cet état de soulagement ultime, il faut passer par l’étape inévitable du « jeter ou garder ? ». Face à cette question, certains objets évoquent souvent une certaine valeur sentimentale ou obtiennent la fameuse réponse du « au cas où », mais le temps est venu parfois de s’en débarrasser. Audrey Demeyere conseille de prendre des décisions sur chaque objet tenu en main. « Il faut accompagner les gens à trier, puis à s’en débarrasser. Cela signifie que les sacs ne doivent pas être sur le pas de la porte, mais bien à la déchetterie », explique-t-elle avant d’ajouter : « Le désordre cela ne se range pas, cela s’élimine ». C’est seulement grâce à cette séparation définitive que la personne pourra être soulagée et enfin retrouver de l’énergie.

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Non, votre maison ne ressemblera jamais à celle prise en photo dans les magazines – surtout si vous avez des enfants. Et c’est tant mieux. Il faut tout d’abord vivre dans un environnement agréable et se sentir bien chez soi. © Vivement chez moi

Apporter une solution à la charge mentale

Parmi ces clients, Audrey Demeyere compte beaucoup de femmes. Sans surprise. Elles sont les premières touchées par la charge mentale, problème mis en lumière par l’illustratrice féministe Emma. « Entre la maison, le boulot et les enfants, il y a énormément de choses auxquelles il faut penser. Et il y a encore ce côté archaïque selon lequel c’est à la femme de penser à tout », explique celle pour qui la charge mentale et le burn-out domestique sont « complètement liés ».

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Si de nombreux médias ont expliqué ce syndrome des femmes épuisées de penser à tout, tout le temps, – parfois en remettant la faute sur les principales intéressées, très peu ont apporté des solutions concrètes. Au-delà du constat, l’experte en organisation d’intérieur apporte, elle, une piste pour se défaire de cette charge mentale : retrouver une maison restructurée, apprendre à lâcher prise et déléguer. « Ce n’est pas parce que vous avez des enfants que vous devez tout faire à leur place », souligne-t-elle avant d’admettre que ce n’est pas chose facile.

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Lorsque l’on entre dans la maison d’un « home organiser », on se demande inévitablement si elle est parfaitement rangée. Résultat : comme dans tout foyer avec des enfants, c’est impossible. « Je ne revendique pas la perfection », souligne Audrey Demeyere. Pourtant, son sens de la décoration s’en rapproche fortement. © Marise Ghyselings

Un passé bénéfique

Audrey Demeyere est la mieux placée pour le savoir et pour donner des conseils. Avant de se lancer dans l’aventure d’organisation d’intérieur, son « second souffle », elle était assistante sociale pendant 17 ans. D’abord dans un service d’aide aux détenus, puis avec des enfants placés en familles d’accueil par le tribunal. Passionnée par son travail, aussi intense soit-il, cette mère de famille a d’abord connu un burn-out parental. « Avec trois enfants à la maison, je ne gérais plus du tout », confie-t-elle, épuisée et surchargée. « Puis je me suis rendue compte que j’étais en burn-out de la maison. J’étais complètement à la masse, déstructurée, il n’y avait rien qui était organisé. Petit à petit, ce manque d’organisation et de repères a commencé à me détruire ». Alors que son travail était sa bouffée d’oxygène, un désaccord avec la direction l’entraîne dans un burn-out professionnel. « Là, c’était le coup de grâce », admet-elle.

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En arrêt pendant un an, c’est en aidant son père à déménager qu’elle a eu le déclic. « C’était pas un petit déménagement : une maison où il avait vécu 40 ans, avec quatre enfants. À un moment donné, il m’a dit ‘je n’en peux plus, j’ai besoin que vous m’aidiez parce que je ne vais pas y arriver' », se rappelle l’ancienne assistance sociale qui a pris du plaisir à organiser et trier. « Là, je me suis rendue compte qu’il y avait un tas de gens qui vivaient la même chose que lui ».

De ce passage à vide, celle qui admet encore aujourd’hui ne pas être une « supermaman » en a fait une force. « Le tout est de renverser la vapeur. Moi, mon burn-out, cela a été la chance de ma vie », confie Audrey Demeyere, avec son sourire communicatif.

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