Paris Match Belgique

Boucherie végétale : De la "fausse viande" pour en consommer moins

Le pain-saucisse sans viande, bientôt dans les festivals belges ? | © Bouche-B

Food et gastronomie

Après plusieurs années dans la finance, Sen-Rei Wu s'est lancée dans la "boucherie végétale », bien avant les scandales sanitaires en tous genres. Son projet se veut une alternative créative à ceux dont le cœur balance entre un régime carné et le végétarisme.

 

Des merguez sans bœuf ni agneau, des rillettes sans porc, de la terrine sans canard... Bref, de la viande sans viande. Et pourtant, sous le papier de boucher de Sen-Rei Wu, estampillé d'illustration de légumes, les contours des saucisses sont évidents, et dans la barquette en bois, c'est bien un pain de viande dodu qui attend le coup de fourchette. Mais de protéines animales, il n'est pas question dans les recettes de cette nouvelle entrepreneuse de 35 ans : sa marche Bouche-B abrite une "boucherie végétale », la première du genre en Belgique.

Cette ex-employée de la finance n'a pas attendu un énième scandale boucher ou l'alerte désespérée de Greenpeace pour cesser de consommer de la viande : ça fait près de 20 ans qu'elle est végétarienne. Et à l'heure où l'on regarde son steak avec suspicion ou remords, Sen-Rei sort de son atelier un drôle de saucisson aux tomates séchées, à l'ail et aux herbes. En guise de traces de sang, on ne trouve que des légumes de saison, un sacré paquet d'épices ett une alternative qui se veut ponctuelle à la viande - surtout celle qui n'a pas, un jour, gambadé naturellement dans un champ.

Lire aussi > Polémique sanitaire : la viande Verbist, (presque tous) les Belges en ont soupé

©Bouche-B

Loin de vouloir concurrencer le boucher du coin, Bouche-B veut surtout encourager à "essayer quelque chose de nourrissant, de créatif et de goûtu » les flexitariens qui ont opté pour une consommation responsable de la viande. "Les végétariens convaincus ou ceux qui adorent la viande ne sont pas ceux qui seront intéressés par Bouche-B. Mais les curieux, on pourra apporter une touche de créativité à leur cuisine », soutient Sen-Rei Wu. Surtout que, de manière générale, "c'est plus facile de cuisiner de la viande quand on n'a pas le temps », analyse-t-elle, et "beaucoup de gens ne savent pas comment travailler les légumineuses ». Sa gamme de produits végétaux entend donc éduquer les consommateurs au fait que derrière ses rillettes sans viande, "ce sont des céréales, des légumineuses, qui sont accessibles à tous ».

"Boucherie" et "végétal" ne semblent pas aller de pair, parce que dans la conscience collective, ce sont des opposés parfaits.

"L'idée n'est pas de répliquer de la viande, mais d'amener les gens à découvrir quel genre d'ingrédients on utilise pour arriver à ce résultat », fait savoir Sen-Rei Wu. Et de fait, si à l'instar de la "Boucherie végétarienne" parisienne, ses produits ressemblent à s'y méprendre à de la bonne chair, ni la texture ni le goût ne valent ceux d'un tournedos. Et là n'est pas le but : le concept de "boucherie » n'est qu'un prétexte pour s'amuser avec des ingrédients végétaux et "réaliser des créations qui vont au-delà de la merguez ».

©Bouche-B

Tantôt plus friable, tantôt plus élastique, le pain de viande Bouche-B change par exemple de couleur et de saveur avec les saisons, alimentation raisonnée oblige. "Finalement, on s'en fiche que ce ne soit pas une boucherie traditionnelle : on remanie le concept avec l'air du temps », conclut Sen -Rei Wu. Et si cela pique un peu les radicaux de l'assiette, tant mieux : ça fait parler - la bouche pleine.

 

Les produits de Bouche-B, locaux, sans convervateurs ni additifs, et produits de manière artisanale, peuvent-être retrouvés sur le e-shop du comptoir, et dans plusieurs points de vente bruxellois. Sen-Rei est présente deux fois par mois à l’Heureux Nouveau, un marché saint-gillois.

CIM Internet