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Comment le poulet rôti est devenu l’arme secrète des grandes surfaces

Poulet rôti

Plus qu'un plat préparé, un véritable produit d'appel pour la grande distribution | © Flickr @ Kyu Kim

Food et gastronomie

Vendredi, 19h, l’estomac dans les talons et l’humeur plutôt hangry de devoir se coltiner des courses et la cuisine pour se sustenter après une longue journée. Soudain, au détour d’un rayon, la solution se présente sous forme d’oasis olfactive, les contraintes de préparation étant immédiatement balayées par le délicieux arôme d’un poulet rôti prêt à être dégusté. Pratique, gourmand et plutôt économique, le volatile est la poule aux oeufs d’or des grandes surfaces. 

Et si les rôtisseries y font désormais autant partie du paysage que les fruits de saison et les gondoles de produits ménagers, il n’en a pas toujours été ainsi. Selon les spécialistes de la grande consommation, la tendance remonterait au début des années 90, époque à laquelle la chaîne de supermarchés américaine Boston Markets a eu l’idée de proposer à ses clients des poulets rôtis prêts à être dévorés. Ou comment révolutionner le traditionnel poulet du dimanche et le rendre accessible à tout moment, même quand on n’a ni le temps ni l’envie d’endurer les 90 minutes de cuisson nécessaires pour obtenir une chair tendre et une peau croustillante. Selon le Wall Street Journal, il n’en fallait pas plus pour que les chaînes concurrentes décident de surfer sur la tendance et que le poulet rôti devienne une véritable poule aux oeufs d’or pour les supermarchés. Il faut dire que les consommateurs en sont extrêmement friands : si des chiffres ne sont pas disponibles pour la Belgique, à titre indicatif, 625 millions de poulet rôtis auraient ainsi été vendus en 2017 aux États-Unis. En cause : l’irrésistible attrait olfactif d’un poulet attendant sagement sous une lampe chauffante d’être dévoré.

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Et si certaines grandes surfaces choisissent sciemment de placer les poulets près de la caisse, des études ayant prouvé que leur arôme suffisait à pousser les consommateurs à en ajouter un impulsivement dans leur caddie au moment de payer, la stratégie la plus répandue semble être de les installer au fond du magasin. Et s’assurer de la sorte que les clients par le fumet alléchés fassent le plein d’autres produits dans leur panier. Fini, le temps où les poulets rôtis n’étaient qu’un moyen pour les supermarchés de vendre des produits qui seraient le cas échéant restés délaissés sur les étagères du rayon frais. À l’heure où la grande distribution est en perte de vitesse face à la concurrence toujours plus agressive de la vente en ligne, des sites tels qu’Amazon faisant désormais le pari de proposer des biens de consommation en marge des livres et des vêtements. De quoi expliquer également le prix extrêmement attractif des poulets, mis en vente généralement deux à trois euros moins cher que les volailles « nature » en rayon. Vente à perte ? Que du contraire.

Commodité comestible

Dans l’enquête du Wall Street Journal, Don Fitzgerald, vice-pésident de la chaîne de grandes surfaces Mariano’s, souligne ainsi que les consommateurs qui achètent un poulet rôti font également l’achat d’autres produits : « même si les poulets peuvent avoir l’air extrêmement bon marché, les clients ne se contentent pas de choisir leur volaille et de partir. Ils achètent un poulet, une salade, peut-être même une bouteille de vin, et c’est là que c’est intéressant pour nous ». De son côté, le porte-parole de Carrefour Belgique Baptiste van Outryve explique que « le poulet rôti est un produit que l’on vend très bien parce qu’il entre dans l’évolution des tendances de consommation. Nos clients ont plus de travail et moins de temps libre, donc moins de temps aussi pour cuisiner, mais plus que jamais, ils aiment bien manger. Non seulement les poulets rôtis sont savoureux, mais en plus, c’est de la viande blanche, alors ça plaît ». Et contrairement à la croyance populaire, pas question de transformer à coups d’épices les poulets qui ne sont plus propres à être vendus crus. « C’est ridicule. Nous faisons tout pour vendre un produit qui soit respectueux de l’animal, du producteur mais aussi du client ». Et en profiter pour lui vendre également une commodité comestible au doux goût de nostalgie, celui des repas d’enfance où on se disputait le blanc et où le poulet était préparé avec amour par maman.

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