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Comment le cinéma hollywoodien a contribué à la folie du whisky japonais

Bill Murray dans Lost in Translation | © Capture d'écran Lost in Translation

Food et gastronomie

Fini de s’ennivrer pour les Japonais : leur marque de whisky chérie met fin à la distribution de ses produits phare. En cause, un succès né à Hollywood et confirmé par le « highball ».

 

La scène est celle de l’incompréhension, doublée d’une puissante frustration comique. Face à un réalisateur japonais expansif, tout en gestes et hurlements « artistiques », Bill Murray doit vanter les qualités « relaxantes » du Hibiki 17 ans d’âge de Suntory, une marque de whisky locale. Sauf que l’acteur, dans Lost in Translation comme dans la vie, ne parle pas un traitre mot de japonais. Son « For relaxing times, make it Suntory time », extrait du film de Sofia Coppola, est pourtant parvenu à porter aux nues l’alcool au pays du Soleil-Levant – malgré les déboires de traduction.

Dans la scène, la fille de Francis Ford Coppola osait surtout une référence que peu d’Occidentaux auraient pu saisir à l’époque : cela faisait des années qu’Hollywood était l’égérie des whiskies japonais. Il faut remonter aux années 20 pour marquer le début de la production commerciale de l’alccol, avec l’ouverture de la distillerie Yamazaki près de Kyoto, grâce au savoir-faire rapporté d’Écosse par un jeune étudiant. Et si le whisky « made in Japan » n’a acquis une renommée internationale que ces dernières années, raflant des prix autrefois réservés à ses rivaux irlandais ou écossais, les stars du grand écran avaient reconnu ses vertus dans de nombreuses publicités nippones, des années auparavant.

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Parmi les acteurs qui ont tenu un verre d’alcool japonais à l’écran, on retrouve rien de moins que l’Écossais Sean Connery, Orson Welles, Keanu Reeves, Jean Reno et… Francis Ford Coppola lui-même, qui a ainsi dû inspirer sa réalisatrice de fille.

Rupture de Scotch

Sauf que quinze ans après la sortie de Lost in Translation, le géant japonais Suntory a annoncé suspendre la livraison de ses whiskies vedettes, le fameux Hibiki et le Hakushu 12 ans d’âge, faute d’une capacité de production suffisante pour satisfaire la demande. Car outre son succès à l’étranger, il a connu en 2008 un soudain regain dans l’archipel, alors que les consommateurs redécouvraient l’alcool grâce au renouveau du « highball », un cocktail à base de whisky et de soda apprécié des plus jeunes.

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Ce sursaut de la demande a pris Suntory par surprise, après trois décennies de déclin de la consommation de whisky. « Cela prend énormément de temps de faire du whisky », a souligné la porte-parole du groupe. « Quand nous reprendrons nos livraisons, nous voulons nous assurer que nous disposerons de stocks suffisants pour ne pas devoir encore recourir à des suspensions ». Désormais même sans Bill Murray, le whisky japonais est victime de son succès.

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