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Le "plant-swapping" : Des histoires de plantes qui s'échangent pour se mettre au vert

Le seul impératif des évènements de Seeds : apporter quelque chose qui pourra être troqué contre une bouture, une plante ou des graines. | © Seeds

Design et maison

Revendiquer le droit de se planter, de déplanter, de rempoter, de couper et de partager, c’est le motto de Seeds, un collectif international basé à Bruxelles qui se met en quatre pour que les plantes et les histoires fassent des petits. Retour sur un phénomène green avec Cécile Barraud de Lagerie, l’une de ses instigatrices, en aval des 48 heures de l’agriculture urbaine.

Elle n’avait encore jamais trouvé le temps de sortir ses beautés vertes de sa petite jungle personnelle. Pourtant, « faire une bouture, ça prend en tout et pour tout cinq minutes », explique Coline Cornélis, qui s’est prêtée ce week-end au jeu du « plant-swap » – troquer ses plantes et graines contre d’autres, différentes. Dimanche, l’étudiante de 24 ans a promené cinq petits pots contenant des pousses empruntées à ses plantes jusqu’au Boom, un café associatif bruxellois lumineux. Sur place, elle a complété la carte d’identité des végétaux, avec leur nom, mais aussi le sien, histoire de pouvoir échanger des conseils avec leur nouvelle famille d’accueil.

 


La tendance est fraiche et urbaine : en ville, « green is the new black », alors qu’une nouvelle génération de jardiniers s’arme de pots et de terreau pour habiller leur intérieur de fougères dans la grisaille ambiante. « Monstera », plantes suspendues et autres carnivores ne meurent plus sur les appuis de fenêtre, carbonisés par le soleil et la soif. Convaincu de l’intérêt de mettre la main à la terre, même quand on n’a qu’un balcon pollué, le collectif Seeds organise depuis près de deux ans ces évènements où l’on s’échange graines et boutures – des tiges coupées qui donneront naissance à d’autres plantes.

Histoires de plantes

À l’origine, il y a Giada et Andrea, très vite rejointes par Cécile, une designer textile tout juste installée à Bruxelles. Elles y font pousser Seeds, au fil des idées et des rencontres : « Le but, c’est de créer du lien entre les plantes et les gens, de quelque manière que ce soit. En échangeant des boutures, on récupère des histoires plus que des plantes », raconte Cécile Barraud de Lagerie pour qui le « plant-swapping » est plus qu’un rassemblement d’amateurs de plantes vertes.

Avec une vingtaine d’évènements et un véritable intérêt des lieux hôtes (des centres culturels, des cafés, mais aussi des galeries d’art), le projet green prend du grade. « Il y a un intérêt énorme, en fait. Il y a beaucoup plus de personnes intéressées que ce que je ne pensais », confie-t-elle, avant de décrypter : « C’est vraiment dans l’air du temps et c’est compréhensible ; il y a un intérêt grandissant pour la nature, l’agriculture biologique, la santé… Et puis il y a l’aspect gratuit, qui est super important pour moi dans ce projet ».

Le week-end dernier, la petite association de bienfaiteur participait aux 48 heures de l’agriculture urbaine, deux jours pour lancer le printemps et la saison du jardinage entre Paris et Bruxelles, un évènement citoyen et résolument vert.

©Seeds – Cécile, à droite, conseille une participante, prête à acquérir une bouture.

Ca donne un petit supplément d’âme à une plante qu’on voit tous les jours

Le principe d’échange, c’est ce qui a amené Coline Cornélis à l’évènement « plant-swapping » de ce dimanche. Mais l’opportunité d’enrichir sa collection végétale gratuitement a aussi pesé dans la balance : « le prix des plantes est parfois complètement dingue ! Ce n’est pas que je suis pingre, mais c’est quand même vraiment bien d’avoir de jolies petites plantes en échangeant, surtout que parfois, les plantes ont une petite histoire – c’est le genre de chose qui me touche », s’arrête-t-elle, comparant la pratique à celle des friperies. « C’est un peu comme les vêtements en seconde main. Je préfère toujours quand les choses proviennent d’un don ou d’un cadeau : c’est quand même toujours mieux qu’un truc qu’on aurait acheté étiquetté. Ca donne un petit supplément d’âme à une plante qu’on voit tous les jours ».

©Seeds – Chaque plante est accompagnée d’une étiquette, où l’on retrouve son nom et les coordonnées de son propriétaire.

Deux options pour deux expériences

Venue avec cinq boutures, elle est repartie avec le même nombre de « jolies plantes moyennes, toutes vertes », qu’elle n’aura peut-être pas trouvé dans le commerce. Elle revient sur cette première expérience : « On peut venir avec sa bouture, la déposer, en prendre une autre et partir, mais on peut aussi se poser, boire un café, regarder les gens qui arrivent avec de nouvelles plantes et discuter avec ces personnes. Moi, j’ai plutôt choisi la deuxième option ».

Quand j’étais étudiante, j’ai fait crever toutes mes plantes

Malgré que longtemps, le jardinage ait été associé à une « pratique de retraités », ils sont de plus en plus nombreux à se convertir à l’art de bouturer et de rempoter. « C’est peut-être une remarque de vieille dame, mais jardiner, ça détend, à titre personnel. Je trouve ça hyper gratifiant de prendre soin de quelque chose de vivant et de le voir pousser, se développer chez moi et, quand elle sera assez grande, en couper des bouts pour les donner à des amis », confie Cécile Barraud de Lagerie, l’une des organisatrices.

©Seeds

Pour elle, pas besoin d’avoir nécessairement la main verte pour s’adonner au plant-swapping : lorsqu’elle était étudiante, Cécile avoue avoir « fait crever toutes [ses] plantes ». « Si je n’avais pas eu des plantes super faciles à entretenir quand je suis arrivée à Bruxelles, je ne sais pas si j’aurais eu le même intérêt », confesse-t-elle, avant de conseiller aux débutants les « spider plants » ou les « misères »,  « quelque chose qui pousse super facilement pour se dire « Oh mon dieu, j’ai la main verte ! » ». De quoi s’entrainer avant le prochain plant-swap de Seeds.

 

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