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Il y a un lien entre la tuberculose et le modernisme

Modernisme

Le premier sanatorium contre la tuberculose aux États-Unis a été fondé par un médecin du nom d'Edward Livingston Trudeau, en 1885. | © William Krause / Unsplash

Design et maison

Aération, épuration, hygiène : ces adjectifs caractérisent bien le modernisme, style épuré qui a marqué l’entre deux-guerres aux côté de l’Art Déco et du style Beaux-Arts. Et ces termes ne sont pas sans faire écho aux sanatoriums, construits pour tenter d’éradiquer l’épidémie meurtrière de tuberculose à la fin du XIXe siècle. 

 

Parfois appelée la peste blanche, la tuberculose a tué à son apogée, au XIXe siècle, près de 10 millions de personnes. C’est le docteur Robert Koch qui identifie le germe tubercle bacillus en 1882. À l’époque, la théorie du germe évolue, et les médecins réalisent petit à petit que l’isolation était fondamentale pour éviter que la maladie ne se propage. Ils avaient constaté que les personnes bénéficiant le plus d’air, de soleil, de repos et de nourriture avaient plus de chances de guérir ou d’éviter une contamination.  C’était une véritable révolution pour les soins médicaux, qui se concentrait sur l’environnement des patients. À partir du milieu du 19ème siècle, on assiste à l’explosion des sanatoriums, qui influenceront énormément l’architecture moderniste, révèle le média CityLab.

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Tuberculose
1909, Royal National Sanatorium Bournemouth. Flickr 

Sanatoria

S’ils se limitent d’abord à des séries de cottages dans des régions montagneuses, les sanatoriums ont évolué en des bâtiments gigantesques destinés uniquement à limiter la propagation de germes tout en subvenant aux besoins de base au rétablissement : l’air frais et sec et la lumière. Le premier sanatorium contre la tuberculose aux États-Unis a été fondé par un médecin du nom d’Edward Livingston Trudeau, en 1885 dans la ville de Saranac Lake dans l’état de New York. Le bâtiment du centre de Trudeau se caractérisait notamment par un porche fermé appelé la « porche de guérison ». Les patients atteints de tuberculose y passaient une grande partie de leur temps, allongés sur des chaises longues, parfois sous des couches de couvertures pendant les mois d’hiver.

Les maux physiques, nerveux et moraux attribués aux villes surpeuplées

L’explosion des sanatoriums coïncide aux prémisses de l’architecture moderniste. Les éléments architecturaux tels que les toits plats, les terrasses et les balcons, ainsi que les pièces peintes en blanc ou clair se propagent dans toute l’Europe. Tout comme le sanatorium, la nouvelle architecture était destinée à remédier aux maux physiques, nerveux et moraux qu’on attribuait aux villes surpeuplées. Une partie de l’attractivité des toits plats réside dans l’espace extérieur supplémentaire qu’ils ont créé, qui pourrait servir à prendre un bain de soleil – alors appelé héliothérapie – et à d’autres activités bénéfiques pour la santé.

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« Je pense que c’est là que ce dialogue entre les principes formels du modernisme et les approches de conception spécifiques au site et centrées sur l’être humain rend le bâtiment très instructif, même aujourd’hui dans la pensée contemporaine ».

Certains éléments intérieurs aux sanatoriums comme des éviers destinés à minimiser le bruit pour éviter de déranger le compagnon de chambre du patient, mais aussi à empêcher les éclaboussures pour éviter que les germes ne se propagent ont également été caractéristiques de l’époque, à l’instar de la chaise Paimio en contreplaqué de bouleau courbé, facile à nettoyer et inclinée pour faciliter la respiration du patient.

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D’autres principes du Modernisme se retrouvent dans énormément de sanatoriums, y compris le fait de concentrer les chambres des patients dans une aile et des espaces sociaux dans une autre.  En parlant du très connu sanatorium de  Paimio, en Finlande, l’architecte MacKeith a dit : « Je pense que c’est là que ce dialogue entre les principes formels du modernisme et les approches de conception spécifiques au site et centrées sur l’être humain rend le bâtiment très instructif, même aujourd’hui dans la pensée contemporaine ». Certains architectes modernistes ont également ouvertement revendiqué l’inspiration qu’avaient représenté les sanatoriums dans leurs créations. Par exemple, dans le domaine Weissenhof à Stuttgart, construit pour le salon Deutscher Werkbund de 1927, Behrens a conçu un immeuble d’appartements « directement inspiré du modèle du sanatorium et offrant à chaque locataire une terrasse en plein air exposée au sud », peut-on lire dans le livre Light, Air and Openness.

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