Paris Match Belgique

Le souffle du diable : L'histoire de la glace la plus pimentée du monde

Image d'illustration | © Unsplash/Annie Shelmerdine

Food et gastronomie

La glace la plus pimentée de l'Histoire a été développée en Écosse, mais son histoire est née sur un "pont du diable" italien, où on aurait fait n'importe quoi pour le sourire d'une jeune fille.

Devoir signer une décharge avant de se délecter d'une crème glacée artisanale, voilà qui n'est pas commun. Mais le "Respiro Del Diavolo », un parfum de glace unique proposé par l'Aldwych Ice Cream Parlor de Glasgow, l'est encore moins. C'est que le cône givré est le plus épicé du monde : avec un record de 1 569 300 unités Scoville sur l'échelle de la bouche en feu, le "Souffle du diable » est pas loin de 500 fois plus piquant que ce bon vieux Tabasco.


C'est le magazine américain Forbes qui s'est aventuré dans l'antre diabolique de ce glacier écossais de réputation, où Martin Bandoni, le propriétaire, a développé un parfum de glace interdit aux moins de 18 ans. Avant toute commande, un petit papier est glissé aux aventureux. "Je reconnais que le fait de goûter cette crème glacée comporte des risques de blessure personnelle, de maladie et même de mort », peut-on y lire, avant le paraphe nécessaire. Une fois signé, la dégustation peut commencer.

Lire aussi > Sept artisans glaciers à visiter en Wallonie et à Bruxelles

La création est un dérivé glacé du piment "Carolina Reaper », le plus épicé du monde. Et chaque boule en contient pas moins de dix, soit un véritable défi pour les papilles et les fronts, où la sueur ne manque jamais de perler. Pour le créateur du piment, Ed Currie, le parfum est "un mélange de cannelle, de vanille de madagascar et d'un bon dosage de piquant ». Mais la description habituelle se passe de mots : le patron des lieux avoue avoir vu quelques évanouissements et crises de panique dans son salon depuis l'annonce en février de l'existence du "Souffle du diable". Lui-même dépeint sa création comme d'une "douceur insoupçonnée, suivie d'un coup de fouet qui ne fait que s'intensifier à mesure que le temps passe ».

Se jeter d'un pont pour les beaux yeux d'une fille (et le piquant d'une glace)

L'idée de développer sa propre recette est née dans les souvenirs de sa famille italienne, qui, dans les années 1900 vivait dans un petit village perdu dans la botte. Le "Respiro del Diavolo » existait déjà et chaque année, toute la communauté se réunissait à l'un des "ponte del diavolo », pour goûter les différentes recettes précieusement gardées par chaque famille.

Les "ponts du diables » symbolisaient alors d'anciennes prouesses technologiques, mais aussi le rappel de quelques mythes locaux autour du diable. Mais à en croire Bandoni, ce sont surtout les jeunes hommes qui avaient alors le diable au corps, et désireux d'impressionner les filles de la région, ils se lançaient dans des concours où celui qui engloutissait le plus de crème glacée sans sourciller ni suer raflait la mise : l'estime des jeunes femmes. Mais ça ne ratait jamais : le piquant était insupportable et les garçons finissaient invariablement à l'eau.


C'est de cette histoire familiale et locale que Martin Bandoni s'est inspiré pour créer sa version, avec une "petite amélioration » : une variété de piment extra-forte. Et le résultat est une glace si pimentée qu'il faudrait des gants quasi-blindés pour manipuler le produit.

À ce jour, seules quatre personnes connaissent la recette du Aldwych Ice Cream Parlor, et on peut dire qu'elles l'ont mérité : le développement du parfum a impliqué plusieurs brûlures et une visite aux urgences, le jour où l'un des membres de l'équipe s'est frotté les yeux après avoir goûté l'une des versions beta. Toujours moins cependant que ce client américain, qui a dépensé pas moins de 400 dollars pour se faire envoyer un seul pot de la glace. À ce prix-là, la glace était peut-être également la plus chère du monde.

CIM Internet