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Les Français (re)découvrent la bière

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Image d'illustration. | © Unsplash/Elevate

Food et gastronomie

Alors que le marché de la bière déclinait, il décolle depuis quatre ans. Des centaines de marques se sont créées.

Ce n’est pas un cliché. Les supporteurs de foot regardent bien les matchs à la télé en buvant des bières, surtout quand il fait beau. Le brillant parcours de l’équipe de France en Russie a soutenu les ventes, qui ont progressé, dans les magasins, de 14% en valeur sur les quatre semaines et demie de compétition avec des pics les jours de match des Bleus, selon Nielsen. Mais il n’y a pas que les événements sportifs qui expliquent le réveil du marché de la bière. Après des décennies de délaissement, il croît depuis quatre ans.

L’engouement se constate dans les linéaires. Les grandes surfaces se réorganisent pour mettre les quelque 200 références dans des rayons qui s’allongent (2,17 mètres de plus entre 2016 et 2017, selon LSA). « L’effondrement de la consommation avait entraîné une réduction de l’offre. La création de brasseries au début des années 2010 et le lancement de nombreuses bières artisanales ont amélioré l’image et relancé la demande », explique Maxime Costilhes, délégué général de Brasseurs de France, qui a recensé 150 innovations en 2017, comme les aromatisées, contre 5 en 2013.

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On ne parle plus seulement en couleurs mais aussi en recettes, stouts, lagers, ales… Les « craft beers » – fabriquées par une petite brasserie indépendante à partir de matières premières traditionnelles – ont leurs groupes sur les réseaux sociaux et leurs salons consacrés. Des grands industriels aux microbrasseurs, la hausse des ventes de 30% en quatre ans profite à tous les acteurs. Si les marques du trio de géants cotés en Bourse que forment le néerlandais Heineken, le danois Carlsberg et le belge AB inBev représentent plus des trois quarts des achats, les petites brasseries ont vu leurs ventes progresser de 20% l’an dernier, selon l’organisation professionnelle.

La moitié des brasseries françaises n’existaient pas il y a cinq ans

La France se classe certes parmi les pays les moins amateurs de bière en Europe, mais elle s’est hissée au troisième rang en nombre de brasseries, en ne comptant que celles qui produisent et commercialisent. La moitié d’entre elles n’existaient pas il y a cinq ans. Il s’en est ouvert une tous les deux jours l’an dernier. Ce serait une par jour cette année. Des marques disparues depuis cinquante ans, comme la parisienne Gallia, renaissent. Des malteries locales ouvrent. La brasserie représente désormais 7000 emplois directs, sur tout le territoire. Des produits régionaux sont utilisés : le blé noir ou les oignons rosés en Bretagne, la myrtille en Ardèche, la châtaigne en Corse… Les centres de formation qui dispensent des cours de trois semaines –non obligatoires pour se lancer– voient les listes d’attente s’allonger tandis que le matériel devient compliqué à se procurer. Pour s’installer, il faut investir entre 100 000 et 300 000 euros, estime Brasseurs de France.

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Pour l’instant, seule une minorité de ces entrepreneurs parvient à vivre de cette activité. « Des brasseries régionales se développent, comme Mont-Blanc, Pietra, Britt… 35% des brasseries sont structurées. Les 65% restantes produisent moins de 300 hectolitres par an, le seuil au-delà duquel il est possible de se verser un salaire, remarque Maxime Costilhes. Les brasseurs sont souvent en reconversion professionnelle ou cherchent un complément de revenu, agricole par exemple ». Ces petites entreprises ne sont pas nombreuses à faire faillite. Tous comptent sur la poursuite de cette envolée. Les Français boivent encore trois fois moins de bière que les Allemands.

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La folie IPA

Le phénomène est venu d’outre-Atlantique et se diffuse en France à grande vitesse. Les Américains ont remis à la mode ces dernières années plusieurs vieilles recettes européennes, et notamment l’India Pale Ale (IPA), inventée en Angleterre au XVIIIe siècle. La légende veut que cette bière de fermentation haute ait été mise au point à l’époque coloniale pour arriver buvable après de longs mois de traversée en bateau vers les Indes britanniques. Très riche en houblon aux propriétés antiseptiques (l’un des quatre ingrédients de la bière avec l’orge malté, l’eau et les levures), l’IPA est plus amère. Ce qui ne l’a pas empêchée de devenir une star des caves à bières.

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