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Anis Dargaa : rien n’arrête un serial surréaliste

Entre « Les Meilleurs » et Anis Dargaa, une longue complicité : sa fille Kenza Dargaa l’avait photographié en 2015, retouchant les premiers trophées dans son atelier. | © DR

Design et maison

Le créateur du trophée des Meilleurs 2021 a reçu Paris Match chez lui à Visé pour parler de son actualité et de son parcours d’artiste passionné par le surréalisme depuis l’âge de 17 ans. Bienvenue dans l’univers fantastiquement décalé d’Anis Dargaa.

 

Impatient, insatiable, infatigable : à 50 ans, le liégeois Anis Dargaa ne pense nullement à appuyer sur la touche « pause ». En voyage la moitié du temps, il expose ses œuvres à travers le monde et voit leur cote voler toujours plus haut. 50 ans rimant avec bilan, l’artiste peintre-sculpteur surréaliste jette un regard en arrière pour vite replonger dans un présent trépidant. Rencontre survoltée parmi ses créations, de la sensuelle Eléphantasme à la tentaculaire Art Régner.

Paris Match. Depuis la première édition des « Meilleurs » en 2015, le trophée décerné est une étincelante silhouette féminine ailée qui incarne la volonté d’aller de l’avant. On y voit un concentré de l’œuvre à l’origine de votre succès international : l’Eléphantasme, un corps de femme fusionné à la tête d’un éléphant. Vous l’interprétez en tableaux, lithographies, sculptures, bijoux et accessoires mais votre iconique créature hybride accomplit aussi une belle carrière de distinction honorifique. Y compris au Festival de Cannes où elle brille lors des soirées de gala de fondations caritatives ! Quel est, cette fois, son palmarès entre strass et paillettes ?
Anis Dargaa. Je reviens de Cannes où j’ai eu l’honneur de remettre le Prix du Better World Fund 2022 à Sharon Stone venue présider son dîner de gala au Marriot Hotel. Cette fondation philanthropique en faveur du droit des femmes, de l’éducation, de la santé et de la biodiversité a récompensé aussi la chanteuse activiste indienne Amruta Fadnavis et H.E. Dominique Ouatara, première dame de la Côte d’Ivoire. Au cours de la soirée, une sculpture Eléphantasme a été mise aux enchères pour soutenir l’association Virtuosa qui vient en aide aux enfants hospitalisés en Pologne. La veille, le très mondain « Grand Dîner » a été l’occasion d’offrir un pendentif Eléphantasme à Eva Longoria.

Peut-on dire que votre icone vous a donné des ailes en tant qu’artiste surréaliste ?
Tout à fait. Si j’ai toujours dessiné étant enfant, je me rêvais plutôt architecte qu’artiste. J’avais en tête le cliché du peintre barbu, avec une oreille en moins, seul dans un atelier sombre et célèbre seulement après sa mort ! Mes parents, Rosa et Mikki, m’ont donné l’énergie de croire en moi et m’ont poussé à m’inscrire à 15 ans à l’Académie des Beaux-Arts de Liège. J’y ai appris la maîtrise du dessin, des couleurs, du graphisme mais pas celle du surréalisme. Je suis entré dans son univers un peu par forfanterie. Le soir où on a annoncé la mort de Salvatore Dali à la télé, je me suis entendu dire à mes parents « Je vais prendre la relève de Dali ! ». Ayant hérité d’un matériel de peinture à l’huile, il a bien fallu que je m’exécute. En quête d’idées après avoir réalisé un premier tableau (mon autoportrait), j’ai pensé aux éléphants effilés de la « Tentation de Saint Antoine » de Dali. Les tribus d’éléphants dirigées par les mères me rappelant le matriarcat à l’italienne dans lequel j’ai grandi, j’ai vu une fusion possible entre un corps de femme et la tête d’un éléphant dont les oreilles allaient lui servir de bras. Je venais de créer l’Eléphantasme, mix de sensualité et de sagesse. C’était il y a 33 ans et j’avais 17 ans ! Ensuite d’autres idées sont arrivées, d’autres créatures surréalistes… et le succès.

 

L’architecte liégeois Philippe Petrioli a conçu cette table basse dont le design se rapproche des pattes « pointes de crayon » de l’Art Régner. Résultat, une première collab’ entre lui et Anis Dargaa : une série limitée de 10 pièces se parent déjà de la ludique arachnide déclinée en plusieurs couleurs.  ©DR

Votre « Meilleur » moment de 2021 ?
Le 24 décembre, je me suis fiancé avec ma chérie, Sandra Swenen. C’est très important dans la vie d’un artiste de trouver son alter ego. Sans elle, je n’aurais pas eu la même énergie pour continuer à créer pendant la pandémie. C’est d’ailleurs grâce à Sandra que la nouvelle créature « dargaanienne » a vu le jour : l’Art Régner, inspirée par l’araignée qui l’avait surprise sous la douche.

Ce nom « Art Régner » laisse supposer qu’une symbolique forte s’y cache, comme dans chacune de vos œuvres.
Lors du confinement, j’avais beaucoup réfléchi à la manière de concrétiser cette période étrange où on a dû communiquer, travailler, s’approvisionner presque uniquement sur la ‘toile’ de l’Internet. La forme sphérique du virus, libérée des pics Spike agressifs, m’a suggéré le corps de l’Art Régner. J’y ai ajouté les pattes de l’arachnide égarée dans la douche. Entre les millions de messages qui ont rayonné sur la toile du Net et la toile tissée par l’araignée, le rapport m’est apparu évident. Les pattes ne visualisent pas seulement la ramification des connexions en ligne, elles se transforment aussi en pointes de crayon pour symboliser la création qui a continué à avancer malgré l’isolement. L’art règne envers et contre tout ! Nous sommes tous des créateurs !

Exprimer l’art qui avance par un objet statique, n’est-ce pas un peu dommage ?
Vous avez raison, c’est pourquoi l’Art Régner n’est pas prisonnière d’un socle. En format 35 cm, elle peut se balader partout, on peut la saisir et l’emporter : elle est libre. Son jeu de pattes, dont deux prennent appui sur une surface verticale, la rendent dynamique, comme en mouvements. Son autre particularité est d’offrir une vision identique, d’où qu’on la regarde. Je tenais très fort à cette vision à 360° : elle représente toutes les directions que peut prendre un message diffusé sur le Net. En ce sens, l’Art Régner est universelle et partout à la fois.

Votre « meilleur » motif de fierté en 2021 ?
L’Eléphantasme a rejoint les œuvres d’un grand collectionneur d’art contemporain, l’homme d’affaires belge François Fornieri. C’est pour moi, un honneur et une reconnaissance de faire partie des artistes de la scène internationale qui le séduisent : Banksy, Richard Orlinski, Jeff Koons, Christo, Panamarenko, Alechinsky, etc. Une partie de sa foisonnante collection s’expose à travers le monde, l’autre est réservée à sa galerie privée, ainsi qu’au Bocholtz, l’hôtel particulier du XVIème siècle qui accueille à Liège le cercle d’affaires B19.

 

Deux mètres d’envergure ! Le 8 avril dernier, Anis Dargaa, accompagné de sa fiancée Sandra, a présenté à Nice une Art Régner géante. Exposée de façon permanente, elle est devenue la star de l’Elie Gallery (Château de Crémant).  ©Stéphane Gendre

Quel projet vous tient à cœur en ce moment ?
Créer ma propre fonderie car les galeries me demandent de plus en plus des pièces en bronze. Mes sculptures se déclinent principalement en résine qui les pare de couleurs et de surfaces lisses, mates, glossy ou texturées : Eléphantasme, gouttes de sein « Sein’phonies », autruches « Lady Cancan ». Cette fonderie pourrait fonctionner toute l’année et principalement pour moi. En ce moment, j’ai à l’étude une Art Régner monumentale en bronze : 8 mètres de hauteur ! Elle sera, dans un premier temps, exposée dans les jardins de demeures prestigieuses, puis qui sait sur les places, les ronds-points…

Globe-trotter de l’art, vous restez néanmoins fidèle à votre ancrage local : vous avez installé votre galerie en province de Liège, à Visé. Vous y recevez en personne clients et collectionneurs ?
Oui, c’est un plaisir auquel je tiens. Je cuisine même pour eux car je suis un artiste épicurien, autant gourmand de saveurs que de formes. Mêler l’art à l’art culinaire est l’un de mes concepts. Côté fourneaux, je pense être assez doué. Et pour faire pétiller le repas, je sers mon « Eléphampagne », une série limitée du Champagne de la Principauté de Liège. Un grand cru !

 

L’éléphantasme a eu grâce aux yeux d’Amanda Lear, invitée à l’exposition Anis Dargaa en 2010 au Consulat de France à Liège. La muse de Salvatore Dali s’est exclamée : « C’est magnifique, j’adore ! ».  ©DR

Galerie Anis Dargaa Eléphantasme
Rue de la Trairie, 22
4600 Visé – www.anisdargaa.com

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